Notes sur une psychologie collapsologique

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Notes sur une psychologie collapsologique

5 mai 2018 – La dernière fois que nous avons emprunté une chronique de James Edward Kunstler, – il n’y a pas si longtemps : le 26 avril 2018, il y était question de l’effondrement du Système, – “la contraction”, selon lui. Cette rubrique du 30 avril 2018 que l’on reprend ci-dessous est une variante d’un sujet similaire, qui comprend même un accent ironique dans le titre, comme si l’auteur avait voulu se moquer de lui-même en même temps (!) qu’il rend compte d’une tendance irréversible : l’anglais « That Collapse You Ordered…? », adapté par nous par un « Effondrement à la carte ». Ironie pour effectivement se moquer de lui-même mais nullement du sujet, car le sujet semble rien moins qu’irrésistible...

Nul parmi les chroniqueurs antiSystème ayant une certaine audience ne semble pouvoir se passer aujourd’hui d’évoquer l’effondrement du Système et d’en donner son évaluation, sa version. Cette tendance s’est développée non pas à cause d’un effet de mode plus ou moins ésotérique/complotiste en général assez douteux comme lorsqu’il fut question du calendrier des Mayas, ou bien d’un bruit généralisé et d’une seule tonalité comme celui d’une crise financière que “tout le monde” “verrait venir”. Le phénomène est beaucoup plus profond et dépasse le travail conscient de notre seule “raison“ parfois douteuse elle aussi.

Le fait fondamental ici est que notre psychologie est devenue collapsologique (effondrement) sous la pression surpuissante de la crise générale qui nous accable et nous presse ; parce que, à notre estime, le thème de l’effondrement est installé désormais de façon irrémédiable dans notre psychologie et par conséquent dans notre esprit, et qu’il est interprété selon divers thèmes et suivant autant de variations... Quelque chose de supérieur à nous s’est installé dans notre esprit et tout penseur sérieux ou disons plutôt responsable, qui entend embrasser notre situation globale et la course qu’elle suit, ne peut penser autrement que dans ce sens.

“Zombies-Système” et antiSystème...

En un sens, nous dirions que la situation a atteint le stade de l’absolue maturité du tourbillon crisique qui est décisivement devenue la seule “structure” concevable de la situation du monde et qui, comme tout tourbillon, nous emmène irrésistiblement dans sa chute tourbillonnaire vers les profondeurs. C’est donc pour nous  la rencontre de la collapsologie (l’effondrement) comme phase ultime de la crisologie, qui imprègne désormais totalement notre psychologie à partir d’une perception à mesure, donc qui a pénétré notre esprit et agit directement sur notre jugement et sur la production de notre pensée.

Nous disons cela pour les antiSystème, dont nous sommes, mais nous pensons également que le même phénomène touche les serviteurs du Système, ceux que nous désignons avec un entrain roboratifs comme ces “zombies-Système” qui se recrutent essentiellement dans nos élites toutes corrompues ; eux-mêmes, ces “zombies-Système”, songeant au type d’effondrement inverse qui frapperait le monde de la résistance et de l’antiSystème.

(On voit, par ailleursdans le Journal-dde.crisis de PhG combien dedefensa.org, qui sedéfinit comme un site de crisologie, confirme statistiquement une dimension collapsologique qui est partie intégrante de la crisologie comme son épisode final. Cela indique bien combien, dans notre esprit et dans le classement qui nous est propre, la collapsologie n’est pas une discipline intellectuelle en soi mais bien la phase ultime de cette discipline intellectuelle qu’est la crisologie, fondamentale parce qu’elle décrit complètement l’ensemble de notre “temps étrange”)

Kunstler, « mauviette sentimentale »

Bien entendu à la façon dont le conceptest défini, le tourbillon crisique, par sa nature même, nous fait changer à chaque instant de point de vue, de position, et introduit ainsi une multitude changeante d’appréciations de ce qu’est notre effondrement. Ainsi Kunstler, qui détaillait sa conception de la chose dans le texte référencé du 26 avril, présente cette fois le travail d’un mathématicien et de son équipe, Jack Alpert et son Stanford Knowledge Integration Lab (SKIL) qu’il a créé en 1978 à la prestigieuse université de Stanford. Alpert est absolument catastrophique et fait des plus terrifiants blockbuters  sur un post-effondrement entièrement barbare de Hollywood de simples documentaires comme si ces films rendaient compte de l’actualité-à-venir.

