Le DeepState fait désordre

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Le DeepState fait désordre

Nous n’avons certainement jamais douté de la notion de DeepState (“État profond”), dont nous avons d’ailleurs exploré le concept d’une façon générale pour exposer notre appréciation selon laquelle il peut aussi bien représenter une structure légitime de continuité des intérêts de l’État et donc de la nation face aux incertitudes d’un pouvoir soumis aux aléas de la confrontation politique que suppose le fonctionnement de la démocratie (alternance, crise et vide temporaire du pouvoir, réduction temporaire du pouvoir politique aux “affaires courantes”). Aux USA, l’expression d’emploi récent a néanmoins une connotation extrêmement péjorative : ce n’est pas une “structure légitime” mais bien un “gouvernement”/un “pouvoir” caché et souterrain qui répond à des intérêts particuliers et illégitimes, et qui manipule le gouvernement/le pouvoir légitime.

Dans le cas de Trump, la thèse générale à son arrivée au pouvoir est que son inexpérience, son caractère fantasque et sa psychologie incertaine, son absence d’appareil politique, l’hostilité des pouvoirs divers dont la bureaucratie et les intérêts particuliers d’où émane le DeepState allaient aussitôt en faire un pantin totalement soumis à ce même DeepState. Le moins qu’on puisse dire est que plusieurs épisodes ont largement mis en question cette thèse. On se trouve à nouveau devant des évènements qui renforcent encore ce constat, qui concernent deux situations de la plus grande importance.

• La situation en Syrie. Après les divers succès remportés par les forces et soutiens d’Assad et regroupés autour d’Assad (Russie, Iran, Hezbollah), il y a depuis deux-trois semaines la préparation puis le lancement depuis 3-4 jours d’une offensive finale dans le Sud du pays pour récupérer les zones contrôlées à Daraa et autour par diverses forces anti-Assad, soutenues par les forces US. Les troupes syriennes seules ont attaqué puis, à partir de la nuit de dimanche à lundi, à minuit vingt exactement, les forces aériennes russes sont entrées en action d’une façon sinon massives du moins très puissante, avec trente raids aériens dans les 40 premières minutes. “Willy B.”, dans Sic Semper Tyrannisdu colonel Lang, rapporte l’épisode qui implique une “coordination” très active entre la Russie, les USA et sans doute Israël pour ne pas interférer dans la reconquête de la zone par Assad.

« Ce n'est certainement pas Nikki Haley qui fait la politique américaine en Syrie. Malgré sa déclaration enragée de vendredi, dans laquelle elle déclarait que “la Russie portera la responsabilité de toute nouvelle escalade en Syrie”, les avions de guerre russes sont entrés dans la bataille de Daraa hier soir, après en avoir été “scrupuleusement  absents” selon ce qu’observait Reuters samedi dernier. Dans le même temps, le gouvernement américain a informé les groupes rebelles du sud via une lettre vue par Reuters qu'ils ne pouvaient s'attendre à aucune intervention militaire américaine pour les soutenir. Cela a sans doute constitué le motif poussant plusieurs unités de la FSA à passer du côté de l'armée syrienne et à s’engager dans la lutte contre Hayat Tahrir al Sham, la dernière incarnation d'Al-Qaïda en Syrie.

» Les actions russes et américaines ont-elles été coordonnées? Bien que la preuve ne soit que circonstancielle, il semblerait évident que, malgré les menaces de Haley, l'Administration Trump soutient réellement la stratégie syrienne [Assad/Russie] pour faire pression sur tous les éléments djihadistes qui ne changent pas de camp pour qu’ils se rendent et soient évacués, comme cela a été fait à Douma en avril. Personne, que ce soit aux États-Unis ou en Russie, ne dit rien à ce sujet, bien sûr. À ce jour, il n'y a même pas eu de reconnaissance du côté russe que les avions de combat russes effectuent des frappes aériennes à l'appui des forces syriennes à Daraa. »

• La situation du secrétaire à la défense Mattis, qui était largement considéré comme un représentant de ce DeepState chargé de contrôler Trump, semble aujourd’hui être d'un complet isolement. Il n’a plus rencontré Trump seul à seul depuis plusieurs semaines et diverses décisions d’ordre militaire et politico-militaire (retrait du traité nucléaire avec l’Iran, transfert de l’ambassade US en Israël à Jérusalem, interruption des manœuvres USA-Corée du Sud désormais officiellement actée, création d’un commandement militaire autonome de l’espace) semblent avoir été prises sans aucune consultation avec lui, au point qu’il les aurait apprises « par des indiscrétions venues de certains de ses collègues, tandis qu’il restait complètement “aveugle” sur ces sujets », selon notamment ABC repris par ZeroHedge.com.

