Le F-35, alias JSF, profite-t-il de l’attaque contre le F-22?

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Dans la tempête qu’on voit s’élever au-dessus et autour du Pentagone, et au Pentagone même, à la fois pour la crise centrale de ce point Omega et pour celle qui presse le F-22, notre ami le JSF, alias F-35, a un rôle et une place à tenir. Comme on le signale dans une allusion dans la note précédente, les ennuis du F-22 n’impliquent pas nécessairement le bonheur du JSF.

D’une façon de plus en plus accentuée, la plupart de ceux qui réclament l’abandon du F-22 réclament à haut cri des réformes et des réductions des dépenses, et cela ne rassure pas le parti du JSF. On retrouve cette situation dans les rapports sur une réforme du Pentagone, qui pleuvent aujourd’hui de tous côtés.

• Dans le rapport du Center for National Policy sur une “Strategic Pause”, dont nous avons parlé dans notre Bloc-Notes du 10 décembre, on dit également un mot du F-35, en même temps qu’on réclame la tête du F-22: «Specific recommendations included ending production of the Lockheed Martin Corp F-22 fighter; scaling back purchases of the F-35 fighter, also being built by Lockheed…»

• Dans un autre rapport, disons “le rapport du jour”, en fait du 10 décembre et venant du Center for American Progress de Lawrence J. Kolb, la question des avions de combat est traitée dans le même esprit que précédemment… «End production of the F-22 Raptor immediately at 183 planes. Continue development of the F-35 Lightning II Joint Strike Fighter, but do not start full-scale production until flight tests have been completed. Buy F-16 Block 60 fighters, two wings of MQ-9 Reaper drones, and 69 F/A-18E/F Super Hornets to make up for the anticipated gap in fighter aircraft.»

On a vu dans la note précédente, où des déclarations de Gates et d’autres experts sont citées sur les besoins de réforme du Pentagone, qu’il y était question du F-22, dans des termes assez défavorables, mais aussi du F-35, dans des termes que nous jugerions assez ambigus. On cite à nouveau, ici, le passage qui nous semble le plus intéressant, après avoir lu et entendu des affirmations assez paradoxales de la situation technologique complètement dépassée du F-22, par rapport à la situation technologique étonnamment avancée du F-35 :

«With a funding shortage, the Air Force may have to back off of ambitious technology and purchases. And the Navy, Marine Corps and Air Force are likely to be forced into developing a more collaborative strategy for tactical aircraft. This could mean tradeoffs among Boeing Super Hornets and Lockheed Martin’s family of fighters. Industry sources note the Air National Guard has expressed interest in the F-16, despite a longtime policy to purchase only stealthy fighters. “Additional F-16s and Super Hornets? The Navy has gone that route—the question is, until you get the Joint Strike Fighter, do you go that route or do you try and build more F-22s,” Gates notes.»

Deux choses apparaissent intéressantes, effectivement:

• La mention, ici à nouveau, comme on l’a vue précédemment, d’une solution, au moins d’attente, de nouvelles commandes de vieux avions de combat, les fameux “legacy aircraft”, – des F-16 (Block 60) et des F-18 (version E/F, Super Hornet).

• La position assez en retrait de Gates vis-à-vis du F-35, par rapport à ce qu’on en avait fait d’une façon intéressée. En fait, Gates est plus anti-F-22 qu’il n’est pro-JSF, de même qu’il est en général assez adversaire des nouveaux systèmes de guerre conventionnelle de haut niveau. Cela reflète le changement en cours au Pentagone, notamment à l’Office du Secretary of Defense (OSD), avec le départ de Gordon England (adjoint au secrétaire à la défense) et de John Young (chef des acquisitions). Voici comment la paire England-Young est décrite par Eric L. Palmer, sur F-16.net le 19 novembre dernier, dans un article intitulé : «New Congress, New President and Futur Air Power Risks for the U.S.» L’article développe également la problématique du programme JSF sans l’habituel enthousiasme des services RP de Lockheed-Martin.

«…This leads to the F-35 program. If the USAF is willing to kill off large portions of communities listed above, it might be able to afford the F-35 in the numbers it wants. Given the recent economic meltdown and a new DC political change, it is doubtful that USAF will be able to afford the F-35 program unless it wants to slip even more into ruin. The aircraft is years from flying with complete software, real and tested war systems and all of the repair/fix work of early mistake-jets to do while production spools up during a seriously deficient amount of test hours on record. Yet certain people are hyping the system based on no flight testing of a finished ready-to-fight product.