A côté d’Alpert, Kunstler avec ses aimables révisions de “contraction” a l’air, selon ses propres mots, d’une « mauviette sentimentale ».Voici donc son texte...

« Effondrement à la carte

« Le récent travail d’un ami, sur mon dernier podcast publié dimanche [29 avril], développe la prospective que la population mondiale tombera à plus de 90% de l'actuel 7,6 milliards à 600 millions d'ici la fin de ce siècle. Jack Alpert est à la tête du Stanford Knowledge Integration Lab (SKIL) qu'il a fondé à l'université de Stanford en 1978 et qui fonctionne maintenant comme une fondation de recherche privée. Alpert est essentiellement ingénieur de formation.

» À 600 millions, le niveau de vie aux États-Unis serait à la hauteur de celui de la paysannerie post-romaine de l'Europe du Ve siècle, mais sans le charme de l’environnement puisque de nombreux systèmes naturels – les sols, les océans, le climat, les ressources minérales – seront dans un état de très grande dévastation par rapport à ce qu’il en était il y a 1500 ans. Quoi qu'il en soit, cet état de vie pourrait n’être selon le prévisionniste qu’une étape vers quelque chose de plus désastreux. Le cas optimal d'Alpert serait une population humaine mondiale réduite à 50 millions, déployée dans trois “cités-états”, dans le Pacifique Nord-Ouest, la région frontalière entre l’Uruguay et le Paraguay et la Chine, où le niveau de vie de la population serait proche du niveau de vie actuel, avec la science et la technologie de pointe fonctionnant à l'hydroélectricité. Le reste du monde, dit-il, reviendrait simplement à la nature, ou ce qu’il en reste. Le projet d’Alpert vise à aménager une voie acceptable vers ce résultat optimal.

» Je n'avais pas rencontré une telle vision extrême de l'avenir, sauf pour certains exercices de fiction comme ‘The Road’ de Cormac McCarthy. (Alpert, voit également le cannibalisme comme un sous-produit probable du destin à venir.) Évidemment, ma propre prospective présentée dans le récit fictionnel de ‘World Made by Hand’ dépeint un retour en arrière beaucoup plus doux, dans les conditions d’à peu près le début du XIXème siècle, dans tous les cas pour les USA. Il semble que je sois une mauviette sentimentale.

» Nous sommes tous les deux en désaccord avec les techno-optimistes les plus extrêmes qui attendent patiemment divers miracles de sauvetage miraculeux comme la fusion à froid tout en profitant d’une réplique de la théorie du Big Bang. (Alpert n'exclut pas complètement l’apparition de sources d'énergie non encore développées, bien qu'il estime qu’elles représentent une possibilité de faible pourcentage.) Nous sommes d'accord avec la prémisse fondamentale que l'approvisionnement en énergie est principalement ce qui soutient notre façon de vivre actuelle et que ce processus montre tous les signes d’un déclin profond et déstabilisant qui finira par clore les activités nécessaires au maintien en fonctionnement de nos réseaux de systèmes dynamiques.

» Une question qui intéresse beaucoup de lecteurs est la proximité et la rapidité de l'effondrement de ces systèmes. Lorsque les civilisations commencent à s’effondrer, ce processus a tendance à accélérer. L'empire romain semble être une exception parce qu’à bien des égards il était beaucoup plus résistant que le nôtre, avec une sorte d’économie Pierrafeu avancée, avec même ses activités à grande échelle (par exemple la construction du Colisée) accomplies par un travail humain. En tout cas, la structure de l’Empire a commencé un effondrement régulier après le règne de l’empereur Marc Aurèle (en 180 après J.C.).

