Le cerveau, électrique ou électronique?

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Le cerveau, électrique ou électronique?

Le cerveau asservi à l’électrique et le cerveau électronique

Depuis une bonne décennie, le monde de la recherche en biologie s’est enthousiasmé pour la recherche en neurosciences. Une fois épuisé l’engouement pour la cartographie du génome humain qui est loin d’avoir comblé les immenses attentes thérapeutiques escomptées, l’exploration fonctionnelle du cerveau par l’imagerie a ouvert un champ d’investigation pour l’université désappointée. Les chaires et les unités dédiées au cerveau humain se sont multipliées en même temps que les crédits affluaient.

Les Etats ont été séduits par l’opportunité stratégique de contrôle politique que pourrait nourrir le développement de la discipline. L’Union européenne avait accordé des fonds (500 millions sur un total de 1,2 milliards) à l ‘ambitieux projet Brain Humain Project qui associait des milliers de chercheurs pour reproduire informatiquement le fonctionnement du cerveau humain. Assez vite, il est apparu que les sciences cognitives avaient été moins loties que la partie proprement ingénierie informatique, laquelle ne disposait donc pas d’assez de données à traduire en lignes de code.

Le mystère de l’acquisition cognitive

Les équipes qui disposent d’IRM dédiées recueillent des images et les comparent, ce qui donne lieu le plus souvent à de simples descriptions topographiques. Les personnes ‘intelligentes’ utilisent volontiers certaines zones très connectées entre elles et relativement protégées d’activité parasite distrayante, laissant d’autres régions du cerveau muettes. Ce type de relevé repousse à ailleurs et plus tard (?) l’explication du fondement de ce type de câblage.

Dans un autre plan de la recherche, des psychologues observent qu’un bébé dès l’âge de 10 mois valorise le gain d’une action en proportion de l’effort déployé pour l’obtenir. Ceci indiquerait une détermination des mécanismes de prise de décision très précocement installée. Le comportement du choix porté vers le plus difficile (le plus onéreux ?) à obtenir, dont la mise en évidence confortera les armées du marketing, est-il inné ou résulte-t-il du simple mimétisme, mode d’acquisition essentiel des primates ?

Ailleurs, on tente de comprendre le rôle de protéines opérant au cours des synapses, de nombre et de variantes très étendus avec implication en chaînes d’autres molécules, modulatrices, effectrices, éboueuses et inhibitrices.

L’IA en majuscules

La synthèse de ces résultats multiples, épars et souvent contradictoires sera effectuée avant 2023, date prévue à laquelle le supercalculateur de Lausanne les fixera dans la simulation d’un cerveau humain. Le superordinateur devra alors résoudre l’aporétique question de la confection d’un miroir animé par la capture d’images envoyées par d’autres miroirs, doué d’auto-régénération, affecté d’une mémoire propre et de celle de toute l’espèce des miroirs et qui sait sans le savoir la finitude de son existence.….

De super-aimants qui délivrent des images colorées et dynamiques sont à disposition, des combinaison de 0 et de 1 aussi, alors ces suites peuvent s’organiser et acquérir la forme d’un cervelet, d’une substance grise, de noyaux centraux, d’organes perceptifs, soit celle d’une intelligence artificielle totale si elle a conscience d’elle-même et se sait non pérenne.

La fée électricité, psychoactive

En attendant, l’IA non réduite aux algorithmes boursiers, une équipe propose de moduler l’humeur et traiter les syndromes post-traumatiques par insertion d’électrodes dans le cerveau profond.

Les chocs électriques sont délivrés à la demande, dès que l’analyseur de l’état dépressionnaire est relevé par une machinerie capable de détecter et d’interpréter des transits neuronaux comme péjoratifs. Des candidats pour cette chirurgie invasive et délabrante, bien ou mal portants, seraient attendus. On ne sait rien des protocoles expérimentaux qui ont présidé à ce type de résultats, et surtout sur quel type de sujets ils ont été réalisés. En France où a été élaboré pour la première fois ce type de traitement au bénéfice des malades parkinsoniens très atteints et ne répondant plus aux traitements classiques, la technique n’est pas validée pour les affections psychiatriques. Les 13 000 soldats étasuniens postés en Afghanistan, les 3000 à 5000 débarqués en Syrie, ceux par centaines au Niger et par milliers encore en Somalie, s’ils reviennent vivants, risquent de recevoir des impulsions dans leur cerveau profond contrôlés par un circuit en boucle fermée, méthode moins apparemment violente  que les électrochocs du début du siècle dernier car elle évite les mouvements cloniques intempestifs quand le courant est envoyé par voie externe.

Il est espéré que les applications de cette technique iront au-delà des vétérans au mental disloqué par la tuerie d’innocents.

Les usagers de drogues addictives pourraient en bénéficier.

La neutralité du genre en sciences

Un travail récemment publié dans la prestigieuse revue Nature à propos de drogue récréative et fortement antidépressive a donné lieu à une observation étonnante.

L’administration de kétamine à des souris n’a pas le même effet euphorisant et stimulant selon le sexe de l’expérimentateur qui injecte la substance. Les souris manipulées ne répondent que si celui-ci est un mâle. L’effet de la drogue est mesuré par la durée de l’effort de natation fourni par les souris placées dans un bac. La manipulation a été vérifiée, il ne s’agirait pas d’un artefact.  D’autres équipes ont trouvé des résultats similaires, à savoir l’influence du sexe de l’expérimentateur sur le comportement murin en laboratoire. D’autres auteurs contredisent ces conclusions de façon argumentée car entre leurs mains, les souris répondent aux antidépresseurs quel que soit le sexe de l’administrateur.

Dans le domaine de l’analyse du comportement, la reproductibilité requiert de prendre en considération l’âge, le sexe, l’humeur du capitaine et peut-être aussi le temps qu’il fait, la qualité de la digestion du repas pris la veille…Ici est indiqué que la science n’est pas du genre neutre. Et restera à éprouver si la manière douce ou plus hardie de planter les électrodes dans le cerveau profond soulagera ou non le soldat étasunien, haï par les familles arabes et afghanes qu’il aura décimées.

Badia Benjelloun

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