Offensive russe pour “accaparer” l’Iran, avec les USA pris de court

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Offensive russe pour “accaparer” l’Iran, avec les USA pris de court

Le commentateur et ancien diplomate indien MK Bhadrakumar estime que la Russie a pris une position résolument offensive pour établir des liens économiques et politiques privilégiés avec l’Iran dans le nouveau contexte qualifié en général de “réintégration de l’Iran dans la communauté internationale”. Bhadrakumar expose d’abord le mécontentement du secrétaire d’État John Kerry exprimé à propos des conditions de la prochaine conférence Genève-II sur la Syrie. Ce mécontentement porte évidemment sur la situation syrienne et se marque par deux critiques majeures portant sur le rôle qu’on (les Russes en premier) voudrait voir jouer à Assad d’une part, sur l’insistance (des Russes en premier) pour que l’Iran joue un rôle direct majeur dans cette conférence. Décryptés selon Bhadrakumar, ce raidissement US vise d’abord la Russie, et éventuellement l’Iran parce que ce pays semble d’accord pour se rapprocher de la Russie beaucoup plus que des USA comme la diplomatie US l’espérait en enfermant l’Iran dans un dialogue avec les USA. («Simply, put, just when it is absolutely critical that there should be no third-party intervention in the Obama administration’s agenda of engagement with Iran in direct talks, which is entering a critical phase, Russia has decided to make a splash.», écrit Bhadrakumar le 17 janvier 2014 sur son blog (Indian PunchLine.)

Ce qui inquiète les USA d’une façon très immédiate et concrète, ce sont les tractations engagées par les Russes sur des sujets précis avec l’Iran. On parle d’une renégociation Russie-Iran pour la livraison de systèmes sol-air S-300. On perçoit que la Russie veut instituer certains problèmes chers aux USA comme sujets de négociation et de coordination d’une sorte de politique russo-iranienne, notamment concernant l’Afghanistan. Enfin, il y a un vaste projet de coopération russo-iranienne concernant des achats massifs de pétrole iranien qui réduirait considérablement l’effet de pression des sanctions du bloc BAO contre l’Iran. Bhadrakumar développe ce thème en en faisant une initiative majeure pour une redéfinition des relations stratégiques Russie-Iran dans le sens d’un renouveau permettant à la Russie de redéfinir sa proximité avec l’Iran menacée par la fin de l’isolement iranien. Bhadrakumar salue l’initiative comme un coup de maître de Poutine, – un de plus, certes...

«No sooner than he heard that Iranian foreign minister Mohammad Javad Zarif was heading for Moscow, Kerry dialled up his Russian counterpart Sergey Lavrov to dissuade Russia from concluding the barter deal of oil-for-good with Iran that could result in a whopping 50% increase in Iran’s oil exports and add $18 billion to Tehran’s export revenues, catapulting Russia as Iran’s number one buyer of Iranian crude. Lavrov would have said, ‘Nyet’.

»Of course, Washington would know Russia which is the world’s oil czar doesn’t need to import Iranian crude — Russia’s refineries are neither designed to use Iranian crude nor are its oil ports geared for importing facilities. The Obama administration would estimate that Russia might take on board the Iranian crude, simply relabel it as ‘Russian’ and sell it — to, say, India or China. (I mention India, because the Soviet Union once supplied Iraqi crude under a barter deal between Moscow and Baghdad in a comparable situation of regional tensions.) In economic terms, Russia would be giving a vital lifeline to Iran by acting as middle man to export its crude, bucking the western sanctions. And, in political terms, Moscow would be creating vastly more diplomatic space for Iran in its upcoming negotiations with the US. Washington is plainly upset.

»No doubt, the Kremlin is making its moves on the Middle Eastern chessboard with the deliberation of a grandmaster. President Vladimir Putin is expected to visit Tehran “shortly.” The two regional powers are aiming at a comprehensive revamp of their strategic partnership...»

Bhadrakumar mentionne également, comme cause de l’initiative russe, le mécontentement des Russes de voir les USA (le Congrès) revenir sur l’affaire ukrainienne pour réactiver une politique anti-russe type-UE avec d’éventuelles sanctions. («La possibilités de sanctions contre l’Ukraine est sur la table», a dit le porte-parole du département d’État.) Mais la thèse du diplomate indien est surtout que la Russie part à l’offensive diplomatique et stratégique au Moyen-Orient ; cela signifierait que la Russie estime dépassée la phase de “grand danger“ de confrontation générale avec la Syrie et l’Iran, et entend désormais conduire une stratégie pour ses propres et seuls intérêts. (On observera combien cette vision diffère de celle qui favorise l'interprétation d'une coopération de facto entre USA et Russie, pour laisser à l'Iran un rôle central au Moyen-Orient [voir le 17 janvier 2014]. On observera combien ces deux visions ne sont pas incompatibles sur l'instant, restant à voir laquelle s'imposera.)


Mis en ligne le 18 janvier 2014 à 05H17

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