Sus à la Cour!

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Sus à la Cour!


13 mai 2002 — Nous ne cessons nous-mêmes d'être surpris par le cours des choses, la façon dont la caricature, à peine imaginée avec un haussement d'épaules car on n'imagine pas qu'elle devienne réalité, aussitôt devient réalité. C'est le cas de l'attitude américaine vis-à-vis de la Cour Internationale, dont les Américains viennent d'annoncer qu'ils retirent leur signature du traité qui l'institue. Nous venions de publier une analyse sur cette question, où nous reconnaissons qu'il y a dans la position américaine des arguments qui méritent d'être pris en considération, si d'autres sont nettement critiquables. Aussitôt vient la nouvelle que la Chambre des Représentants est sur la voie de voter une loi qui pousse cette démarche jusqu'à la plus complète caricature. Curieusement adoptée par la Commission des Appropriations de la Chambre, cette loi avait été concoctée in illo tempore par le sulfureux sénateur Jesse Helms, puis elle a été très récemment reprise par le leader républicain de la Chambre Thomas DeLay. Elle prévoit notamment, et de façon très spectaculaire, que les États-Unis se réservent le droit d'intervenir par la force pour “libérer” des citoyens américains qui seraient détenus et conduits devant la Cour. Celle-ci se situe, comme chacun sait (sauf nombre de parlementaires US), à ... La Haye.

Citation cocasse de l'article auquel nous renvoyons nos lecteurs :

« Before the committee voted, 38 to 18, to adopt DeLay's plan, it was bitterly attacked by several Democrats. Representative Patrick Kennedy of Rhode Island said that the DeLay measure sent a message of unilateralism to the world.

» Representative David Obey, a Wisconsin Democrat, said the Appropriations Committee should not even consider the measure but leave it to the International Relations Committee. After demonstrating that some committee members did not know the court would be in The Hague, Obey asked if DeLay understood that under the rescue provision, ''We would be sending our troops to invade the Netherlands.'' DeLay said he did not consider that a serious question. »

Un autre aspect étonnant de cet épisode est que la loi DeLay est présentée dans l'article comme bénéficiant d'un « strong administration support ». Cela représente un changement par rapport à décembre dernier, où une version édulcorée de la loi DeLay avait été abandonnée lors d'une rencontre entre la Chambre et le Sénat, avec l'appui de l'administration. Cette fois, DeLay annonce qu'il a le soutien sans réserve de Rumsfeld (DoD) et de Powell (State). Comme l'article le précise, il ne devrait pas y avoir de problème pour que la Chambre adopte la loi. Cette fois, le Sénat devrait suivre ; le climat y pousse, ainsi que l'attitude de l'administration et, d'une façon générale, la tendance actuelle à Washington où tout ce qui est le plus extrême a le plus de chance de s'imposer.

L'intérêt de cet épisode est en effet dans le mécanisme incontrôlable qui semble désormais prévaloir à Washington, sans intention ni plan préconçu d'ailleurs. Systématiquement, les options les plus extrêmes sont celles qui émergent dans les débats, par la force des choses dirait-on. Il s'agit désormais d'une tendance générale de toutes les forces de pouvoir. Cette tendance existait en bonne partie au Congrès (par exemple dans la critique à l'encontre de l'Europe) depuis les dernières années Clinton et avant le 11 septembre mais l'exécutif restait une force apaisante. Aujourd'hui, il n'existe plus de force apaisante. Toutes les forces de pouvoir poussent vers l'extrémisme, sans même le souci du vraisemblable et/ou du ridicule. Le cas de la menace contre la Cour, contre La Haye et contre les Pays-Bas est un bon cas, et d'autant meilleur que nombre de ces députés ignorent que la menace qu'ils viennent de voter s'exerce contre les Pays-Bas puisqu'ils ignorent que la Cour se trouvera à La Haye.

Tout cela n'a rien à voir, ni avec la force ni avec la puissance, bien qu'il y ait ceci et cela du côté américain. Aujourd'hui, ce qui domine à Washington, avant toute autre caractéristique, c'est le désordre. Le système américain est, à cet égard, hors de tout contrôle sérieux et ses tendances s'expriment naturellement dans une voie sans cesse en cours de radicalisation.

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