» Les Romains avaient leur propre version d'une économie financiarisée: ils dévaluaient simplement leurs pièces de monnaie en mélangeant de moins en moins de métal d’argent aux pièces de monnaie, de sorte qu'ils pouvaient prétendre payer les mêmes avantages et luxes de vie auxquels ils s’étaient habitués alors que les ressources diminuaient. Notre économie également financiarisée fonctionne – comme tout ce que nous faisons – à des niveaux de complexité si déroutants que même les supposés dirigeants des Banques Centrales évoluent en aveugle à cause de la dette, des montages faussaires et des postures de moralité. Quand ce simulacre gigantesque heurtera un solide écueil de la réalité, les effets sont susceptibles d'être rapides et mortels pour le commun  des économies réelles.

» De nos jours, la chute la plus récente d'un système socio-économique majeur a été la chute de l'Union soviétique en 1990-1991. Bien sûr, cela s'est produit dans le contexte d'un système global qui tournait encore très bien en dehors de l'URSS, et le choc en a été très adouci. En fin de compte, les Russes avaient encore beaucoup de pétrole à vendre, ce qui leur permettait de se replacer bien au-dessus du niveau d'existence des paysans du Ve siècle. Au moins pour l'instant. L'Union Soviétique s'est effondrée parce que c'était un système complètement malhonnête qui fonctionnait selon un simulacre idéologique et sous la contrainte policière. La communauté du renseignement US a complètement raté les signes précurseurs de cet effondrement politique.

» Cette même communauté semble tout aussi ignorante du sort des États-Unis par les temps qui courent. Si vous considérez les préoccupations de deux très récents chefs du renseignement, – John Brennan de la CIA et James Clapper, DNI, – vous les voyez à plein temps sur CNN guerroyer au nom de l’État profond contre le détestable Grand Golem d’Or de la Maison-Blanche. Personnellement, je m'attends à ce que notre effondrement soit aussi soudain et inattendu que celui de l'URSS, mais probablement plus sanglant simplement parce qu'il y a plus de biens et de richesses disponibles pour alimenter querelles et affrontements. Bien sûr, je m'attends à ce que l'effondrement se manifeste d’abord dans les banques, la finance et les marchés, – tout cela étant si profondément ancré dans la foi dans le Veau d’Or et donc profondément vulnérable à la mise en cause de cette foi. Mais l’effondrement gagnera très vite les domaines politique et social, peut-être dans un même effet déstabilisant. Quand cela surviendra aux États-Unis, le contrecoup se répandra comme une trainée de poudre dans les systèmes financiers du monde entier. »

L’annonce toujours recommencée de l’effondrement financier

A côté de cette prévision catastrophique de la collapsologie générale, il existe diverses autres spécialités collapsologique qui tiennent parfaitement la route et ne se préoccupent nullement de se démentir les unes les autres, préférant simplement s'ignorer. L’une d’elles, certainement la plus fameuse, est en constant développement accélérateur, une sorte de réflexion prévisionniste-turbo depuis l’effondrement financier de 2008. Il s’agit du thème de l’effondrement recommencé, cette fois au-delà de toute description, du système financier, bancaire, des prêts, du marché, de tout ce que vous voudrez qui se rapproche de la structure (l’in-structure) financière qui pèse sur nous.

