Quand Rumsfeld planifiait la “Long War”, alias GWOT...

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Quand Rumsfeld planifiait la “Long War”, alias GWOT...

Nous avons déjà écrit (voir le 7 octobre 2014) que la nouvelle “Guerre contre la Terreur” est pour nous la troisième du nom. La première, l’originelle, aussi pure qu’un joyau dans la puissance et la spontanéité de son élan est celle de 2001, suivant immédiatement l’attaque. La seconde date de 2006, et c’est celle-là qui nous intéresse, parce qu’il nous paraît instructif d’en rappeler les modalités.

Au contraire de la première et de la troisième (la nôtre), elle fut très minutieusement planifiée principalement par un homme et la bureaucratie qu’il dirigeait : le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld et le Pentagone. Cette nouvelle “Guerre contre la Terreur”, qui fut désignée indifféremment GWOT (pour “Great War On Terror”) ou “Long War”, avait été décidée par l’administration GW Bush sur les conseils pressants de Rumsfeld, devant le constat que les interventions en Irak et en Afghanistan, d’une part se heurtaient à de très graves difficultés, d’autre part ne suffisaient pas géographiquement dans la mesure où leur déroulement, justement, mettait en évidence que le terrorisme avait fondamentalement une dimension transnationale et se diffusait ou prenait naissance dans de très nombreux autres pays. C’est justement ce deuxième constat qui expliquait, selon les planificateurs US, les difficultés rencontrées notamment en Irak, avec l’afflux de terroristes venus de l’extérieur.

GWOT/“long War”, envisagée dès 2004, vit sa planification achevée en 2006 et son opérationnalité activée cette année-là. Diverses initiatives, divers rapports, etc., marquent les diverses étapes de la planification, jusqu’à l’élaboration et l’achèvement en 2006 de la QDR-2006 (le rapport quadriannuel Quadriennal Defense Review du Pentagone) qui en détaillait toutes les conditions. C’est ce que signalait le Washington Post, le 23 avril 2006 : «Defense Secretary Donald H. Rumsfeld has approved the military's most ambitious plan yet to fight terrorism around the world and retaliate more rapidly and decisively in the case of another major terrorist attack on the United States, according to defense officials. The long-awaited campaign plan for the global war on terrorism, as well as two subordinate plans also approved within the past month by Rumsfeld, are considered the Pentagon's highest priority, according to officials familiar with the three documents who spoke on the condition of anonymity because they were not authorized to speak about them publicly.»

Ensuite, tout au long de l’année 2006, cette deuxième “Guerre contre la Terreur” fut largement présentée au public sous forme de tournées de relations publiques du Pentagone. Les détails et spéculations qui en sont donnés sont particulièrement révélateurs, et même très surprenants par rapport aux événements que nous avons vécus depuis, à part qu’il ne s’agit que de ben Laden et de al Qaïda. Par contre, si l’on considère l’évolution de ce qu’on nomme “la mouvance du terrorisme islamiste” au travers de diverses organisations, l'imagination y trouve un terrain fertile ... Voici, dans un texte de WorldTribune.com du 29 décembre 2006 un rapport de ce qu’étaient alors les briefings de relations publiques du Pentagone sur la Long War/GWOT, alias “Guerre contre la Terreur” 2.0.

«The Pentagon’s Joint Staff is very secretive but it is coming out of the shadows to better promote the idea that the global war on terrorism will be a “Long War” of perhaps 100 years’ duration. A Joint Staff briefing, entitled the “Long War,” is given five or six times a week within the Pentagon to various public audiences and as many as 60 times around the country. The goal is to help the American people and leaders better understand the nature of the conflict, the enemy and its actions and the U.S. strategy and tactics for defeating them. “It is not just about Iraq or Afghanistan. It involves the whole world and it involves the whole government,” said Air Force Brig. Gen. Mark Schissler, deputy director of the war on terrorism within the Joint Staff J-5 strategy office.

»According to the briefing, Al Qaida remains the main threat but it is also changing. The terrorist group is succeeding in making more connections around the globe, especially in Muslim-dominated regions where Islamists seek to re-establish a caliphate. These include North Africa, Southern Europe, the Middle East, and parts of Central and Southeast Asia.

