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Griffes et dents d’un vieux cinquantenaire

Après les succès dans la guerre contre l’Irak en 1991 puis celle de l’OTAN contre la Yougoslavie, succès assurés par de gigantesques coalitions contre des nations isolées et à peu près désarmées, le Pentagone a souhaité développer des forces terrestres  d’une nouvelle génération. Elles devaient répondre à deux critères au  moins, être douées d’une très grande légèreté pour être convoyées par air et dotées de capacités létales suffisantes pour survivre dans un environnement moderne hostile. Les technologies de partage instantané de données via un réseau communicationnel auraient été intégrées aux AGV (Armored Ground Vehicle) et AGS (Armored Gun System).

L’US Army a dû renoncer à son ambitieux programme dès 2009 de développement de nouveaux véhicules blindés et armés pompeusement baptisé FCS (Future Combat System) lancé en 2000. Son coût total a été évalué à près de 200 milliards de dollars. Plusieurs dizaines de milliards avaient été d’ores et déjà dilapidés pour les études préliminaires. Elle exigeait des performances techniques non encore fermement acquises d’une industrie de l’armement qui en a néanmoins accepté la monnaie sonnante et trébuchante. A ce jour, l’essentiel de l ‘équipement du corps expéditionnaire de l’US Army est constitué par un arsenal datant des années 1960 et 70, les prototypes ayant été développé pour la guerre du Vietnam, autre nom de la guerre non froide contre le communisme.

Les ailes inutiles du Tigre.

Partout se multiplient les récriminations contre le programme F35 ou JSF (Joint Strike Fighting). L’actuel Président Of the United States lui-même menace d’y mettre fin. Il est d’un coût « inestimable » car personne ne peut se hasarder à citer un chiffe quand les registres  comptables pour l’armement sont au moins aussi opaques que celle de n’importe quelle mafia, plus de mille milliards de dollars avancent les moins audacieux.

Le furtif de cinquième génération arrivera au terme de son développement pour à la fois voler et combattre vers le milieu des années 2020 quand il sera déjà obsolète, concurrencé et détrôné par ses rivaux de 6ème génération. Pour l’instant, il peut parfois voler mais il ne peut s’engager sans être appuyé par des F16. Ce programme a péché en raison d’au moins deux contraintes dont l’une camoufle des effets pernicieux. Il voulait mettre au point trois avions en un. Un avion de base qui aurait 70% de hard et de soft en commun pour les trois armes, les Marines auxquelles était destiné le F35 C, version embarquée  la Navy le F35 B, décollement et atterrissage verticaux, et pour l’armée de l’Air, le F35 A. A l’arrivée, les trois armes auront moins de 20% de commun.

La seconde concerne la répartition du coût prévu de l’engin, déjà colossal sans les dépassements réitérés du budget, sur les pays clients (forcés ou consentant). A la condition de prévoir l’achat d’un nombre important de futurs furtifs, certains pays auront le privilège de sous-traiter des parties du programme. Cet éclatement des sites de fabrications est source d’ennuis de coordination sans fin.  Lockheed  Martin n’a aucune expérience de supervision de programme éclaté, d’autant que des éléments ‘sensibles' ne doivent pas être partagés. Le Royaume Uni via BAE System et Israël via Elbit System figurent comme partenaires de choix. L’une des résultantes d’achat sur dossier, comme c’est le cas d’achats d’appartements sur plan pour les particuliers acquéreurs, en plus de son financement gratuit par des tiers, est l’immobilisation de fonds de pays européens qui auraient pu et dû s’engager dans un projet continental autonome.

La furtivité du F35 ne parvient pas à cacher la mise sous tutelle de l’Union européenne qui ne disposera plus à terme que du seul modèle avionique de défense de son maître, lequel est ipso facto un outil de sa soumission.

Ne nous laissons pas leurrer par les derniers développements de l’affrontement Usa-Russie sur le territoire syrien.

Les Usa n’ont pas pu mener à bien leur intention de bombardement de la Syrie en août 2013 pour des raisons techniques. L’enveloppement de cette impossibilité dans des histoires de chimie, vraies parce que fausses, a été consenti par un Poutine très soucieux de ménager ses alliés d’Asie et ses ennemis d’Occident. Le niveau de performance de l’aviation des Usa ne lui permet pas d’affronter actuellement la puissance moyenne russe. Celle-ci a fait une démonstration sans équivoque de son niveau dans le ciel syrien qui a découragé l’administration Obama, et donc celle menée par Trump qui ne peut que poursuivre le même sillon de Realpolitik. La récente incursion de l’aviation israélienne  en Syrie a été une provocation test qui a déterminé l’Iran à inviter la Russie à  disposer d’une autorisation de survol  permanent  à défaut d’une base permanente sur son territoire.

