Petite causerie entre amis

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Petite causerie entre amis

Mardi dans la matinée, on en causait de plus en plus. Parmi les félicitations d’usage international après la réélection de Vladimir Poutine, avec le distinguo de ceux qui félicitent sans plus et ceux qui félicitent en disant qu’il faut coopérer-malgré-tout, ou coopérer tout court, il y avait l’absence remarquée de UK et de USA. Pour les Britts, aucun souci à se faire : la plongée extraordinaire dans la politique-invective et la coopération-ultimatum impliquait nécessairement cette réserve. Restait le Grand Sachem, The-Donald. Quelques heures plus tard, dans la matinée pour Washington et dans l’après-midi pour Moscou, on apprenait qu’il y avait eu un appel de Trump, qui s’avéra très vite être une conversation assez longuette Trump-Poutine...

(A partir d’un exemple, une curiosité du système de la communication si l’on suit les Russes, et l’on comprend qu’ils sont particulièrement concernés sinon préoccupés par ce point de l’attitude de Trump, à l’image du sentiment de Poutine ; tout cela, en fonction des impératifs divers de traduction ou pas, de réflexion pour commenter ou pas encore, de difficultés de coordination, etc. A 14H08 le 20 mars 2018, avec ultime mise à jour à 17H59, Spoutnik-français mettait en ligne ce texte avec le titre « Trump ne félicite pas Poutine : le Kremlin réagit » ; à 16H00, avec ultime mise à jour à 22H00 le 20 mars 2018, était mis en ligne par le même Spoutnik-français le texte : « De quoi Trump et Poutine ont-ils parlé lors de leur entretien téléphonique ? ». Dans les deux cas, l’optimisme régnait...)

On va prendre ici, pour documenter ce coup de téléphone pour une démarche formelle qui est devenue une conversation, le texte de RT-français, dans la mesure où, sans aucun doute sur ce point, ce texte suit très précisément la pensée et la ligne officielles russes. Non pas qu’il y ait dissimulation, FakeNewsisme, “main du Kremlin” et influence dictatoriale sur la communication comme aiment tant à affirmer les cohortes postmodernes des pays du bloc-BAO, etc., mais parce qu’on y trouve certainement un exemple très illustratif du ton le plus optimiste possible du compte-rendu, avec tous les détails justifiant cet optimisme. Le texte a été publié le 20 mars 2018 à 16H39 sous le titre « Trump félicite Poutine pour sa réélection et envisage une rencontre dans un futur proche ».

« Selon un communiqué du Kremlin et une déclaration de Donald Trump, citée par l'AFP et Reuters, ce dernier a téléphoné à Vladimir Poutine le 20 mars, afin de le féliciter pour sa victoire à l’élection présidentielle deux jours plus tôt. Selon le Kremlin, les deux hommes ont évoqué “une possible rencontre au plus haut niveau”, sans préciser de date. S'exprimant depuis le bureau ovale, Donald Trump a confirmé avoir discuté d'une potentielle rencontre : “Nous allons probablement nous rencontrer dans pas trop longtemps”.  

» Lors de cette conversation téléphonique, les présidents américain et russe ont également abordé les questions internationales de premier plan et se sont dit favorables à une coordination de leurs efforts afin de “limiter la course aux armements”. A ce sujet, Vladimir Poutine avait rappelé, la veille, que son pays ne comptait pas se lancer dans une “course aux armements”, lors d'une réunion tenue au Kremlin avec les autres candidats qui étaient en lice à la présidentielle.

» Les dossiers sensibles de la Syrie et de l'Ukraine ont également été abordés lors de la conversation téléphonique entre les présidents, d'après le communiqué du Kremlin. Donald Trump a précisé que ces sujets, ainsi que le dossier nord-coréen, seraient approfondis au cours de l'éventuelle rencontre entre les deux chefs d'Etat

» Donald Trump a réagi plus tardivement que nombre de chefs d’Etats et de gouvernements (y compris occidentaux) pour féliciter son homologue russe – deux jours après la réélection de Vladimir Poutine. Le Kremlin avait d’ailleurs relevé cette absence de réaction quelques heures avant l'entretien téléphonique des deux hommes, commentant qu'il ne s'agissait en rien d'un signe inamical, et que cela n’était “pas grave”.

