Si vous faites FakeNews, faites complètement Fake

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Si vous faites FakeNews, faites complètement Fake

L’affaire de l’inculpation du Général Flynn fait, comme on l’a déjà vu, des vagues considérables. Du point de vue du système de la communication et de la doctrine si en vogue des FakeNews, il y a eu un tournant vendredi. Le fameux journaliste Brian Ross, de la chaîne ABC, annonçait ce jour-là, à la fin de la matinée, qu’il tenait de source sûre que Flynn allait témoigner en affirmant qu’il avait reçu instruction de prendre contact avec les Russes, de Trump lui-même, durant la campagne présidentielle, avant l’élection. Cette nouvelle constituait une victoire majeure pour les Russiagaters (terme employé par Danielle Ryan, dans le texte ci-dessous, désignant les anti-Trump, donc partisans du simulacre Russiagate auxquels ils ont général très largement contribué). Leur enthousiasme fut considérable, – et un peu indécent si l’on veut, et un aveu criant également de leur raison de vivre et de combattre par tous les moyens, – dans tous les cas durant quelques heures, cet enthousiasme, sans doute deux ou trois...

Entretemps, la source de Ross, dans l’entourage de Flynn, avait contacté le journaliste pour lui signaler une erreur catastrophique : ce n’était nullement du candidat-Trump que Flynn avait reçu ses instructions mais, après le 8 novembre, du président-élu Trump lui-même. On passait directement, dans le chef de la troupe-Trump, d’un acte qu’on peut aisément faire prendre comme illégal en un acte complètement légal. ABC diffusa alors une “clarification” si obscure, si peu convaincante et laissant complètement planer le doute, et donc ne démentant nullement de façon formelle la réelle signification de la nouvelle, à un point de malhonnêteté intellectuelle tel que même un journaliste du Washington Post le dénonça comme un “acte de couardise” sans précédent “dans la presse moderne” (le Post s’y connaît, en la matière). ABC fut donc obligée d’à nouveau clarifier, c'est-à-dire clarifier sa “clarification” si l’on veut, reconnaissant cette fois complètement son erreur et l’extrême gravité de cette erreur. Ross a été mis à pied un mois sans salaire.

Le 3 décembre 2017, la journaliste irlandaise free-lance Danielle Ryan (collaboratrice de Salon, The Nation, Rethinking Russia, Russia Direct, teleSUR, The BRICS Post) détaille cet épisode dans sa chronique régulière sur RT (ci-dessous, notre traduction-adaptation). La chose s’avère particulièrement intéressante et conduit à faire des observations caractéristiques sur la doctrine des FakeNews qui constitue, comme chacun devrait le savoir, la doctrine intraitable de travail des journalistes de la presseSystème, surtout depuis 2011 (Libye-Syrie) et en mode surpuissance depuis 2014 (Ukraine, Trump). Le paradoxe est en effet que l’erreur d’ABC a été de ne pas appliquer complètement la doctrine FakeNews, mais de faire du FakeNews un peu par inadvertance, en croyant faire le métier de journaliste...

(Mais le véritable problème, c’est bien que ces “journalistes”-FakeNews, condition absolument nécessaire pour faire partie de la presseSystème, croient être des journalistes et jouent parfois à l’être. C’est là leur terrible faiblesse : ces gens, pour la plupart, sont sincères, totalement intoxiqués par le simulacre, y croyant grâce en général à une bassesse de jugement et une médiocrité de caractère très standard-postmoderne, etc. ; par contre, se prenant pour de vrais journalistes, avec une méthodologie, une éthique & tout le toutim. Ils y croient et ils s’y croient dans un même élan.)

