Le Financial Times et l’inversion et la perversion de leurs valeurs

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C’est une “petite” nouvelle par rapport à bien des événements qui se déroulent de par le monde. Elle a valeur de symbole. Elle se suffit à elle-même pour mesurer la folie du temps.

Elle vient indirectement du Financial Times (FT) mais nous ne prendrons pas la peine d’aller chercher sur le site du quotidien quelques explications supplémentaires puisqu’“elle se suffit à elle-même”. Quelques lignes de cette “petite nouvelle” sur HuffingtonPost, le 25 décembre 2009, font l’affaire.

• Puisque chacun, aujourd’hui, se croit autorisé à “nominer” sa Person of the Year, le FT a la sienne. Il s’agit du Chief Executive Officer (CEO) de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein. Car, dit le FT, non seulement cette banque «navigated the 2008 global financial crisis better than others on Wall Street but is set to make record profits, and pay up to $23BN in bonuses to its 31,700 staff»

HuffingtonPost précise, avec tout de même un certain dégoût sous la plume, que «Blankfein himself apologized last month for Goldman Sachs' role in the financial crisis. And Goldman Sachs's trading practices are currently under investigation by the federal government.»

• Enfin, la même très courte nouvelle signale qu’à la suite de cette décision du FT, le même FT a perdu un abonné, Christopher Whalen, analyste financier et co-fondateur de The Institutional Risks Analysis (IRA). (Dans son article du 21 décembre 2009, 2010: The Best is yet to come, IRA conclut: «The most challenging part of the global economic crisis still lies ahead.») Whalen écrit, cité par HuffingtonPost, dans la lettre où il annule son abonnement au FT: «Mr. Blankfein and his colleagues at Goldman Sachs, in my view, have done more to damage the reputations of global financial professionals than any other organization in 2009, yet you applaud them. Not only is your suggestion ridiculous and repugnant, but it illustrates to me the fact that the FT is part of the problem in global finance, not as one would hope and expect, part of the solution.»

Le FT prend une décision symbolique qui est “ridicule et répugnante”. Le FT est “une partie du problème de la finance mondiale, non, comme on pourrait l’espérer et l’exiger, une partie de la solution”. Si un organe de presse ou toute autre organisation d’information et de commentaire peut prétendre à la défense de ce que le sens commun désigne comme “les valeurs”, et qui sont des “valeurs” de son choix, alors le FT, dans ce cas symbolique précis, et selon le rapide jugement de Whalen, se comporte comme s’il recherchait à la fois l’inversion et la perversion de ces valeurs. Il représente par conséquent, d’une façon presque parfaite si l’on se réfère à son prestige et à sa réputation, la situation d’une élite mondiale qui est plongée dans la tâche de la destruction systématique de tout ce qui peut être raisonnablement considérée comme représentant “les valeurs” de la civilisation et du système dont cette élite prétend sans doute être la représentante et la défenderesse. Le FT montre, par cette décision de pur symbolisme, qu’il est à la fois inverti et perverti, ou, en d’autres mots, psychologiquement rendu aveugle par la passion – et nullement la raison – qui l’anime dans son jugement du monde.

Non que nous partagions les “valeurs” que chérit le FT, ni n’applaudissions au système qu’il défend. Inutile de s’étendre là-dessus, la messe est dite pour notre compte, à dedefensa.org. Le constat, ici, est plutôt d’observer combien les défenseurs de ces “valeurs” et de ce système sont devenus littéralement fous, derrière les apparences de la raison qu’ils cultivent avec les automatismes d’une bonne éducation dont on comprend bien combien le fondement est le suprématisme (terme bien plus significatif que “racisme”) et l’arrogance qui va avec. Leur passion, d’apparence froide, brûle au fond d’eux-mêmes et les consume. Leur raison de vivre est l’idéologisation de la réalité, non la réalité. Cette idéologie est tombée au plus bas qu’il soit possible, au niveau des caniveaux des grandes cités de fortune, où la cupidité et le cynisme, ce dernier mot dans le sens du nihilisme et de l’impudence, constituent les “valeurs” invertis dans le sens de la perversion qu’ils défendent. Ils repeignent ça aux couleurs brillantes, en $milliards, de Goldman Sachs. Plus qu’un long discours et qu’une analyse détaillée, le choix du FT de leur Person of the Year nous donne la mesure précise de l’état du système.

Finalement, le choix du FT est une bonne nouvelle. Le plus prestigieux et raisonnable défenseur du système est encore plus fou et d’esprit appauvri jusqu’à la pathologie que le système lui-même. C’est un système de couleur saumon.


Mis en ligne le 26 décembre 2009 à 06H22

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