Ce qui est remarquable c’est que l’effondrement-bis (un 9/15-bis, par référence à l’effondrement du 15 septembre 2008 [dit-9/15]) est annoncé dans cesse, par les plus fins et les populaires prévisionnistes, qu’il ne se produit pas malgré des prévisions très précises, que les prévisionnistes échaudées ne craignent nullement l’eau bouillonnante où ils se sont brûlés et remettent cela dans de nouvelles prévisions, et qu’ils continuent à être suivis. Il y a ainsi une sorte de complicité entre ces prévisionnistes plus ou moins gourous et le public spécialisé et attentif, qui les suit, non pas pour avoir la prévision précise de la Bonne Nouvelle (ce qui les ferait se détourner des gourous qui ont tant de fois annoncé cette Bonne Nouvelle), mais finalement pour être entretenus dans leurs fervente espérance qui est une exigence de leur psychologie que la Bonne Nouvelle (l’effondrement) viendra de toutes les façons.

Ainsi rencontre-t-on ce phénomène sur lequel nous insistons fondamentalement, qui a déjà été vu a contrario dans le cas du Système lui-même comme on le verra rappelé plus loin, qui est l’espèce d’indifférence à la justesse des prévisions, dont la fausseté ne décourage en rien ; et même, au contraire, dont la fausseté semblerait alimenter une sorte derevenez-y, comme une soif inextinguible de nouvelles prévisions remises à jour vers de nouveaux horizons, et qu’on accepte sans les soumettre à la moindre critique rétrospective. Peu importe ce qu’il en sort, l’essentiel est bien l’entretien de la tension qu’implique l’activité sans fin de la prévision de l’événement de l’effondrement. Nous avançons déjà la conclusion évidente qu’il s’agit ici d’une affaire de psychologie pure, sans rapport avec le traitement du thème développé (la finance dans ce cas, mais le reste est similaire), mais qui se nourrit à cette seule perspective qui s’avère de plus en plus fondamentale pour la psychologie : l’effondrement.

La tragédie syrienne sans cesse recommencée

Si l’on passe au volet géopolitique, on admettra que la Syrie est un bon exemple du phénomène qu’on veut décrire, – comme l’ont été pendant un temps l’Ukraine, puis pendant un temps la Corée du Nord, et comme l’est également la situation aux frontières de la Russie, d’ailleurs liée à la Syrie... La “guerre” en Syrie, qui est un pur, c’est-à-dire un hypercomplexe conflit hybride/asymétrique à plusieurs étages et sous plusieurs modes, dure depuis 2011. Elle a connu des phases nombreuses, une complexification sans cesse grandissante, un encadrement à multiples ramifications d’une “guerre de la communication” d’une puissance extraordinaire, un processus d’escalade qui semble à la fois tragique, sans fin et paraissant par étapes successives comme s’il faisait du sur-place. Le “tourbillon“ syrien est un mélange extraordinaire de cruauté sanglante, de double-jeu, de triple-jeu, etc., et de narrative qui renvoie à la tragédie-bouffe et au simulacre.

C’est aussi un champ de bataille où forces américanistes et forces russes se côtoient et sont parfois fort proches de l’affrontement, malgré les nombreux points, processus, accords divers de désescalation, de coordination, etc. Par conséquent, la crise syrienne avec ses nombreux points de paroxysme (mais aussi l’Ukraine pendant deux ans, la Corée du Nord pendant un an, peut-être l’Iran demain, l’OTAN en état crisique constant) a été l’objet d’un très grand nombre de prévisions très pessimistes sinon catastrophiques, avec évocation de la troisième Guerre mondiale, de l’affrontement nucléaire, etc. Combien de fois n’a-t-on pas répété (et nous-mêmes à une occasion ou l’autre) la phrase “nous vivons la plus grave période depuis la crise des missiles de Cuba d’octobre 1962”, ou bien “nous vivons une période plus grave même que la crise des missiles de Cuba d’octobre 1962” ; et chaque fois, à notre estime, d’une façon ou d’une autre avec des arguments justifiés et fondés. Paul Craig Roberts, cité encore le 2 mai 2018, a dû annoncer le conflit nucléaire ultime plusieurs dizaines de fois...

