Humeur de crise-1

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Humeur de crise-1

18 janvier 2016 – Durant tout ce week-end a pesé sur moi le sentiment de l’inconnu en même temps que celui d’être au bord du gouffre, pour ce qui est de la situation générale du monde comme s’il s’agissait de la mienne propre. Ce n’est pas une attitude extrêmement rationnelle, ou plutôt pas seulement rationnelle. Il y a certainement là-dedans des facteurs tels que l’émotion, une psychologie vulnérable, etc., et peut-être également l’intuition (cela reste toujours une inconnue sur le moment où on l’éprouve, qui peut se vérifier ou être démentie) ; mais la base reste bien entendu cette certitude persistante, depuis maintenant tant d’années, de se trouver au cœur de cette Grande Crise, que je considère comme une perception qui a été examinée par la raison, sanctionnée par elle, et donc devenue rationnelle (tout cela dans mon alchimie personnelle).

Plusieurs lectures avaient alimenté ce sentiment, dont on trouvera l’écho ici et là sur le site. Je crois avoir été impressionné pariculièrement par un article que j’ai lu tardivement, puisqu’il date du 11 janvier sur ZeroHedge.com, et fait état d’une halte du commerce mondial (« “Nothing Is Moving,” Baltic Dry Crashes As Insiders Warn “Commerce Has Come To A Halt” : Last week, I received news from a contact who is friends with one of the biggest billionaire shipping families in the world.  He told me they had no ships at sea right now, because operating them meant running at a loss. This weekend, reports are circulating saying much the same thing: The North Atlantic has little or no cargo ships traveling in its waters. Instead, they are anchored. Unmoving. Empty. ») Je ne peux ni ne veux absolument rien en dire sur la véracité, sur la signification de la chose, etc., sinon le renforcement sur l’instant du sentiment dont je parle d’une aggravation furieuse de la crise, comme si elle vivait littéralement et s’exprimait soudain avec cette perception, juste ou fausse mais très marquante, d’un événement terrible. Cela ne dure qu’un instant mais quel terrible instant qu’en aucune façon la raison ne dément... Ainsi vont, très vite, les jours et les heures de ce temps si cruel.

En contraste complet, la vision des TV dans tous les genres et programmes, interviews, JT, émissions de variétés, séries, etc., avec une débauche diluvienne, absolument hallucinée sous mon regard incrédule, d’optimisme forcé quasiment hystérique plaqué sur un monde complètement fabriqué où triomphent “nos-valeurs”. Cette thérapie de l’optimisme, assénée comme l’on injecte de force des doses massives de stéroïdes au bétail comme au finaliste du cent-mètres des Jeux Olympiques, est extraordinairement anxiogène ; elle accroît affreusement ce terrible sentiment, à la fois d’angoisse et de solitude dans cette angoisse. Qui est fou : eux ou moi ?

 

Note

(1) Le chiffre 1 entre-parenthèses dans le titre a une double fonction : celle de renvoyer à cette note et celle de commencer une série. Désormais, il y aura (sans doute) des notes sous le titre générique de “Humeur-de-crise” dans le Journal dde.crisis, consacrées essentiellement sinon exclusivement aux réactions personnelles de l’auteur devant les soubresauts de la crise. Pour les faire apparaître selon cette spécificité très marquée, ces notes seront reprises sous le même titre et numérotées. C’est une expérience, poussée par le besoin d’exprimer la chose ; elle durera ou ne durera pas, elle prendra sa place ou non, on verra.

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