La bataille autour d'OSI est un signe du désordre intérieur du Pentagone

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La bataille autour d'OSI est un signe du désordre intérieur du Pentagone

[Cette analyse traite une question particulièrement significative à notre sens du débat en cours à Washington sur la problématique de l'information dans le cadre de la Grande guerre contre la Terreur. Il s'agit également d'une question révélatrice de la situation au sein du Pentagone.]

Un éditorial du Washington Times, du 27 février, met l'affaire de l'OSI (Office of Strategic Influence) en perspective. Après que le New York Times du 19 février ait révélé l'existence de l'OSI, à partir de sources qui étaient manifestement des adversaires de cet organisme au sein du Pentagone, cette nouvelle organisation est allée de déboires et déboires sous les coups d'une attaque médiatique en règle, aux USA et hors des USA. Pressée de tous côtés, l'OSI fut défendue maladroitement, ou pas défendue du tout, avant que sa dissolution soit annoncée le 26 février. C'est bien ce qu'indique le Washington Times, qui aurait clairement comme thèse que les services de relations publiques du Pentagone ont laissé faire, pas mécontents de voir un service potentiellement concurrent mis en cause de façon aussi brutale.

« Why did the Pentagon do such a poor job of communicating this factual information to the public? Well, one Pentagon source told Slate magazine's Scott Shuger that Mrs. Clarke [assistant secretary of defense for public affairs Tori Clarke] ''put the Times onto the story because she viewed the OSI as a threat to her operation.'' Mrs. Clarke will surely deny that this is the case. But it is undeniably true that her shop did an awful job in telling the public the truth about OSI. And it is hardly the first time in recent weeks that the Pentagon public relations machine has provided a propaganda windfall for America's enemies, — witness the mindless dissemination of photos of al Qaeda and Taliban operatives being escorted to the prison at Guantanamo Bay, sans explanation. That incident subjected the United States to mindless sanctimony and vitriol from Europe. »

Plus encore, apparaît maintenant la thèse que le travail accompli par OSI depuis sa création est honorable. Un article de Rowan Scarborough dans le même Washington Times, en date du 25 février, rapporte les prouesses de l'OSI dans ses premiers mois de fonctionnement. Loin d'avoir été un organisme de désinformation, un organisme de fabrication de mensonges, Scarborough nous dit que l'OSI aurait été, à l'intérieur du Pentagone, un véritable “ministère de la paix”.

L'éditorial du 27 février rappelle cet élément nouveau dans la très courte carrière de l'OSI, et dans la sévère polémique qui entoure son existence et sa dissolution annoncée :

« But an article by Rowan Scarborough, published in Monday's [25 February] editions of The Washington Times, suggested that OSI, which was set up by Douglas J. Feith, the highly respected U.S. undersecretary of defense for policy, and Air Force Brig. Gen. Simon P. Worden, could have actually played a key role in aiding the war on terror by counteracting false, anti-American propaganda being spewed out from places like Baghdad, Tehran and Pyongyang. Administration officials contended that there were no plans to put out false stories, emphasizing that OSI's draft charter made no mention of such a scheme. One source told The Washington Times that OSI was designed to ''get the truth'' to places like Iran and Iraq. »

Ces derniers développements confirment d'abord que l'OSI est l'objet d'une intense bataille bureaucratique, cette fois avec des précisions qui situent cette bataille au coeur du Pentagone lui-même, qui indique que cet affrontement interne est même la principale cause de la polémique et de la fin prématurée, — et peut-être temporaire, — de l'OSI. D'une façon plus générale, on peut avancer plusieurs conclusions qui sont, placées dans la perspective, comme autant d'hypothèses :

• L'épisode OSI et la lutte bureaucratique d'influence à laquelle nous avons assisté montrent bien que le DoD, de plus en plus assuré de sa puissance, autant par les conflits en cours que par que par la manne budgétaire et tout ce qu'elle signifie, est entré dans une période d'instabilité interne très forte. Une puissance accrue pour un tel organisme implique le réveil des ambitions, une lutte renforcée pour tous les pouvoirs possibles. Devant nos yeux, le Pentagone entre dans une phase incontrôlable suscitée par sa nouvelle puissance, une phase bien différente que celle de statut de “paix armée” bureaucratique qui exista au DoD à l'époque Clinton.

• La principale victime de cette évolution, c'est Donald Rumsfeld. Proclamé star incontestée à l'automne 2001, avec sa maestria désinformatrice et sa capacité manipulatrice des médias américains (Rumsfeld valait bien l'OSI à lui tout seul), le secrétaire à la défense se retrouve sur la défensive après plusieurs épisode qui sont autant d'échecs de communication (les prisonniers de Guantanamo, les “bavures” US et les pertes civiles afghanes, l'OSI). Désormais, c'est l'autorité de Rumsfeld qui est en cause, sa capacité à contrôler le Pentagone. On ne le ratera plus.

• D'une façon générale (et bureaucratique), on pourrait avancer que la dissolution projetée de l'OSI est un revers pour les ultras neo-conservatives. L'adjoint de Rumsfeld, Douglas J. Feith, présenté de façon flatteuse par le Washington Times (proche des neo-cons), et qui semble être l'inspirateur de l'OSI, est aussi un proche de Wolfowitz et un ultra-hawk. (D'une façon générale, les neo-cons traversent une mauvaise passe. Le speechwriter de GW, David Frum, l'auteur de la formule « axis of devil » du discours sur l'état de l'Union, collaborateur du Weekly Standard et neo-con reconnu, a quitté la Maison-Blanche le 24 janvier à cause d'un problème interne. Mais il s'agit à notre sens plus de démêlés bureaucratiques que d'une réorientation idéologique (l'affaire OSI est nettement de cette sorte). Aujourd'hui, l'essentiel de l'administration GW est de tendance ultra, neo-con ou pas.

• L'OSI, maintenant. RIP ? On en doute nettement. D'abord, les partisans de l'OSI sont sortis du bois pour défendre l'organisme, qui, dans leur plaidoirie, de “ministère du mensonge” deviendrait plutôt un “ministère de la vérité”. Rien n'est fini. Disons que l'acronyme (OSI pour Office of Strategic Insfluence) est brûlé, ce qui est dommage car il sonnait bien. Pour le reste, les activités type-OSI se retrouveront ailleurs au Pentagone, sous une autre forme. On verra.

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