C’est ici le même cas qu’avec la crise financière vue ci-dessus. Aucune de ces fausses prévisions, ou de ces prévisions erronées, y compris et même surtout, sinon exclusivement, de la part de commentateurs antiSystème, ne peut être ridiculisée comme infondée, excessive, grotesque, etc. Observées d’un point de vue opérationnel, symbolique et de la communication, on serait fondé à affirmer au contraire que ces affirmations avaient toutes leurs raisons d’être. On se retrouve dans le même type de cas déjà évoqué et, de la même façons, tous les auteurs depuis des années de prospectives catastrophiques pour demain matin continuent à disserter autour de nouvelles prospectives catastrophiques pour après-demain matin, toujours avec le même crédit, toujours lus et débattus avec passion. Ils ne sont nullement discrédités par leurs fausses prévisions et il ne nous semble pas, dans les conditions que nous connaissons, que cela soit une situation très scandaleuse et très dommageable ;il s’agit au contraire d’un aspect très accessoire, où l’on trouve même nombre de justifications pour cette poursuite des mêmes prévisions. Brièvement dit, dans tous les cas, la justesse de la porévision n’est en rien le problème qui importe.

L’indifférence du Système pour sa crédibilité

Les mêmes phénomènes peuvent être observés et les mêmes conclusions en être tirés dans différents autres domines crisiques (par exemple, pour ce qui concerne les troubles sociaux et communautaires dans divers pays, du bloc BAO, notamment en France, où l’on évoque régulièrement des possibilités de guerre civile qui ne se concrétisent nullement). Cette situation générale de communication telle que nous la décrivons, à notre sens en rappelle une autre, mais d’une façon antinomique. Il s’agit de l’attitude des autorités-Système telle que nous la décrivions le 19 avril 2018 :

« ...[I]l semble bien que nous en sommes arrivés au stade où le Système ne s’inquiète même plus de savoir si sa narrative est démentie ou non, si elle est crédible, si elle est pulvérisée par les commentaires et les témoignages : seule la surpuissance de sa dynamique importe et c’est elle qui, non seulement a réponse à tout, mais plus encore qui interdit toutes les questions embarrassantes.

» Pour ce cas, nous citons une remarque d’occasion de Brandon Smith, deAlt-Market.com, dans son texte du 18 mars 2018 dont le sujet est tout autre que cette question de la narrative face à la vérité-de-situation, mais qui rappelle tout de même le lien essentiel entre surpuissance et autodestruction :

» “L’entrée du fauteur de guerre néo-conservateur John Bolton dans le cabinet Trump suggère que les neocons sont de retour en charge et qu'une guerre continue est garantie. À ce stade avancé du jeu, il est peu probable que notre gouvernement ou tout autre gouvernement impliqué dans le théâtre syrien ne se soucie même plus d'expliquer ses actions. Lorsque les criminels de l’establishment ne se soucient même plus du fait de laisser leur criminalité apparaître sans nulle dissimulation pour le public, alors il est temps pour un effondrement de la société...” »

Une course à mort pour que l’autre s’effondre

Si l’on schématise la situation entre forces au service du Système et forces antiSystème (avec toute la souplesse caractérisant les identifications, comme l’on sait, les variations des uns et des autres, etc.), nous dirions que ces deux attitudes que nous décrivons et qui présentent une similitude de sens (de signification) bien que complètement dans un sens (une direction) complètement contraire, impliquent que les deux camps ont abandonné la recherche d’un quelconque argumentaire, avec plus ou moins d’aberrations et de paralogismes pour le soutenir, pour s’affirmer l’un par rapport à l’autre. Les deux camps évoluent désormais hors de toutes les règles du débat furieux et des accusations réciproques, hors de tout affrontement si l’on veut. Il est simplement question, pour l’un et pour l’autre, d’affirmer sa puissance, sa position, etc., sans s’occuper de la viabilité ou de la véracité de l’une et de l’autre. C’est une course à mort d’affirmations de puissance psychologique qui est engagée, sans arbitrage, sans espoir de convaincre l’autre, de l’amener à résipiscence.