Qu’a donc fait le makheureux Brian Ross ? Son métier de journaliste : il a, – ou plutôt “avait“, après ce bordel total, une source dans l’entourage de Flynn. Cette source lui donne l’information srlon laquelle Flynn va témoigner qu’il a contacté les Russes sur instruction de Trump. Ross est au Nirvana, rien de moins ; il le tient, il tient Trump “par les valoches”, comme dit Gekko dans le Wall Street de Stone. Il le tient parce que, pour lui, Ross, qui est complètement immergé dans Russiagate, lui-même Russiagater de première catégorie comme tous les confrères de la presseSystème, il ne fait pas le moindre doute qu’il va de soi que l’instruction est venue de Trump fautivement, en pleine illégalité, alors qu’il était encore candidat, dans une occurrence qui ouvre une boulevard pour une procédure de destitution. Ross a interprété à sa façon la seule chose qu’il voulait entendre, et il lâche le morceau, et les Russiagaters montent au Septième Ciel (“We get him !”), et ABC affiche son Breaking sans désemparer.

En quatrième vitesse, sa source contacte Ross et lui balance qu’il est en train de faire une énorme erreur. Ross contacte la direction d’ABC, on lance aussitôt le rétropédalage avec une “clarification” qui se fiche du monde. Même les confrères Russiagaters se payent le scalp du réseau qui reste un concurrent commercial, – après tout hein... ABC sort en lambeaux de cette affaire alors qu’en général, Ross a travaillé d’une façon beaucoup plus professionnelle que ses collègues qui le jugent aujourd’hui avec tant de mépris.

C’est le complet paradoxe du Russiagate, de la doctrine FakeNews et du déterminisme-narrativiste. D’habitude, lorsqu’on veut lancer un mensonge, une information-bidon, disons de la désinformation, on prend garde de lancer le canard en l’enrobant de certaines vérités annexes qui renforcent son crédit. On doit procéder de cette façon parce que vous évoluez dans le monde réel et qu’un certain nombre de références à cette réalité, même annexes, renforcent l’ensemble et font passer bien mieux le mensonge. La doctrine FakeNews, qui est entièrement suivie par le Système et constitue la référence unique et intangible de la presseSystème, suppose une immersion totale dans un FakeWorld où la FakeNews n’est plus Fake mais illustration de la nouvelle réalité, laquelle prend ainsi sa forme ultime de simulacre expectorant sa narrative comme l’on fait ses besoins. Dans ce cas, si vous adjoignez à votre FakeNews un peu de vraie réalité-réelle, vous prenez des risques considérables. C’est ce qui s’est passé avec ABC-Ross ; ils ne le savent pas, parce qu’ils ne sont pas machiavéliques et qu’ils sont FakeNews comme le croyant fait sa confession à son curé, et qu’ils ne distinguent rien du simulacre qui soit autre chose qe le réel pour eux. Ce sont des croyants.

Si le réseau ainsi pris la main dans le sac est logique selon la doctrine-FakeNews, la leçon que tireront Ross et ABC sera qu’il ne faut surtout plus se risquer à utiliser des “sources” ayant un lien quelconque avec la réalité, mais bien des Fake-sources dispensant elles-mêmes leurs FakeNews comme si c’était du vrai, notamment parce que dans le simulacre où ils se trouvent, effectivement “c’est du vrai”. Nous voulons dire par là que l’incident d’ABC ne ramènera évidemment pas la presseSystème sur la voie indigne de la réalité-qui-n’existe-plus, ni dans la recherche ingrate des vérités-de-situation. Au contraire, après l’incident d’ABC, la presseSystème s’enfermera encore plus dans son FakeWorld, nichée dans le grand simulacre qu’elle connaît bien désormais.

L’incident d’ABC a juste servi de signe discret pour les initiés, pour ceux qui continuent à écarter le simulacre en reconnaissant en lui tout ce qui fait la fascination mortelle du Système. Il a montré que la presseSystème ne peut pas sortir du simulacre où elle s’est enfermée elle-même, et voir autrement le monde qu’au travers du prisme du Russiagate. Si elle le tentait, d'en sortir, elle s’effondrerait complètement, son crédit réduit à un petit tas de sable qu’un petit peu de vent emporte. Elle continuera donc à colporter les FakeNews, d’ailleurs en se ridiculisant de plus en plus sous les attaques de la presse-antiSystème : dans cette occurrence également, elle est destinée à perdre son crédit, ou ce qui lui reste de crédit. Son sort est ainsi bien malheureux, puisque verrouillé de quelque côté qu’elle se tourne ; d’autre part, elle se trouve dans la logique du Grand Simulacre et, bien entendu, elle n’est pas seule à se trouver dans cet emprisonnement, entre les directions politiques, les divers DeepState, et le Système lui-même... Plus on est de fous, plus on est FakeNews.

