Retombées et opportunités du sommet de Bruxelles

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Le sommet de Bruxelles a introduit, pour nombre de participants, un esprit différent correspondant à la “troisième phase” de la crise que nous décrivions dans notre F&C du 2 septembre. Il s’agit de la sortie de la phase de la rhétorique d’affrontement qui a présidé à la “politique” (ou la non-politique) occidentale dans la crise géorgienne à partir du 17-18 août. Le sommet de Bruxelles a montré qu’une large majorité des pays de l’UE approuvait une politique tendant à tenter de relancer une politique de concertation et de négociation avec la Russie.

Parmi ces pays, on trouve notamment l’Italie et l’Autriche. Ces deux pays ont affirmé hier une position dans ce sens, au cours d’une visite en Autriche du président de la République italienne, Giorgio Napolitano. Un communiqué commun de Napolitano et du président de la république autrichienne Heinz Fischer a été publié hier après-midi. Il demande la poursuite des négociations sur le partenariat stratégique entre la Russie et l’UE (négociations que le sommet de Bruxelles a décidé de “geler” temporairement, – une des mesures que la minorité intransigeante de l’UE a obtenues au sommet). Ces négociations avaient été dans l’impasse bien avant la crise de Géorgie, essentiellement à cause de l’activisme des pays anti-russes de l’UE. (Un projet d’accord, remplaçant l’accord précédant qui a été temporairement reconduit, avait été bloqué successivement par la Pologne et la Lituanie; ces circonstances montrent que la crise des relations de l’UE avec la Russie ne date certainement pas de la crise de Géorgie, mais qu’elle a sa source dans l’hostilité anti-russe de certains pays de l’UE, essentiellement les nouveaux pays de l’Est, particulièrement la Pologne et les trois pays baltes.)

Selon Novosti du 4 septembre: «Le président italien Giorgio Napolitano et son homologue autrichien Heinz Fischer se sont prononcés jeudi pour la poursuite des négociations sur le nouvel accord de coopération et de partenariat Russie-UE, a annoncé le service de presse du président italien.

»“A cette étape de la vie internationale et face aux défis mondiaux qu'elle présente, il est nécessaire de renforcer la coopération entre l'Union européenne et la Russie avec la conclusion d'un nouvel accord de partenariat stratégique”, lit-on dans un communiqué de presse.»

Les résultats du sommet de Bruxelles qui était attendu avec impatience par la presse occidentale en général anti-russe et très anti-russe selon les pays n’ont guère fait l’objet d’un suivi attentif. La raison principale en est évidemment que les effets de ce sommet vont vers l’apaisement. Outre les réactions qu’on décrit ici, les réactions russes ont été aussitôt positives et se sont largement confirmées dans ce sens.

Il y un autre élément important avec l’amélioration soudaine des relations entre la Pologne et la Russie. Il y a l’annonce d’une visite en Pologne, précédemment annulée à cause de la crise, du ministre des affaires étrangères russe Lavrov, le 11 septembre, et des déclarations conciliantes, hier, du Premier ministre polonais Tusk. Il semble que les Polonais ont reçu des conseils de prudence d’autres pays européens et qu’ils les ont entendus. Il semble d’autre part que Tusk, venu au pouvoir à l’automne dernier avec l’intention d’améliorer les relations entre la Pologne et la Russie, tente de renverser la catastrophique détérioration du mois d’août.

Il faut également mentionner la visite du ministre belge des affaires étrangères à Moscou et ses déclarations, à Moscou également le 3 septembre, en faveur de l’entrée de la Russie dans l’OMC et de l’intégration complète de la Russie dans l’ensemble économique international. (Le refus de l’entrée de la Russie dans l’OMC est une des sanctions que demandent les radicaux, notamment les USA et les pays européens anti-russes.)

Bien entendu, le point central est la visite de Sarkozy-Barroso à Moscou (avant un passage à Tbilissi) pour voir Medvedev. Si les résultats sont acceptables, notamment en entérinant ce qui pourrait être considéré comme une “normalisation” sur le terrain en Géorgie, la nouvelle phase pourrait se développer avec une politique de l’UE de plus en plus tournée vers une reprise des contacts et des négociations avec la Russie. Ce scénario optimiste pourrait d’ailleurs déboucher sur d’autres perspectives, avec une relance de la recherche d’un accord de sécurité paneuropéen (à partir des propositions Medvedev de juin-juilllet). Nous sommes en effet dans une période des extrêmes: ou bien la crise n'est pas contrôlée et elle s’aggrave, ou bien elle s’apaise, comme l’opportunité commence à en apparaître, et elle conduit à constater la nécessité d’un nouvel arrangement de sécurité en Europe. La situation est opportune sur un point important: les USA, bien qu’activistes comme toujours pour empêcher un tel accord et en général l’apaisement en Europe, sont fortement inattentifs à la situation générale à cause de leurs élections présidentielles et d'une diplomatie en lambeaux, à l'image de l'administration Bush.


Mis en ligne le 5 septembre 2008 à 08H47

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