La présidence tchèque, ou l’“horreur européenne”

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La présidence tchèque, prévue pour prendre en charge la présidence de l’UE le 1er janvier 2009, s’avère de plus en plus comme un cas d’école “anti-européen”, – c’est-à-dire le cas d’école d’une occasion politique absolument faite pour démontrer l’incapacité du système en place en Europe d’assurer une bonne marche des affaires, une vraie politique européenne, une défense des intérêts européens et ainsi de suite. Cela est d’autant plus intéressant à observer que la présidence tchèque suivrait la présidence français, extrêmement active, plaidant pour une continuité forte de la direction européenne, d’autant plus nécessaire à l’heure de la crise financière et économique; cela est d’autant plus intéressant à commenter que le président tchèque Vaclav Klaus vient de se proclamer officiellement “dissident européen”…

• D’une part, le gouvernement tchèque est dans l'état d’instabilité chronique qu’on sait, sa majorité parlementaire étant absolument flottante et pouvant se transformer en mise en minorité du jour au lendemain, dans une situation de très grande impopularité, etc. Le cas est connu. Il sert d’arrière-plan au second point, qui est la grande nouvelle en cette circonstance.

• … En effet, le gouvernement tchèque vient d’informer les instances européennes et ses partenaires des priorités de sa présidence européenne. Dans un temps de crise économique et financière, de nouveau dialogue avec la Russie et ainsi de suite, le programme tchèque vaut le déplacement. Il y a quatre priorités, dans l’ordre comme on l’aura compris: renforcement des relations transatlantiques; renforcement des relations dans la zone Est jusqu'au Caucase, notamment avec des pays comme la Géorgie, l’Ukraine, etc, et (surtout) Russie non incluse.; sécurité énergétique; renforcement des relations avec Israël. Tous ces points, notamment les points 2 et 3, sont à considérer, répétons-le, sans la moindre référence de coopération avec la Russie («éventuellement contre la Russie?», ironise, à peine, une source européenne). Quant au dernier point, il apparaît comme une signature à ciel ouvert ou comme une cerise sur le gâteau, c'est à voir (ou à goûter).

C’est-à-dire que la présidence tchèque, avec ce gouvernement fantôche qui s’affiche comme tel, se présente à la fois comme une provocation du “parti américaniste” proliférant en Europe de l’Est, en même temps que la démonstration de ce qu'on pourrait nommer l’“horreur européenne”, à la fois la faiblesse institutionnelle des démocraties fabriquées pour l’occasion, sans aucune légitimité puisqu’en général complètement acquises à des intérêts extérieurs; et le triomphe de ces mêmes intérêts extérieurs à l’Europe, agissant avec un gouvernement appelé à la présidence de l’UE fonctionnant sans dissimuler comme une courroie de transmission. «Dans les circonstances et les tensions actuelles, c’est une dramatique mise à l’épreuve du système européen actuel, dit encore notre source. On peut aisément envisager des circonstances conduisant à des ruptures très graves entre les pays membres, non seulement sur une politique mais sur le fonctionnement même des institutions.» Pour notre cas, nous dirions que c'est un cadeau sans prix, a contrario, aux adversaires du système actuel tant la démonstration de sa perversion est ici évidente.

Le cas français va être effectivement intéressant à suivre, dans son fonctionnement jusqu'à la fin de sa présidence et après, de même que les différentes propositions de changement de formule de “gouvernement européen”, au moins pour la durée de la crise. D’autre part, mais ceci bien entendu en rapport avec cela, on notera qu’on ne reste pas inactif en marge de cette situation puisqu’on fait état d’entretiens secrets entre Allemands, Anglais et Français sur une formule de renforcement d’une direction européenne, accompagnant le constat chaque jour renforcé de l’impasse du traité de Lisbonne. Les grandes lignes de la recherche en cours impliquent le renforcement important du statut et du rôle du secrétariat général (actuellement autour de Solana) et l’orientation vers une marginalisation de la Commission. A noter l’attitude des Britanniques, qui confirment ainsi leur virage et leur actuelle phase.


Mis en ligne le 12 novembre 2008 à 13H14

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