Une “incivilité” de gangsters dévoyés

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Une “incivilité” de gangsters dévoyés

 L’une des caractéristiques psychologiques reflétant la crise du pouvoir aux USA, c’est ce qui est désigné comme l’“incivilité”, c’est-à-dire la dégradation des relations au niveau de la communication publique, à la fois à l’intérieur du monde politique washingtonien entre politiciens, à la fois dans les relations internationales. Cette dégradation se répercute évidemment au niveau de la politique elle-même autant qu’elle en est l’effet, et cette politique devenue complètement vide en perdant toute substance n’est plus que l’écho d’une communication devenue catastrophique.

Le parallèle fait entre le monde politique washingtonien et le monde du “crime organisé” US, comme nous l’avons fait à propos de Trump, est de plus en plus courant et visible. L’essentiel ici n’est pas tant la situation (que cette similitude ait éventuellement déjà existé, comme l’affirment certains avec un cynisme d’esprit fort) que la communication publique qui en est faite, sans le moindre souci des dégâts de statut et de réputation. Martin Sieff,   journaliste expérimenté dans la vie politique US, développe une tribune furieuse, dans Strategic-Culture.org du 4 mars 2019 à propos du comportement du sénateur Marco Rubio, qui a menacé le président vénézuélien Maduro d’une mort par torture “à-la-Kadhafi” (voir et entendre l'élégant « We came, we saw, he died » d’Hillary Clinton). Sieff insiste sur l’extrême pauvreté de caractère et de comportement du sénateur, reflet du niveau de la vie politique US à ce degré d’effondrement du Système se répercutant sur le “recrutement” et par conséquent sur les attitudes publiques. 

Pour le personnage (Rubio) qui prétend à un rôle politique important, dans la crise vénézuélienne comme dans la direction US, Sieff n’a que sarcasme et mépris. « Il est facile de se moquer de Rubio, mais les dommages qu’il fait à la réputation de son pays dans le monde et à la cause cruciale de la paix dans le monde sont considérables. [...] Rubio n'a probablement même pas réalisé ce qu'il faisait, il a toujours été un opportuniste superficiel et [un corrompu] à bon marché. » Là-dessus Sieff fait cette comparaison avec le “crime organisé” (“Syndicat du Crime”, ou Cosa Nostra [Mafia USA]) pour observer que les politiciens US sont tombés à un niveau de comportement public bien plus bas que celui des dirigeants de ces milieux. C’est une mesure de la dégradation accélérée, structurelle et psychologique, et par conséquent opérationnelle du monde politique US : le jugement est celui de la “morale opérationnelle”, car l’on ne peut continuer de fonctionner avec un tel comportement de bassesse et de néant intellectuels, et de barbarie à visage sous-humain étalée publiquement.

« Que peut-on dire de l’étonnant message Twitter du sénateur Marco Rubio menaçant le président vénézuélien Nicolas Maduro du même sort que le meurtre par la torture, avec empalement par une bouteille brisée, de Muammar Kadhafi, dirigeant de la Libye depuis 43 ans, en 2011 ? 

» Il y a beaucoup à en dire.

» Tout d’abord, même en se référant aux obscénités et à la puanteur publiques illimitées de la culture politique américaine des XXe et XXIe siècles, la menace publique de Rubio est sans précédent.

» Les nazis se sont comportés de cette façon. Les gangsters se comportent parfois de la sorte lorsqu’ils prennent le pouvoir sur des territoires plus ou moins importants. Souvent, ceux qui se comportent aussi sont jugés sévèrement par leurs pairs et ostracisés par eux. Les excès publics et les brutalités d’Al Capone, de Dutch Schultz et d’Albert Anastasia des années 1920 aux années 1950 ont été si importants et choquants que même les autres chefs du Syndicat du Crime (“crime organisé”) aux USA refusaient de leur serrer la main.

» On peut ainsi juger aujourd’hui que des personnages tels que Lucky Luciano, le grand cerveau de la prostitution et de la contrebande d’héroïne vers l’Amérique des années 1920 aux années 1950, et Frank Costello, le soi-disant “Premier ministre du Syndicat du Crime”, avaient bien plus de tenue et un comportement public plus convenable que les membres actuels du Sénat des États-Unis.

» Luciano et Costello désapprouvaient de tels comportements brutaux et grossiers en public et recommandaient à leurs hommes et à leurs pairs de façon pressante de suivre leur exemple, souvent en exerçant des représailles meurtrières contre ceux qui ne se conformaient pas à cette “civilité”. Au contraire, on constate que pas un seul sénateur américain n'a condamné Rubio pour avoir pris une initiative publique aussi écœurante que cet appel largement diffusé au meurtre dans des conditions aussi ignobles… »

 

Mis en ligne le 5 mars 2019 à 02H58

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