Mises en causes du JSF

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Les problèmes continuent à apparaître dans le cours du programme du chasseur polyvalent et multiservice JSF. Les incertitudes qui entourent le JSF, évidentes depuis la fin du printemps dernier, commencent à se traduire pour la première fois par des prises de position officielles et publiques qui nuancent des positions jusqu'ici acquises au JSF. On se réfère ici à deux prises de position publiées ce mois-ci (décembre 2000).

• Dans Flight International du 19 décembre 2000, Giorgio Zappa, président d'Alenia, répond à des questions sur EMAC, le groupement d'avions militaires créé dans le cadre d'EADS, et d'une façon plus générale sur les ques d'aéronautique militaire. Il en vient à la question du JSF et réaffirme l'intérêt d'Alenia pour une participation dans le JSF, précisant avec une réserve perceptible que cette participation pour avoir 5% de l'activité EMD (Engineering and Manufacturing Development) atteint $1,3 milliards. La somme est rondelette et constitue une entrave notable aux habituels enthousiasmes européens en faveur du programme américain (on constate le même phénomène de refroidissement de l'enthousiasme chez les Néerlandais). Puis, beaucoup plus intéressant, Zappa en vient à dire ceci : « There is a definite need to obtain a fair share of technological and industrial return [in the JSF] ... There are many incertainties. Nobody really knows if the JSF will become a reality inthe proposed forms and numbers, what the real cost will be, what technologies will be used and what access Europe will have to JSF know-how. » Encore plus intéressant, ce constat qu'il existe un conflit d'intérêt potentiel entre l'achat du JSF par les Européens et « a possible European replacement attack aircraft ».

• La deuxième prise de position est encore plus surprenante, ou plus significative pour ce qui concerne l'avenir du programme JSF. Il s'agit d'une très nette prise de distance du programme du commandant du Marine Corps, le Général James Jones, dans un article, intitulé de façon très expressive : « Jones Not Committed To Future Jump Jet ». L'article a paru dans le Marine Corps Times du 25 December, 2000. Jones déclare : « But V/STOL JSF, for us to buy it, is going to have to be something pretty good. I mean, we're not going to ... take a chance on something that isn't going to be very, very useful and recognized within the familly of tactical aviation as being an additive. I can only tell you that we're going to wait and see. But we're not going to buy something that's technologically risky. » Cette prise de position est fondamentale dans la mesure où le Marine Corps était perçu jusqu'à cette déclaration comme le seul soutien inconditionnel du programme JSF, selon l'idée que le Marine Corps a absolument besoin d'un avion V/STOL (à décollage et aterrissage vertical). Jones rappelle que le Marine Corps a déjà eu des avions conventionnels et s'arrangerait d'y revenir si le JSF ne fait pas l'affaire. (Élément à préciser, qui n'est pas indifférent : Jones est favori pour succéder au général Schelton lorsque celui-ci quittera son poste du président du Joint Chief of Staff en juin 2001. Jones serait le premier général du Marine Corps à occuper ce poste ; et ses idées sur le JSF resteraient évidemment d'actualité.)

Ces déclarations et prises de position ont à voir avec la prochaine arrivée de l'administraton Bush. On sait que l'équipe Bush n'aime pas le JSF. On sait qu'il va falloir faire des réductions budgétaires. Le JSF, avec son budget de $200-$300 milliards, est une cible rêvée, si pas pour l'abandon (et même cela n'est pas assuré), dans tous les cas pour un ensemble de mesures délai/réduction. Les prises de position qu'on cite ici sont importantes dans la mesure où elles ouvrent deux nouvelles brèches dans deux des derniers ensembles qui soutenaient encore le JSF : le Marine Corps, dernier soutien inconditionnel du programme au Pentagone ; l'industrie européenne proche des USA, qui espérait tenir avec le JSF un programme de coopération transatlantique majeur.

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