L’affaire Dreyfus ou la déchristianisation de la France

Les carnets de Nicolas Bonnal

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L’affaire Dreyfus ou la déchristianisation de la France

On connaît l’usage intempestif que fait de l’affaire Dreyfus la maréchaussée médiatique et francophobe.

Israël Shamir, écrivain juif anti-sioniste, de grande culture, et de subtilité unique, cite un historien anglais et culotté nommé Piers Read : « Si l’on s’en tient à l’ouvrage de Read, c’est parce que son cas a été utilisé pour attaquer l’Église catholique. L’Église n’était pas impliquée directement, mais la victoire des dreyfusards donna lieu de fait à une profonde défaite pour les catholiques. Un innocent a peut-être bien été sauvé, mais la France chrétienne a naufragé, dans l’histoire. C’est la France de Henry James qui a disparu, enterrée, pour faire place à un nouvel ordre, où les médias ont pris la place de l’Église pour guider les masses, et où les classes argentées ont remplacé la noblesse. C’est une défaite charnière de l’Église dans ce que René Guénon a décrit comme le Kali Yuga (Guénon, le traditionaliste, avait dix ans en 1894, lorsque Dreyfus fut arrêté). »

L’Affaire comme règne de la quantité et signe des temps ? Citons Ovide (que Guénon aime beaucoup) et sa première métamorphose : « Dans ce siècle formé d’un métal pire que toutes divinités, tous les crimes envahirent la terre : on vit s’enfuir la pudeur, la vérité, la bonne foi (Omne nefas fugere pudor, verumque fidesque) souillée de sang, et régner à leur place, la fraude, la ruse, la trahison et la violence, et la coupable soif des richesses (et amor sceleratus habendi). »

Du vrai monde moderne déjà…

Shamir poursuit : « Dreyfus a été un précurseur de la longue kyrielle des martyrs des droits de l’homme, telle que la produisent les médias, cette liste interminable de refuzniks, dissidents, espions arrêtés à tort et tutti quanti… Dreyfus avait eu le soutien de l’Angleterre (les USA de l’époque) et cela consolida la position des éléments pro-britanniques dans l’establishment français. »

L’affaire Dreyfus selon Shamir et Read, c’est la déchristianisation de la France, un siècle avant le catho zombie, son clergé de pleutres et le pape à Soros (le cercueil, en grec ancien).

« C’est le point de vue de Read. Il offre une présentation détaillée et honnête de l’Affaire, mais son sujet central est plutôt celui du destin du catholicisme en France. Il se pose la question de ce qui est advenu de l’Église et de ses ouailles, pendant ces années décisives, et c’est en ce sens-là que son livre est très important pour le lecteur contemporain. »

Shamir reprend l’historien ; Read écrit : « En 1879 un gouvernement dont six sur dix membres étaient protestants […] fit voter des lois qui interdisaient au clergé catholique d’enseigner, tant dans des écoles privées que dans le public, alors que les enfants juifs et protestants continuaient à recevoir une instruction confessionnelle… Les couches supérieures de la vieille bourgeoisie furent exclues du pouvoir, les uns en tant que catholiques, d’autres en tant que royalistes, ou pour les deux motifs à la fois. Le vide qu’ils laissaient fut rempli par les protestants et les juifs. Un préfet juif pouvait observer la pâque juive en toute impunité, mais un préfet ouvertement dévot pendant la Semaine sainte devait se retrouver violemment attaqué : communier à Pâques, sous la IIIe République était un geste revendicatif, voire osé ; les fonctionnaires qui le faisaient savaient qu’ils avaient peu de chances d’obtenir une promotion. »

Si une petite partie de l’opinion est judéophobe, la société n’est certainement pas antisémite. Shamir ajoute : « Personnellement, j’ai été très surpris de découvrir qu’au début de l’Affaire Dreyfus, les Juifs n’étaient pas persécutés ; ce sont les catholiques qui étaient brimés tandis que les Juifs frétillaient déjà joyeusement. La situation des catholiques ne fit qu’empirer avec la fin de l’Affaire. L’Église avait perdu la main, et malgré la profonde religiosité qui existait encore en province, les électeurs choisissaient toujours un gouvernement antireligieux. Read considère que si les femmes avaient eu le droit de vote (ce qu’elles n’avaient pas) le résultat aurait été différent. »

Après commence la vague de déchristianisation violente, mondiale, la révolution orange-rouge sang qui dévaste la chrétienté du Mexique à la Russie en passant par Paris ou la Turquie : « Read décrit la défaite de l’Église dans tous ses détails. Après les élections de 1903, c’est un gouvernement encore plus radicalement anticatholique qui fut démocratiquement élu, et il chassa les prêtres des écoles et les religieuses des hôpitaux. Celles-ci travaillaient pour rien ; il fallait payer celles qui les remplaçaient, mais la haine de l’Église fut plus forte que l’avarice.