» Il est à noter que les relations entre Washington et Moscou se trouvent actuellement tendues, notamment, par l'affaire Skripal, du nom de l'ex-agent double russe empoisonné sur le sol britannique – les Occidentaux accusant, sans apporter de preuve tangible, la Russie d'être responsable de cet empoisonnement. Le 15 mars, le Trésor américain, invoquant cette affaire, a annoncé de nouvelles sanctions contre la Russie. »

Ce texte assez banal, c’est-à-dire très business-like et casual comme l’on dirait à un sommet de la francophonie under Macron, voudrait rendre compte d’une atmosphère de coopération comme allant de soi, sinon déjà “en marche” (Macron-suite), comme si enfin cette coopération n’avait jamais cessé d’exister entre les deux puissances depuis qu’elles furent sacrées “superpuissances”. Seul le dernier paragraphe rappelle le climat, en omettant d’ailleurs le point d’autant plus intéressant et important de l’absence dans la conversation Trump-Poutine du sujet principal des temps-en-cours, de “l’affaire du poison” Skripal/Novichok comme d’autres avatars du même type de l’antirussisme transcendantal de nos grands esprits-grands cœurs ; le chose est notée, par exemple, par TheDuran.com, – dans ses propres mots : « Absent from the contents of the phone conversation were any accusations regarding election meddling, cyber attacks, or ordering assassinations on foreign soil using banned chemical or biological agents. »

On a oublié que la première réaction de Trump concernant Skripal/Novichok, réaction orale avant d’embarquer en hélicoptère derrière la Maison-Blanche, face à la horde habituelle de la presseSystème qui l’informait du déchaînement de la tempête qu’on sait à Londres avec Theresa May dans ses immenses colères et alarmes, cette réaction avait été de dire “attendons que l’enquête soit menée à son terme, on verra alors...”. (Le porte-parole de Macron disait la même chose, à peu près à la même heure.) La réaction de Londres a été tellement violentes et hystérique devant cette absence de violence et d’hystérie de ses si chers alliés, qu’Américains et Français ont modifié leur position dans le sens qu’on sait : sagement, ils ont montré quelque violence et une hystérie très-vintage. Notre perception est donc qu’il n’y a absolument pas eu organisation, mise en scène et interprétation sous la baguette washingtonienne as usual, par exemple comme l’estime Peter Korzun dans Strategic-culture.org le 19 mars 2018 :  

« Contenez la Russie dans tous les domaines, pressez-la partout où vous le pouvez et augmentez la pression pour la faire s'agenouiller. Ce n'est pas difficile de trouver un prétexte pour justifier la campagne orchestrée par l'Occident pour mettre les relations avec Moscou sur des bases conflictuelles. [...] Avec tant de doutes exprimés sur la complicité de Moscou dans l'empoisonnement de Salisbury, les dirigeants du Royaume-Uni, des États-Unis, de l'Allemagne et de la France - les quatre grands - ont fait une déclaration commune sans précédent accusant la Russie... »

Poursuivons : notre perception est que Trump se fiche complètement, et des Britanniques et de Skripal/Novichok, mais qu’il est obligé de manœuvrer, s’incliner ici, faire un coup d’éclat là, etc., selon la géographie apocalyptique d’un pouvoir en miettes, autant que de sa propre humeur, si souvent primesautière mais qui ne s’empêche pas non plus de nombre de calculs tactiques comme sait en faire un grand affairiste de fortune. Dans ce cas, la meute (presseSystème et le reste) étant déchaînée, il fallait suivre parce que les hommes politiques, fût-ce un Trump, tremblent devant la communication. De même, le délai pour appeler Poutine entre dans le même type de situation, mais se trouve largement rattrapé par la longueur de l’entretien, par la variété des sujets abordés, par la promesse d’un prochain sommet à deux, et par le dédain commun pour Skripal/Novichok. Il est manifeste qu’en l’occurrence, Poutine devait boire du petit lait, non par convenance personnelle mais parce qu’il entendait le langage qu’il souhaite tant, et que Trump adopte en effet à l’occasion.

