Le club du “social silence” et la bombe à hydrogène de la crise

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The Independent a demandé au consultant en questions pétrolières Jeremy Leggett d’accompagner l’article qu’il publie ce 3 août 2009, sur la question de la crise pétrolière. (Voir notre commentaire sur cette question, ce 4 août 2009, dans notre rubrique F&C.)

L’idée de Leggett est assez simple: une crise massive du pétrole est en train d’arriver, aussi grave que la crise financière, et tout le monde (dans les milieux pétroliers) le sait, et personne ne fait rien. Pourquoi? Au fait, note Leggett, il y a une situation qui présente certaines similitudes avec celle de la crise financière. Les banquiers ont conscience de la nature de la crise, qui concerne des vices fondamentaux du système, et ils ne font rien pour changer ce système. Pourquoi? (Bis)

Voici la réponse de Leggett. Elle se nomme “social silence”.

«My own view of the state of play is that the recession might have bought us a little time, but has deepened the crisis beyond. The central problem is that the underinvestment in the oil industry today will play out as a tighter crunch in the middle of the next decade. It takes an average of six and a half years from finding an oil field to bringing it onstream and, in the rare case of giant fields, often more than 10 years. Why haven't more people in government, and the oil industry itself, seen this particular crisis coming? Why aren't they acting proactively to soften the blow?

»The same question can be asked, with hindsight, of the bonus cultists who gave us the credit crunch, and their institutional fans. Gillian Tett of the Financial Times, a trained anthropologist, describes in her recent book the effort made by the banking elite at “ideological domination” ahead of the financial crash. Elites do this to maintain power, she explains. They decide what is talked about and what is not. There was a major “social silence” around the epidemic growth of derivatives.

»This is exactly what I see going on among my old friends in the oil industry when it comes to weighing their assets. And their dysfunctional culture extends right into Whitehall, which is asleep on this issue. Civil servants will barely engage with the UK industry task-force.»

La thèse du club du “social silence” est tout à fait acceptable, dans tous les cas elle est certainement à considérer comme une possible évidence du comportement des dirigeants des mondes impliqués. Elle signifie le refus de reconnaître la gravité structurelle (systémique) de la crise, non par conviction à propos du système, non par croyance dans la vertu des théories sur lesquelles le système repose, mais plus simplement pour permettre la conservation du pouvoir après la crise. (A condition qu’il y ait un “après” à quelque chose dans les cas indiqués.)

Cette thèse est intéressante, au moins pour deux aspects. D’une part, elle nous confirme le niveau de conscience de leurs responsabilités sociales et économistes des banquiers regroupés en une caste qui ne peut plus être censée représenter une quelconque activité financière et économique avec les vertus d’initiative qui vont avec, mais effectivement une “caste” repliée sur ses intérêts et sur ses privilèges, sans autre dessein de les maintenir. D’autre part, la thèse semble écarter la question de la “croyance” dans le système, cette conviction qui représente en général une grande force, même s’il s’agit d’une force au service d’une analyse faussée et infondée.

Ces constats conduisent à des observations particulièrement pessimistes, sinon surréalistes, concernant, non seulement l’état du système mais également la puissance des convictions psychologiques qui le soutiennent. On pourrait ne plus être loin, peut-être y sommes-nous pratiquement, d’une situation où plus personne, dans la direction du système, ne croit à la moindre vertu d’un système que tout le monde continue à défendre simplement pour la protection des intérêts particuliers. Ce serait alors complètement la situation de l’URSS avant son effondrement, ou plutôt son évaporation des années 1987-1991.


Mis en ligne le 4 août 2009 à 06H58

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