Les églises furent pillées, les monastères assiégés et leurs propriétés confisquées. C’est une histoire bien triste, que nous devrions faire connaître pour comprendre le XXe siècle et l’oppression des croyants qui le caractérisa virtuellement partout, depuis la Russie jusqu’à la France, et de la Turquie jusqu’au Mexique, cet avènement mondial du Kali Yuga. »

Shamir insiste avec Paul Read sur l’éternel rôle subversif de l’Angleterre (qui fabriqua la légende noire – leyenda negra, qui traumatise toujours l’Espagne – des pays ibériques pour leur chiper leurs colonies) : « Read, le catholique, constitue une excellente référence pour comprendre la dimension géopolitique de l’Affaire. Il souligne que l’Angleterre, la grande puissance protestante, était traditionnellement anticatholique, et c’est pourquoi elle se rangea du côté des juifs français, qui étaient certainement hostiles à l’Église. L’Angleterre était aussi puissante et influente à l’époque que les USA de nos jours. Elle préconisait, comme les USA aujourd’hui, le Kali Yuga pour le monde entier. »

La couronne british, qui, en ricanant, laissa mourir de faim trois millions d’Irlandais et parqua les enfants boers dans des camps de concentration avant de brûler un million de civils allemands sous les bombes, « en fit des tonnes avec l’Affaire Dreyfus, exactement comme le font les USA de nos jours, et mobilisa la “communauté internationale” contre la France désobéissante. »

Alfred Dreyfus déclaré coupable pour ses origines ? Shamir : « Après avoir conclu que la lettre ne pouvait avoir été écrite que par un très petit groupe d’officiers probablement en relation avec l’état-major, le service secret français fit faire une analyse graphologique et conclut que la seule personne dont l’écriture correspondait était un capitaine d’artillerie d’origine juive alsacienne, riche, de bonne famille et arrogant, qui effectuait une mission temporaire à l’état-major. Le graphologue était arrivé à cette conclusion sans savoir à qui appartenait l’échantillon qu’on lui demandait d’examiner, sans savoir non plus que la personne était juive. »

Shamir cite aussi Albert Lindemann (lisez Esau’s tears) : « Albert Lindemann, expert éminent en matière d’antisémitisme, conclut de son côté : “Aucune preuve n’est apparue d’un complot antisémite contre Dreyfus, qui aurait été ourdi par des officiers du renseignement, et certainement aucune tentative préméditée pour faire condamner quelqu’un dont ils auraient su depuis le début qu’il était innocent”. »

On est content de l’apprendre. Le commandant Henry ne tapait pas le carton avec le déporteur Bousquet comme Mitterrand. Mais les éléments techniques favorisaient l’inculpation de Dreyfus : « Parmi les experts qui confrontèrent les écritures, se trouvait Alphonse Bertillon, père de la criminalistique moderne. Il confirma que Dreyfus était le coupable le plus probable. »

Et Shamir rappelle qu’on ne sait qui il faut plus plaindre, du Dreyfus de l’époque ou du gars de Guantanamo : « De nos jours, l’accusé doit déjà se sentir heureux s’il a droit à un procès : il y a des gens en Israël, aux USA et ailleurs, qui passent des années en prison, soupçonnés d’atteintes à la sécurité de l’État, mais sans qu’aucune preuve recevable soit présentée à la cour. Dans le monde de l’espionnage et du contre-espionnage, les preuves vraiment solides sont rarement étalées ; tout se fait sur la base des soupçons. Et s’il faut aller devant les tribunaux, les preuves peuvent être falsifiées, le mensonge est courant. »

Les accusateurs de Dreyfus n’étaient ni meilleurs ni pires que nos flics contemporains et autres sbires. Les défenseurs de Dreyfus aussi ont fait autant de falsifications qu’ils l’ont pu, nous dit Lindemann.

Shamir se fait fort de rappeler que la presse mainstream tonne déjà d’une voix en cette haute époque oligarchique : « L’écrivain Chesterton faisait partie de ceux qui croyaient dur comme fer à l’innocence de Dreyfus, mais il fut outré, non pas tant par les faits, mais par la scandaleuse position dreyfusarde de la presse britannique. Tandis qu’“il y a peut-être une épaisse couche d’injustice qui pèse sur les tribunaux français, je sais qu’il y en avait une autre sur les journaux anglais”. »

L’affaire Dreyfus agita, divisa et affaiblit l’opinion française durant des années. Dans le monde moderne on agite pour asservir. La France en sortit déshonorée ; or, elle a pris goût à ce déshonneur, avait rappelé Alain Finkielkraut.

On ne comprend pas en tout cas pourquoi le président Macron ne sait pas situer la Guyane et son île du diable !

 

Bibliographie

Israël Shamir, La double affaire Dreyfus (israelshamir.net)

Piers Paul Read, The Dreyfus Affair, 2010

Nicolas Bonnal, Littérature et conspiration (Amazon.fr)

Albert Lindemann, Esau’s tears (Amazon.co.uk)

Benjamin Ginsberg, The fatal embrace

Ovide, Métamorphoses, I, v.128-131

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