Avec le départ de Tillerson et de H.R. McMaster, Mattis a perdu deux alliés essentiels, et Pompeo et Bolton qui les remplacent sont directement connectés à Trump et n’ont quasiment aucun rapport avec lui. Le rapport cité note tout de même que Mattis a convaincu Trump d’augmenter le nombre de troupes en Afghanistan et de laisser les forces US en Syrie (quoique ce dernier point ait une signification bien ambiguë au regard de ce qui se passe à Daraa) mais la situation générale lui serait très défavorable :

« Certes, Mattis a convaincu le président de maintenir les troupes américaines en Syrie et d'augmenter le nombre de soldats américains en Afghanistan, mais il est difficile d'imaginer que cela puisse le sauver. La question est désormais de savoir dans combien de temps nous assisterons à un nouveau départ fracassant d’un dirigeant très important chassé par le président Trump... »

On observera que tout cela ne suit en rien une ligne politique ferme et bien affirmé, soit conciliante, soit ultra-dure. Les événements mentionnés dans les deux cas montrent ces deux tendances radicalement différentes, de même que les rôles des “hyper-faucons” Pompeo-Bolton les conduisent aussi à travailler à des opérations qui vont dans le sens complètement contraires à leurs options (gel des manœuvres en Corée du Sud, abstention US à Daraa). On observera encore que Pompeo-Bolton peuvent prétendre représenter le DeepState, tout autant que Mattis, et aussi Tillerson et McMaster, chassés par Trump.

On en conclura aisément que le désordre n’épargne pas le DeepState, tant s’en faut, et que décidément le pouvoir de l’américanisme est fermement installé comme producteur de chaos pour lui-même et pour ses projets. On comprend alors que Trump soit le maître incontesté du jeu, puisqu’il s’agit d’un extraordinaire producteur de chaos dont il abreuvé le pouvoir déjà insaisissable à “D.C.-la-folle”, et qu’il en a par conséquent complètement infecté le DeepState.

De “l’autre côté” selon les étiquettes-Système, du côté des démocrates, rien de nouveau : désordre et chaos plus que jamais et, grâce aux diverses gâteries sociétales qui ont complètement infecté ce parti, le “Trump Derangment Syndrom” (TDS) ne cesse d’être chaque jour plus actif, notamment chez les stars du showbiz et de la communication dont le libéralisme-progressiste est désormais à gauche de l’ultragauche, dans la zone de l’hystérie et de la crise de nerfs. Pour cette dynamique furieuse du parti démocrate, un seul objectif : remporter les élections mid-term, pour un seul but : déclencher aussitôt une procédure de destitution de Trump. C’est d’ailleurs, semblerait-il, a contrario la raison de l’attitude de la Russie et d’Israël, ou une des raisons dans le cas de l’attitude russe, dans l’offensive de Daraa : ils veulent que Trump et les républicains restent au pouvoir et, pour cette raison, jugent qu’il faut soulager Trump d’un engagement US en Syrie trop voyant, parce que cet engagement n’a pas du tout la faveur du public. 

Trump semble jusqu’ici réussir un sans-faute : installer un chaos total aussi bien dans le pouvoir US que dans le bloc-BAO et échapper à la poigne du DeepState en le rendant fou, à l’image du parti démocrate. Il ne manquerait plus que sa “guerre commerciale” provoque une récession mondiale, tournant à l’hyper-Grande Dépression n°2 pour achever le KO général du Système, ou dit plus sérieusement, porter à son terme la Grande Crise d’Effondrement du Système... L’hypothèse faite par un lecteur que le clown-bouffon Trump, archétype du milliardaire télé-réalité né du Système, est peut-être aussi le Messie tant attendu est à considérer, – son style de jeu ne le dément pas...

 

Mis en ligne le 26 juin 2018

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