Cet épisode aux plus hauts sommets des deux protagonistes, sur fond d’affaire Skripal/Novichok qui perd de son rythme et dont un nombre grandissant d’acteurs divers des directions-BAO commence à se désintéresser, ajoute un grain de contradiction, c’est-à-dire de désordre et de chaos, dans une situation générale dont deux mots usuels peuvent seuls et comme d'habitude arriver à rendre compte du caractère général et extrêmement spécifique : désordre et chaos. Il ne faut surtout pas voir dans l’amicale tournure de la conversation Trump-Poutine un tournant exceptionnel sur une route qui n’est faite que de lacets continuels avec tournants à 180° dans tous les sens. On imagine bien que Poutine est satisfait de la chose, et peut-être même s’imagine-t-il enfin voir briller une petite lumière au bout du tunnel. Il aurait bien tort et devrait s’acheter des lunettes.

Trump reste Trump et la pourriture washingtonienne continue à prospérer dans la néantisation du pouvoir. “D.C.-la-folle” est plus que jamais un champ de bataille où les coups bas ne cessent de voler et les factions de se multiplier, comme s’il s’agissait d’une Syrie en col-cravate-sans-cravate, “Damas-sur-Potomac” repeint hâtivement en une hyper-House of Cards. Le parti républicain continue à errer en s’interrogeant pour savoir s’il soutient ou non Trump, le parti démocrate se divise de plus en plus en fractions entre les antirussistes acharnés et les progressistes plutôt-sociaux qui commencent à re-découvrir les monstruosités du capitalisme américaniste ; quant à Trump il poursuit ses purges sans fin et sans rien y comprendre contre le DeepState, lequel ne cesse de déployer son impuissance face à l’actuel président. Rien dans tout cela ne laisse augurer la moindre micro-possibilité de la simple évocation d’une véritable politique sur laquelle des relations stables (par exemple, Russie-USA) pourraient être construites. C’est dire également, pour poursuivre sur un autre chapitre mais comme si c’était la même chose, qu’on est bien loin d’une “union sacrée“ bâtie sur le grotesque soufflé médiatique et idéologisé Skripal/Novichok qui n’a pour l’instant réussi qu’à prouver une chose, – la phase accélérée de la décadence abyssale des services de renseignement du bloc-BAO, commencée au début du siècle par l’identification des “armes de destruction massive“ de Saddam Hussein.

On sera donc conduit une fois de plus à constater l’hypothèse que le remarquable homme d’État russe qu’est Poutine continue à être habité par l’étrange illusion lyrique d’une entente entre les USA et la Russie pour une stabilisation de la situation du monde. Cela n’est d’ailleurs pas vraiment trop grave parce qu’il a la prudence d’entretenir cette illusion, à la fois “à-la-russe” et “en ancien officier de renseignement” du temps où le renseignement disposait d’une autorité de référence et d’une autonomie de jugement. Il affirme, en toute sincérité, vouloir éviter à tout prix “une course aux armements” après s’être assuré de divers programmes stratégiques qui mettent son pays à l’abri de la menace d’une première frappe stratégique de décapitation. Il offre ainsi à Trump une occasion de faire reculer le DeepState en faisant “exiger” par ses militaires pris de court par l’avancée russe l’idée d’une reprise des négociations de “régulation des armements stratégiques nucléaires”.

On peut dire que la conversation a été chaleureuse, que la possibilité de l’holocauste nucléaire à reculé de 45 secondes à une minute sur “l’horloge de l’apocalypse, tandis que le reste, – les diverses guerres civiles et de communication, en Syrie, à “D.C.-la-folle“, autour de Theresa May, entre les pays de l’UE, de Système à antiSystème, – continuent et continueront plus que jamais à faire rage jusqu’à ce que quelque chose cède... “Something’s got to give.

 

Mis en ligne le 21 mars 2018 à 13H12

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