»Throughout the DOD, employees civil and military are taught and warned on the issue of conflict of interest. Part of that training is not just avoiding actual conflict of interest, but the appearance of it. It seems that some didn’t get the message. For example, Gordon England, the Assistant Secretary of Defense has been a consistent cheerleader for the F-35. He has also been a barrier to further F-22 procurement. He claims that the F-35 is somehow affordable and has the needed combat prowess for the future of the U.S. military. This message then gets across to John Young, the top Pentagon procurement official, who’s latest language having to do with the F-35 sounds like a Lockheed Martin press release. This erroneous message is then passed to the boss of the U.S. Defense Department Mr. Gates. From this, the message is pushed that the F-35 will solve all the tactical fighter aircraft recapitalization issues with the U.S. military. All of this when the Boeing F-15 Strike Eagle, F-18 Super Hornet and Lockheed Martin F-16 and F-22 are proven and in production. The appearance of conflict of interest? Both Mr. England and Mr. Young have strong ties to the Lockheed Martin fighter factory in Fort Worth, Texas where the F-35 is being developed. As DOD employees, this by itself should eliminate them from having any influence with the F-35 program. As it stands now, the Pentagon is lock-step with Lockheed Martin marketing spin to sell the F-35 no matter what.

»If the USAF is ever to save it’s fighter force for the long term, production of the F-22 as well as the F-15 and F-16 is a must so as to properly fill out the USAF AEF structure with reliable combat power. Cutting F-22 aircraft production off at around 200 airframes as well as not buying new F-15’s and F-16s will prevent this from happening.

»If F-22 production is cancelled soon, the first of these aircraft will have to start retirement some time in the 2020’s. Since there is no aircraft on the drawing board with F-22 performance and the fact that development of such an aircraft can take as much as 20 or more years until reaching military service, an early closing of the F-22 line is too dangerous. The gap and unknown years of what lies ahead is too much to risk. With the U.S. in serious debt, the country can’t afford not to continue F-22 production for some time. The U.S. no longer has the fiscal power to develop some kind of F-22 replacement in the coming years.

»Placing all the bets on the yet unproven F-35 is a short-sighted gamble that lacks sound military preparedness to keep the country secure. Senior U.S. Defense leadership is selling the future of air power down the river based on the unfounded claims of superb F-35 performance and value. Some senior DOD employees are giving the appearance of acting like government paid industry lobbyists. For the sake of the nation’s future defense, it should be the job of the new Congress and President to fix these wrongs.»

Le constat de Palmer, – «As it stands now, the Pentagon is lock-step with Lockheed Martin marketing spin to sell the F-35 no matter what.», – s’il était valable à la mi-novembre, l’est beaucoup moins à la mi-décembre. Les choses vont vite. Par contre, ce qu’il dit de l’état du programme JSF, comme le disent implicitement d’autres qui se classent parmi les réformistes, est de plus en plus admis à Washington; cela entre dans une prévision où un freinage des dépenses serait considérée avec intérêt et attention.

Il faut donc s’attendre à voir le programme F-35 freiné plutôt qu’accéléré, tandis qu’on devrait voir réactivée l’option de commandes supplémentaires de F-16 et F-18. Là est en effet le nœud de l’offensive pro-JSF, type RP Lockheed Martin, lancée par England-Young tout au long de l ’année 2008: au contraire de Gates, elle était plus pro-JSF qu’anti-F-22, et la tête du F-22 était réclamée dans la mesure où cela permettait d’affirmer la nécessité d’accélérer le programme JSF. Il n’est plus du tout sûr que cette option soit envisagée; il est de plus en plus probable qu’on aille, effectivement, vers cette idée de “pause stratégique” plus ou moins affichée, plus ou moins appliquée à fond. Le F-22 y serait sans doute abandonné (si le Congrès laisse faire) mais le JSF, lui, se retrouverait freiné. Dans son cas, c’est une catastrophe, parce que les prix augmenteront, les délais aussi, par conséquent le désordre qui affecte cet énorme programme, le JSF, archétypique de l’impuissance du Pentagone. Dans une telle situation hypothétique, la réouverture de l’option d’achat des “legacy aircraft”, type F-16 et F-18, constituerait un terrible coup de poignard dans le dos du vertueux programme JSF. Si le JSF survit à peu près dans l’état aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas d’alternative; ce qui se dessine nécessairement, c’est une alternative, même si elle apparaît un peu monstrueuse pour un pays aussi sûr de sa puissance et de son avancement que les USA, puisque ce serait en revenir au vieux “legacy aircraft”. Il faut dire et redire que la situation du Pentagone est vraiment sans précédent, complètement exceptionnelle.


Mis en ligne le 11 décembre 2008 à 18H13

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