dedefensa.org

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L’erreur révélatrice d’ABC sur le Russiagate

Si les médias américains se demandent encore pourquoi le président américain Donald Trump s'en tire sans vergogne en qualifiant tous les médias critiques de sa présidence à FakeNews, ils n'ont pas besoin d'aller plus loin que la fausse déclaration d'ABC (ABC.News) vendredi dernier.

Brian Ross, de ABC, avait révélé la dernière bombe supposée de la saga interminable sur des allégations non prouvées de collusion entre la campagne de Trump et les officiels russes pour ternir l'image de l'opposante Hillary Clinton et faire basculer l'élection en sa faveur.

Ross a rapporté à tort que le général Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump, aurait témoigné que Trump lui avait demandé de contacter les responsables russes pendant la campagne présidentielle. Cela aurait en effet été une nouvelle des plus importantes, – si elle avait été vraie. ABC a rectifié quelques heures plus tard, précisant que la source de Brian Ross, – un confident de Flynn – avait précisé que Flynn témoignerait que Trump lui avait demandé de contacter les responsables russes pendant la période de transition après les élections, alors que Trump était président élu - pas pendant la campagne, comme Ross l’avait d'abord affirmé.

Il y a un monde de différence entre ces deux affirmations ; les confondre ou ne pas les clarifier avec une certitude absolue était une énorme erreur de la part d'ABC. De plus, le contact spécifique que Trump avait ordonné à Flynn d'initier, selon la source, consistait à trouver des moyens pour que les Etats-Unis et la Russie puissent travailler ensemble pour combattre ISIS et résoudre la crise syrienne.

La version initiale et faussaire des événements a suscité chez les Russiagaters une joie hystérique, comme on le vit sur la chaîne vendredi après-midi. C'était le moment tant attendu : « Nous l'avons coincé ! ». Lors de débat de ABC qui suivit, The Joy, la coanimatrice Joy Behar a levé les bras en l'air en criant hystériquement : « Yeah ! », tandis que le public éclatait en applaudissements. Elle a ensuite crié « Coffrez-les ! Coffrez-les ! », et les applaudissements redoublaient. Le tweet d'ABC correspondant à cet énorme scoop a été retweeté plus de 25 000 fois avant d'être supprimé. Le marché boursier s'est même payé un bref effondrement à la “nouvelle” d’ABC.

Pire encore de l’erreur elle-même, il y eut la réaction de “rectification” initiale d'ABC. Au lieu de reconnaître clairement et de démentir immédiatement la nouvelle une fois que l’erreur eût été clairement réalisée, la chaîne s’est contenté d’un avis de “clarification” comme si l'erreur avait été mineure ou insignifiante, et laissant croire ainsi que l’essentiel de l’information subsistait.

ABC a par la suite transformé la “clarification” au statut d’“erreur grave”, admettant que la nouvelle n’avait pas été recoupée. Elle aalors annoncé la suspension de Ross pendant quatre semaines sans salaire.

La gravité de l'erreur aurait dû être immédiatement mise en évidence. claire. Comme l'écrivit Erik Wemple dans le Washington Post : « Jamais l'enjeu n'a été plus important pour l'intégrité factuelle de la politique nationale, et en particulier pour ce qui regarde les liens de Trump avec la Russie. » Wemple a qualifié la piètre tentative d’ABC de corriger l’erreur de la sorte : « la “clarification” la plus couarde dans l’histoire du journalisme moderne. »

Le journaliste du New York Magazine Yashar Ali a noté plus tard sur Twitter que la correction d’ABC ne venait qu’après qu’un journaliste de CNN, Oliver Darcy, ait demandé au réseau pourquoi ce que Ross avait dit sur les ondes ne figurait jamais dans le rapport écrit, sur le site de de la chaîne. Cela, a dit Ali, soulève cette question: ABC aurait-il même pris la peine de corriger son erreur si Darcy ne leur avait pas demandé d’expliquer la divergence ?

