Plutôt Bouvines que le 14 juillet, non ?

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Plutôt Bouvines que le 14 juillet, non ?

Certains auraient voulu nous faire défiler le 15 pour mieux profiter du football à Rio. Le destin et l’Allemagne n’en ont pas voulu ainsi. Mais le 14 juillet reste une date ambiguë qu’il importe de discuter.

En 1870 les républicains prennent le pouvoir dans une France conservatrice en profitant de la déculottée de Sedan qu’ils prolongent froidement. En quelques années ils modifient le pays. Nos lois, nos écoles, nos traditions vont être altérées à jamais ; nous allons nous jeter dans des guerres désastreuses et dans des aventures coloniales mal ajustées qui se termineront mal ; le pays va décliner dans tous les domaines – surtout démographique, ce n’est pas un hasard, car aujourd’hui comme hier les républicains sont les chantres du grand remplacement. Les Français ne leur ont jamais convenu.

Si la république a jamais vanté la patrie, ce fut au sens « humanitaire » du grand Cochin : tous les peuples sont frères, il faut lutter contre les comploteurs et les tyrans, etc. : c’est donc au nom du djihad républicain – antichrétien jadis et panislamiste aujourd’hui – que s’est bâtie notre vieille France moderne.

Dans son Journal d’un écrivain, année 1873, Dostoïevski remarque que nos républicains sacrifient le pays à leur idée et qu’ils sont surtout des « adorateurs » de la Forme républicaine : La restauration de la forme républicaine leur est beaucoup plus chère que le salut du pays, Il existe chez tout républicain la conviction que le mot de « république » suffit à tout. 
Dostoïevski remarque que celui qui veut cette république dangereuse pour notre santé en 1870 est le prince de Bismarck. Pour le bien de son voisin prussien en effet, la France de Félix Faure va remplacer la France de Louis XIV, la France de Mistinguett celle de Rameau. Le grand auteur pressent aussi que les choses ne se passeront pas comme ça, et que le populisme si français ne digèrera jamais cette hyper-présence républicaine qui modifiera notre passé et les noms de nos rues.

Le 14 juillet qui n’est que la célébration d’un lynchage, celui du gouverneur de Launay qui avait livré sa forteresse vide (les républicains rempliront eux prisons, camps et cimetières), et fut pour la peine massacré avec sa garnison, sa tête promenée au bout d’une pique – le 14 juillet donc ne saurait être critiqué. Car la jactance humaniste vire vite à la paranoïa sonore chez nos républicains persécutés qui aiment, dit encore notre auteur, se sentir entourés d’une auréole de martyrs ! Voir la sortie grandiloquente de notre Dernier Ministre sur la « république menacée » par les propos d’un comique fatigué.

Mais soyons positifs et proposons de remplacer ce fastidieux 14 juillet par un défilé de Philippe-Auguste et de sa chevalerie. Bouvines et la chevalerie cela ferait de sacrés visiteurs ! Nos chers touristes chinois apprécieraient. Mais les républicains ?

On fêtera le huitième centenaire de Bouvines ce 27 juillet.

Ecrit par nous en 2014…

En pensant à Bouvines (à fêter le 27 juillet prochain), je me dis qu’il faut voir et revoir les Visiteurs. Car toute la génération qui vote mal aujourd’hui a bizarrement appris à parler le français dans ce film !

Les Visiteurs est un film-culte car il rend hommage à nos ancêtres, et les faisant nous visiter ; il rend hommage au christianisme bouillonnant de l’époque mais aussi au comportement païen des bonnes gens ; il démontre le caractère trifonctionnel de la société médiévale et il célèbre enfin une royauté de la grandeur et du sacré.

C’est aussi un film nostalgique aussi, d’amour aussi, montrant une aristocratie guerrière, dure et naïve, mal à son aise à notre époque. Film provocant, aussi montrant la France se recouvrant de « Sarrazins », de restaus crades, d’autoroutes, de roulottes et de pollutions. Film insolent enfin, car montrant la capacité instantanée d’adaptation du serf et son américanisation (le look, la voiture, le billard) immédiate.

Sans oublier la clocharde « madame Ouille » qui n’aime pas les aristos et ne jure que par Michel Drucker !

La puissance du film (qu’adorent les étrangers qui apprennent encore le français) vient de la force de ce langage génial et déglingué (« il ronchie dans des habits de bouffon ») que Christian Clavier et Jean-Marie Poiré ont inventé malgré les attaques des benêts universitaires.

Mais le succès est surtout venu des enfants qui ont été frappés par le coup du Sarrazin et par le génie de la langue, son inventivité, ses allusions perdues. On a adoré pasticher Jacquouille et messire Hubert, on s’est rappelé que l’on pourrait aisément – si on le voulait politiquement – remplacer les mots anglais dans notre langue : il suffirait comme on l’avait fait une fois de le demander aux enfants !

Toute une génération a pu alors se ressourcer et redécouvrir ses racines linguistiques, même à la sauce farfelue – surtout à la sauce farfelue ; car il y a quand même eu cent fois plus de spectateurs en salle que pour le Perceval d’Eric Rohmer !
Le génie de la langue est certes aussi un fait de l’enracinement, fait de ses particularités, de ses accents, de son référent. Que l’on pense simplement à Pagnol et son français « avé l’assent« …

Ce n’est pas pour rien que le déracinement globalisé passe par l’emploi d’un basic English qui est à Shakespeare ce que le rat d’égout est au tigre du Bengale.

Mais là, les racines de la langue ont fait exulter une jeune génération qui seule pouvait comprendre ce français… de souche et qui d’ailleurs vote aujourd’hui incorrectement.

On ne s’étonnera pas enfin de la similitude du titre avec le si célèbre film de Carné, qui date de l’occupation et traite bien sûr des mêmes sujets : une certaine occupation. Car Hubert voit bien comme nous que la police de la pensée, les gendarmes et les psys sont partout.

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