Ainsi chacun reste-t-il sur ses thèses, sans souci qu’elles soient démontrées, et encore moins qu’elles soient démenties par les faits, songeant simplement à établir un nouveau délai pour le rien perdre de la tension de l’affirmation qui voue l’autre à la destruction. Il n’est en effet question que de destruction de l’autre, dans un cas et dans l’autre.

Dans ce cas, bien entendu, nous ne parlons pas de vérité, – de notre concept de vérité-de-situation. On sait où nous nous situons par rapport à lui, où nous jugeons qu’il est, etc., – mais en vérité (!) ce n’est pas le propos ici. Nous cherchons essentiellement à montrer la vigueur terrible avec laquelle chacun des deux camps affirme sa vision des choses, “sa réalité” prospective qui, nécessairement, exclut indirectement et sans nécessité d’affrontement direct l’autre du champ de l’acceptable et du concevable. Il s’agit d’un affrontement à mort sous la forme d’une course, de type indirect et sans face-à-face, qui utilise la tension psychologique comme arme principale, directe et indirecte, consciente et inconsciente, entre deux camps qui semblent presque s’ignorer, et l’un des deux devra le céder, – et nous affirmons évidemment que c’est le Système qui est promis à l’effondrement. 

L’attente de l’effondrement du Mal

Pour l’antiSystème qui nous intéresse essentiellement la seule issue à l’époque écrasante que nous vivons se trouve bien entendu dans l’effondrement du Système. Par conséquent, toutes les thèses, toutes les prévisions, toutes les projections tournent autour de ce thème. Peu importe qu’elles soient toutes fausses jusqu’au moment où l’une s’avèrera vrai, car nous ne faisons pas un concours académique pour obtenir quelque diplôme ou l’autre. Ce que nous voulons, selon la fameuse formule du “Delenda Est Systemum”, c’est évidemment la destruction de ce qui est irréformable et de ce qui est tout entier contaminé par le Mal. Cette tension formidable dans la recherche de la perception, de la prévision d’une issue fatale participe sans le moindre doute au renforcement du climat propice à cette issue fatale.

Il s’agit d’une phase unique et sans précédent sous l’action de la formidable puissance du système de la communication pour la psychologie humaine, qui se trouve confrontée à une tension permanente terrible et sans cesse renforcée, sans le secours d’une référence stable reconnue par tous, s’appuyant simplement sur la conviction de l’esprit d’être engagée dans un tourbillon furieux où se poursuit un combat sans affrontement véritable, où les “adversaires“ ne se font pas face mais où ils poursuivent chacun leur montée de la tension, où il s’agit effectivement de faire monter encore et encore la tension jusqu’à ce qu’un processus d’effondrement s’engage chez l’un des deux. Chacun est persuadé que l’adversaire qui poursuit parallèlement sa montée de la tension doit être détruit parce qu’il représente ce que chacun considère être le Mal.

C’est un combat singulier, dans les deux sens du mot... Singulier parce qu’il y a deux adversaires comme dans un duel pour le Jugement de Dieu ; singulier à cause de sa singularité, parce que les deux adversaires ne se font pas face mais que chacun agit pour son propre renforcement qui entraînera mécaniquement, c'est-à-dire psychologiquement, ce fait que l’autre s’effondrera de lui-même. L’enjeu n’est rien de moins que la destruction du monde, chacun ayant sa définition de la chose. Nous, antiSystème, nous avons la nôtre, puisque nous sommes persuadés de savoir notamment grâce à la lumière de l’intuition que nous dénions absolument aux “zombies-Système”, donc que nous savons bien entendu que le Système est le Mal dans son incarnation opérationnelle. Cela, c’est la vérité-de-situation suprême, celle que nous avons évitée d’introduire dans le raisonnement pour ne pas brouiller sa description mais qui, lorsque nous revenons à notre jugement suprême, doit être évidemment affirmée dans le sens évident que l’on sait. 

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