»“We see them reaching out a little more regionally and globally and you see groups that previously had not favored Al Qaida in some cases joining up with them now,” Schissler said. For example, terrorists in North Africa in the past had refused to join Al Qaida but recently have started to join forces with the group headed by Osama Bin Laden and Ayman al Zawahiri. The briefing states that Al Qaida “has exploited a frustrated populace, increased communications, and improved tactics to inspire a global movement committed to establishing extremists domination over much of the world.” “The extremists believe that only through total extremists domination can the Ummah once again be prominent in the world,” the briefing states, noting that Bin Laden has boasted that “the pious caliphate will start from Afghanistan.”

»The briefing discloses a 20-year Al Qaida plan to create an Islamist extremist homeland in the Middle East. The seven-stage plan began with the September 11 attacks as “The Awakening,” “Eye-Opening,” in 2003 when U.S. troops took Baghdad. The plan will continue with the “Arising and Standing Up” in 2007 with a new focus on Syria and Turkey, and also more direct confrontations with Israel to try to gain more credibility among Muslims. By 2010, Al Qaida plans on the “Demise of Arab governments.” All this will culminate in an Islamic caliphate in 2013, when Al Qaida and Islamists gain powerful new allies such as China, and Europe declines into disunity. The “Total Confrontation” period will commence from 2015 to 2020 with the creation of an Islamic Army that will begin a worldwide fight against believers and nonbelievers. The “Definitive Victory” will be reached in 2020 when the Islamists will assume power globally.»

... Évidemment, on ne sera pas sans remarquer la prescience du plan de Ben-Laden-selon-le-Pentagone : 2010, “mise à bas des gouvernements arabes” (“printemps arabe”), 2013 le Califat islamique (l’État Islamique, Califat installé avec un an de retard du sans doute aux très nombreuses complications de la politique de sécurité nationale des USA). Normalement, ce constat devrait rétrospectivement entretenir des spéculations, ou les relancer...

• On pourrait par exemple se demander : Ben Laden a-t-il jamais existé ? S’agit-il d’une clef qu’on dissimule derrière un personnage puis un autre, d’abord le Rumsfeld de 2005-2006 qui avait tout prévu des plans de déstabilisation, et qui n’était finalement qu’une représentation pentagonesque de Ben Laden ? Ou bien est-il un prête-nom pour Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, dit Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, Dr. Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Samarrai, Abou Du'a3, et plus récemment “calife” Ibrahim, présenté comme celui qui a installé le Califat islamiste, avec un peu de retard par rapport à ce que prévoyait son pseudo/alias Ben Laden ?...

• Ces révélations de 2006, depuis longtemps oubliées, impressionnantes par les dates de 2010 et 2013-2014, peuvent aussi bien alimenter la chronique des comploteurs et des complotistes qui nous assurent que tout est monté dès l’origine par les USA, et notamment par le Pentagone ... Mais, dans ce cas, et suivant la logique du propos, il faut aller jusqu’au terme et admettre qu’en 2020 l’alias-Ben Laden remplacé depuis longtemps par ses clones et doubles divers, emportera la victoire finale, et le Califat installera sa capitale d’occupation du bloc BAO à Washington, D.C. Dans ce cas, il faut admettre qu'on puisse envisager l'hypothèse que “les USA, et notamment le Pentagone”, sont depuis longtemps un prête-nom et un faux-nez pour ben Laden, à condition que ben Laden existe... Et ainsi de suite, dans une folle farandole.

... En attendant, mélancolique et sarcastique, Rumsfeld avait dû quitter le Pentagone (en novembre 2006), emporté par la situation catastrophique en Irak et les élections mid-term de ce même novembre 2006 qui actèrent une défaite qu’on croyait décisive de la politique de GW Bush au profit des démocrates. La suite est connue et terriblement ironique : la politique de Rumsfeld a largement survécu à son créateur et a continué à marquer toute la politique extérieure des USA, notamment avec les démocrates emmenés par le président Obama qui avait construit sa campagne électorale sur l’abandon de cette politique, jusqu’à aujourd’hui où l’on relance cette même politique avec une “Guerre contre la Terreur” 3.0. C’est qu’il s’agit de tenir les prévisions faites il y a dix ans et plus par le fantomatique et énigmatique ben Laden, jusqu’à la “Definitive Victory” de 2020.


Mis en ligne le 11 octobre 2014 à 10H58

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