Le Tigre est fait d’un papier de mauvais aloi

Sa Dette publique

Le gouvernement fédéral étasunien vient de publier son rapport financier annuel.(5) Il est riche d’un doublement de sa nouvelle dette pour 2016, 1 000  $milliards versus les 533 pour l’année 2015. Le montant net des dépenses fédérales s’est élevé à 4 400 milliards de dollars. Ainsi, leur bon quart n’est pas compensé par les recettes. Aucun engagement pour des infrastructures n’a été réalisé qui puisse justifier ce bond. Le service de la dette publique cumulée selon la carte 6 pèse et pèsera de plus en plus en terme de points sur le PIB. Un tel indice fait basculer le profil économique du gouvernement fédéral vers celui des pays du tiers-monde qui ne collectent plus l’impôt que pour des entités financières de crédit spécialisées dans le racket des Etats.

Ce document, toutes les administrations ne se montrent pas très compliantes pour fournir leurs données, est établi comme le bilan d’une vulgaire entreprise d’une taille respectable. Il indique avec ingénuité que les ressources principales proviennent des taxations des individus alors que celles perçues auprès des entreprises sont en baisse depuis ces deux dernières années. De cette comptabilité sont exclues en particulier les entités supportées par le gouvernement qui garantissent les emprunts pour l’immobilier, les fameux Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) et Freddie Mac (Federal Home Loan Mortgage Corporation) dont il fut tant question en 2008. Elles ont été soutenues pour 109 milliards de dollars pour cette seule année 2016, preuve que sans l’engagement fédéral, ce secteur d’activité serait asséché comme il aurait du l’être selon le dogme de l’économie libérale non faussée.

Les actifs fédéraux

Comme un fonds d’investissement quelconque, le gouvernement fédéral dispose d’actions, il boursicote. Cette source de revenus est sans doute figurée dans la rubrique ‘divers’, soit autant que la fiscalité des entreprises. Comme le fait remarquer Tyler Durden de zeroheges.com, l’un de ses avoirs les plus conséquents est figuré par la dette des étudiants, passée de 845 milliards en 2015 à 953 en septembre 2016 et désormais excédant 1 000 milliards de dollars en décembre 2016. L’Etat spécule avec quelque profit sur l’impossible remboursement d’un emprunt contracté par des jeunes pour faire des études, lesquelles ne leur assureront pas le job qui les en délivreraient.

La double pyramide du crédit décrite par Jacques Rueff

Très vite, une fois imposé le dollar comme monnaie d’échange et de réserve après la Seconde Guerre mondiale, les Us(a) se sont engagés dans un déficit commercial vis-à-vis des pays européens et du Japon, vite revenus du désastre guerrier sur leur sol. Les paiements effectués en dollars ont gonflé les avoirs des banques de dépôt dans les pays avec excédent commercial. Ils ont alors ouvert les vannes du crédit. En raison de l’inconvertibilité en or du dollar mise en place depuis 1971 face à l’exigence de De Gaulle de recevoir des bons lingots plutôt que des écritures, les producteurs ont alimenté la Fed de leur excédent en billets verts pour lutter contre l’inflation et contre une appréciation excessive de leur monnaie qui freinerait leurs exportations. Ce mouvement a participé à la baisse des taux d’intérêts aux Us(a) et y a favorisé le crédit.  Ce privilège exorbitant du dollar a conduit à ce que le monde entier finance à un coût très réduit pour les Us(a) le niveau de vie de ses citoyens drogués à un crédit très peu cher ainsi que ses guerres.

La nouvelle ingénierie financière et diplomatique chinoise

Depuis, la Chine a pratiqué une politique de baisse du retour du dollar à la maison mère, et l’a déclaré publiquement dès avril 2011(7). Elle a acheté avec ce papier ce qu’elle pouvait, or et participations financières dans des investissements d’infrastructures, industriels et agricoles là où elle l’a pu, en particulier en Afrique et dans l’exploration et l’exploitation pétrolière en Irak, la supposée conquise par Bush pour son pétrole. Elle a alors à sa manière contourné, efficace et silencieuse, et déclaré la guerre à l’économie étasunienne.                                                                                                                              

La volonté affichée de Trump de taxer les importations de 20% vient compléter la politique chinoise induite par la gestion étasunienne de la crise des subprimes. Elle risque d’accélérer  le processus de dé-dollarisation des échanges mondiaux, souhaité par les émergents et déjà entamé dans leurs échanges Sud-Sud. Cette entreprise de remodelage des flux financiers internationaux va faire perdre à la City son rôle de lieu d’échange et de régulation de l’Eurodollar et du Pétrodollar. Elle va certainement faire passer l’économie mondiale par une phase de contraction intense, de l’ordre de la récession de 1930 qui fut l’une des origines du conflit européen mondialisé. Une nouvelle conformation politique et économique mondiale va en résulter.

Ce ne sont pas quelques matraques télescopiques placées avec violence dans des fondements ni l’emploi de gaz sur les manifestants qui empêcheront les masses qui n’ont rien à perdre et tout à gagner de dire combien a trop duré ce désordre et ses injustices. 

Badia Benjelloun

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