Un rappel bienvenu (sur l'influence et le statut historique de la France)

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Dans sa dernière chronique pour UPI, reprise dans SpaceWar.com le 13 juin, William S. Lind, théoricien de la guerre de quatrième génération, commente un livre déjà ancien (publié en 2005), Pyrrhic Victory: French Strategy and Operations in the Great War, de Robert A. Doughty. (Doughty est général de l’U.S. Army, à la retraite depuis 2005. Il quitta l’U.S. Army alors qu’il était professeur d’histoire militaire et dirigeait le service historique de l’U.S. Army.)

Le texte de Lind est intéressant dans la mesure où son commentaire offre deux perspectives, – l’une, pour le présent, l’autre, historique et révisionniste.

• La première perspective concerne la situation actuelle de la pensée doctrinale militaire aux USA, que Lind juge extrêmement influencée, toujours un siècle plus tard, par la stratégie française durant la Première Guerre mondiale. «The U.S. armed services learned methodical battle from the French army during and after World War I, and it remains the heart of American military doctrine today.».

Cette idée de l'influence française est importante. Elle est si peu répandue à cause de l’Histoire-propagande conventionnelle de tendance anglo-saxonne (britannique) qui a constamment cherché, surtout depuis 1945, à réduire le rôle de la France durant la Première Guerre mondiale et son influence subséquente. Elle se place dans l’appréciation récemment apparue dans un nouveau courant de l’historiographie US, dont Doughty est une des maîtres à penser. On peut lire notamment, dans le livre de Robert Bruce, A Fraternity of Arms: America and France in the Great War, les appréciations suivantes: «Sans être une alliance militaire formelle, l’association entre l’AEF [American Expeditionary Force] et l’armée française a joué un rôle primordial dans la maturation des Etats-Unis en une puissance militaire mondiale. […C’]était plus qu’un mariage de convenance, de vrais liens d’amitié existaient entre les soldats des deux républiques».

Bien entendu, Lind déplore que les Américains en soient restés sur le fond des conceptions militaires à ce qu’ils apprirent des Français durant le premier conflit mondial, il y a un siècle. Il voit dans cet immobilisme l’explication de l’inadaptation fondamentale des forces armées US aux nouvelles formes de conflit (G4G). Lind rapporte cette anecdote: «So they remain today. Several years ago an instructor at the U.S. Army Armor School at Fort Knox began his first lecture by saying, “I don't know why I have to teach you all this old French crap, but I do.”»

• Pour autant, Lind ne critique nullement les Français, puisque sa critique s’adresse aux Américains d’aujourd’hui. Au contraire, son commentaire, suivant en cela le livre et les travaux de Doughty, tend à une réhabilitation du rôle des Français durant la Première Guerre mondiale et, d’une façon plus générale, à la réhabilitation de la France dans les activités de la guerre. C’est là le deuxième aspect du texte de Lind que nous voulons souligner.

Bien entendu, cette position se place en complète contradiction de la propagande anti-française qui s’est développée lors de la guerre du Golfe, aux USA et au Royaume-Uni. Lind note notamment, comme un tribut fondamental au comportement et à la capacité de résistance de la France durant la Première Guerre mondiale, et une critique directe contre ceux qui cherchent à réduire systématiquement le statut historique de la France:

«Those who characterize the French as “cheese-eating surrender monkeys” would do well to read ‘Pyrrhic Victory.’ France bore the main burden of World War I on the Western Front, the weight of which would have crippled any country. France lost almost 1.4 million men killed or missing in action from a population of only 39 million, plus another 4 million wounded. On average, she lost 890 soldiers killed every day from August 1914 to November 1918. Adjusting for population, that would roughly equal America suffering 7,000 soldiers killed daily for more than four years. Does anyone think today's American society could stand that?»


Mis en ligne le 17 juin 2008 à 09H43