Des erreurs comme celle-ci, répétées encore et encore, en particulier en ce qui concerne la Russie, expliquent pourquoi la confiance du public et la confiance dans les médias sont à leur plus bas niveau. Elles pourquoi Trump s’en tire facilement en étiquetant chaque nouvelle qu’il n’aime pas de FakeNews.

Quoi qu’il en soit, les Russiagaters sont très pressés d’oublier l’erreur et la maladresse d’ABC et tentent de faire en sorte que les contacts de Flynn avec les officiels russes pendant la période de transition soient assimilés à une trahison. Ils s’appuient sur la Loi Logan, une loi du 18ème siècle qui interdit aux citoyens américains privés de travailler avec un gouvernement étranger contre les Etats-Unis. L'accusation est précise que la demande de Flynn aux responsables russes se suspendre leurs représailles contre les sanctions de l’administration Obama en décembre 2016 équivaut à une violation de cette loi. Il y a quelques problèmes avec cette interprétation.

Premièrement, la loi concerne des citoyens privés. Il n'est pas certain que cela puisse s’appliquer à Flynn, membre d'une équipe de transition présidentielle avec une habilitation de sécurité nationale. Ty Cobb, l'avocat de la Maison Blanche chargé de l'enquête sur la Russie, a déclaré au New York Times que « la norme écrite de la transition présidentielle encourage spécifiquement le contact et la sensibilisation des dignitaires étrangers ».

Le deuxième problème avec la tentative des Démocrates de coincer Trump avec cette loi, c’est que même un des porte-parole du Département d'Etat d'Obama, Mark Toner, a déclaré à l'Associated Press qu'il n'y avait rien d’inapproprié dans un contact entre des membres de la nouvelle administration et des fonctionnaires étrangers, y compris la Russie. Toner avait même offert l'aide du Département d'Etat pour un tel contact – mais en précisant que cela ne serait pas nécessaire puisqu’il n’y aurait aucun problème pour l’équipe Trump d’établir de tels contacts par elle-même.

Le troisième problème avec l'accusation de la Loi Logan est que personne n'a été condamné en vertu de cette loi dans ses plus de 200 ans d’existence. Si les démocrates ont sont réduits à faire appel à une législation obscure et inutilisable dans leurs tentatives pour prouver que Trump est complice de la Russie, c’est que leur cause est juridiquement quasiment inexistante. Plus encore, comme nous l’avons vu, une nouvelle administration parlant aux Russes pour établir des relations de coopération en vue de résoudre des conflits n’a aucun rapport avec une “collusion“ ou une “trahison”. Le recours à la Loi Logan montre simplement  à quel point les Démocrates sont devenus désespérés de l'absence de preuve réelle montrant une collusion de Trump avec les Russes.

L’affaire Flynn se ramène à ceci : Flynn a reconnu qu'il a menti au FBI sur les détails des appels qu'il a faits à des fonctionnaires étrangers. Il a conclu un accord de plaidoyer et coopère avec l'enquête sur la prétendue collusion entre Trump et la Russie. Il aurait témoigné que Trump lui a ordonné de contacter les responsables russes alors qu'il était président élu.

Il est possible que Flynn puisse avoir une vraie bombe à fournir aux enquêteurs et que nous en entendions parler en temps voulu. Mais pour l'instant, nous n'avons toujours aucune preuve qu'il y ait eu une quelconque collusion entre la campagne de Trump et Moscou – au grand désespoir des Russiagaters, et d’ABC bien entendu.

Danielle Ryan

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