Humeur de crise-15

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Humeur de crise-15

12 juin 2016 – J’avoue, pardonnez-moi, avoir eu honte pour le vieil homme, de le voir souriant tête baissée, et le regard vague, sous le sourire super-cool et si décontractée de BHO, un vrai pote, suffisant et tenant l’autre à sa main, – comme si on l’entendait dire, BHO à propos de Bernie, “celui-là c’était vraiment trop facile, du mâchés-par-avance, c’était dans la poche”. J’ai eu un peu honte pour lui parce que, voyez-vous, j’avais de l’estime, pour son audace, son âge, ses cheveux en bataille, sa foi-qui-soulève-les-montagnes... Mais le voir là, avec du “monsieur le président” plein les yeux dans le vide, comment dirai-je, baissant pavillon et promettant son soutien à la venimeuse sorcière.

Cet homme a fait se lever des tempêtes. Il a galvanisé des foules, mettant en accusation une adversaire corrompue, un parti croulant sous sa propre pourriture, une direction nationale indigne, sans honneur ni sens du devoir. Tout cela était de son parti (le démocrate), et tout cela il le désigna à la vindicte populaire. Toutes les forces possibles, les mauvais coups, les coups fourrés, les diffamations, les rumeurs infâmantes, furent lancés contre lui. On tricha, on mentit, on manipula et on le manipula pour le faire trébucher, et s’il trébucha finalement c’est à cause de ces montages grossiers qu’il connaît bien et qu’il ne cesse de dénoncer. J’avoue que j’attendais autre chose que cette capitulation doucereuse, presqu’entre amis de bistrot.

Je crois avoir compris où se dressent les limites désolantes du vieux Bernie, lorsque j’ai entendu Ron Paul faire son éloge, le 20 mai dernier. Paul parlait d’une kinship (“parenté”) entre Sanders et lui sur divers sujets tels que la détestation commune du Big Business et du complexe militaro-industriel (en d’autres occasions, il fut très critique, mais qu’importe). Mais ce qui les unit, je crois, c’est un très profond légalisme, un respect du cadre institutionnel, de la légitimité des institutions. Ce qui les unit est ce qui les a perdus, puisque la légitimité à laquelle ils se réfèrent selon un réflexe civique vertueux n’existe plus, – si elle exista jamais.

Ce ne sont pas des rebelles, encore moins des iconoclastes, ce sont des opposants extrêmes mais loyaux. Ainsi sont-ils, à un moment ou l’autre, happés par le Système, eux ces antiSystème seulement jusqu’au dernier arrêt avant le terminus où se joue le destin. C’est désolant car il s’agit d’hommes honorables et intègres. Ainsi cette humeur assez attristée, et cette certitude qu’un goujat vulgaire comme Trump qui ne respecte rien est la seule formule qui ait une chance de réussir contre la vipère dont la corruption s’appelle venin et la politique hystérie.

... Tristesse qui ne demanderait qu’à être démentie demain... Rêvons un peu : et si, finalement, au bord du précipice de la capitulation, Bernie se révoltait tout de même et partait seul en campagne ? On le dirait alors inspiré.

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