Histoire d’un drone israélien “retourné” par le Hezbollah

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Histoire d’un drone israélien “retourné” par le Hezbollah

Fin avril (voir le Guardian du 25 avril 2013), Israël annonçait l'interception et la destruction d'un drone près de la ville de Haïfa. Les autorités militaires israéliennes suggéraient qu’il s’agissait d’un drone de fabrication iranienne, utilisé par le Hezbollah, qui avait été intercepté et abattu par des F-16 peu après qu’il soit entré dans l’espace aérien israélien depuis le Liban ; cela, après que les services ad hoc israéliens, toujours impressionnants d’efficacité high tech, aient suivi sa trajectoire au Liban.

Insistons là-dessus : le compte-rendu officiel donnait l’impression d’une situation parfaitement maîtrisée (drone suivi par moyens électroniques dès son lancement, puis interception et destruction parfaitement assurées). Il n’empêche que l’hélicoptère qui transportait le Premier ministre Netanyahou en visite dans la région de la zone frontière avec le Liban avait du se poser d’urgence, sans doute pour éviter un incident, comme par exemple une fausse manœuvre d’un F-16, durant l’interception. (Le Guardian : «Netanyahu was informed of the unfolding incident as he was flying north for a cultural event with members of the country's Druze minority. Officials said his helicopter briefly landed while the drone was intercepted before Netanyahu continued on his way.»). Bien que présentée selon la forme officielle habituelle, forme extrêmement lisse et stérilisée, cette circonstance pouvait tout de même contredire quelque peu l’impression de contrôle de la situation que les autorités israéliennes voulaient donner.

Un compte-rendu publié par Daoud Rammal, dans le quotidien libanais As Safir le 8 mai 2013, donne une toute autre version. (As Safir est un quotidien indépendant de gauche en général très bien informé et qui échappe aux influences des groupes de pression habituels de la région.) Une référence est faite à une intervention télévisée toute récente de Nasrallah, le chef du Hezbollah, tandis que l’article cite des sources pour préciser les circonstances de l’incident. Il s’agirait d’un drone israélien entré dans l’espace aérien libanais et dont le contrôle électronique aurait été pris par le Hezbollah. Le drone aurait ainsi été “retourné” (comme l’on dit d’un agent ennemi dans le langage du renseignement) et redirigé vers l’espace aérien israélien. Cette trajectoire inattendue en même temps que la perte de contrôle (et de contact) du drone auraient semé la panique chez les Israéliens qui durent monter en toute hâte une mission d’interception et de destruction de ce qui s’avéra être leur propre drone. Les sources citées indiquent qu’il s’agit d’une “riposte” similaire à la destruction d’un F-4 turc en juin 2012 (voir le 25 juin 2012). Selon ces sources, le F-4 avait été abattu en “riposte” à la défection d’un MiG syrien en Jordanie, par des batteries installées en territoire syrien mais contrôlées par des Russes. Cette fois, l’interception et la prise sous contrôle du drone israélien suivraient de quelque jours, – “riposte” là aussi, – la découverte d’un site d’implantation d’espionnage israélien de la base russe de Tartus, en Syrie... Voici la citation extraite du texte de As Safir.

«The latest statement of Hezbollah’s Secretary General, Sayyed Hassan Nasrallah, concerning the reconnaissance drone that Israel allegedly shot down near Haifa, increased the mystery surrounding this drone in light of a single constant: Hezbollah is not the party that sent that plane and this is something that the enemy knows very well.

»Nasrallah’s talk concerning the drone indicates that he aimed at raising the level of tension and concern amidst the Israeli political and military circles in Israel considering that these circles are responsible for revealing the truth of this drone to the masses. A concerned source said that “when a Syrian pilot deserted the army with a Russian-made MiG that he landed in Jordan, the response came four days later by shooting down an American-made Turkish plane above the Syrian coast. It later turned out that the Russian defense forces shot that plane down.” The source added that less than a week following the uncovering of modern Israeli spy equipment in Tartous, “the response came through the shooting down of the unknown drone above Haifa.”

»“The source further indicated that “some diplomatic western channels are indicating that the drone that was shot down is actually an Israeli drone that was heading towards the Lebanese airspace. However, it seems that the experts of the Resistance were able to intercept its technical structure and to control the drone. They could have shot it down in Lebanon. However, it seems that Hezbollah does not wish to provide Israel with a pretext to attack Lebanon. It thus sent it back to Israel and this caused confusion on the level of the Israeli military and security services, which shot the drone down.” [...]

»The source indicated that the Americans and Israelis are stunned by the fact that “despite their highly advanced intelligence capacities, they failed to uncover the equipments that Hezbollah brought into the towns and cities inhabited by Lebanese people within the Syrian lands [...] Hezbollah has a full capacity to launch a classical war with high technical capacities in addition to being able to launch a painful gangs’ war.” The source added that “all Israel can do now is to acknowledge the reality of the reconnaissance plane especially that it turned out that Hezbollah has nothing to do with”»

... On peut observer que cette version de l’incident rencontre effectivement certaines des conditions “visibles” de l’interception et de la destruction du drone par Israël, notamment ce qui semble être l’effet de surprise (atterrissage d’urgence de l’hélicoptère transportant Netanyahou) contredisant la version officielle du contrôle de la situation. Elle corrobore d’autre part de nombreuses indications sur les capacités du Hezbollah, autant qu’indirectement celles de l’Iran. (L’Iran a effectué différentes opérations de prises de contrôle de drones hostiles, dont la plus fameuse est évidemment celle du drone RQ-170, un engin US, en décembre 2011 [voir notamment le 7 décembre 2011].) Cette version renforce également les appréciations, venues de sources proche du Hezbollah, concernant les opérations d’attaque en Syrie menée par les Israéliens il y a une dizaine de jours. (Selon Al Monitor du 5 mai 2013 : «While not offering official comment, Israel reportedly wants to block the arms path to Lebanon, but what does Hezbollah think of this? According to sources close to the group: “Israel is bluffing, it's just another copy of January's attack, Hezbollah succeeded in getting some effective weapons into Lebanon, and Israel received the news a bit late,” he added, “for days Israeli warplanes covered the Lebanese skies flying on low latitude, they were trying to trace anything and when they failed they attacked.”»)

Enfin, l’ensemble des informations contenues dans l’article laisse une forte impression de coordination opérationnelle active entre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran bien sûr, mais également avec la Russie. On voit renforcée l’idée de plus en plus substantivée selon laquelle la crise syrienne a suscité un véritable “front” anti-bloc BAO, avec notamment un retour de la Russie dans la région. On voit aussi décrite la tactique de “communication” de ce “front”, qui est de passer des “messages” aux Israéliens, sous forme de “ripostes” calculées, pour les informer aussi bien de l’absence d’impunité pour leurs interventions que de l’état réel des capacités de leurs adversaires.

L’on comprend par ailleurs que, du point de vue d’Israël, le Hezbollah constitue plus que jamais une terrible menace, avec notamment ce “mixage” inédit de capacités de mener une guerre de guérilla très classique et d’un “primitivisme” très étudié, et de capacités de très hautes technologies opérationnelles. Cette combinaison existait déjà à l’été 2006, lorsque le Hezbollah infligea à l’armée israélienne sa plus humiliante défaite. (Dès cette époque, – et l’idée est plus que jamais actuelle, – on pouvait présenter le Hezbollah, par la variété des moyens employés, par sa capacité tactique d’adaptation, par sa légitimité également, comme un virtuose de la “guerre de quatrième génération” [voir notamment le 30 juillet 2006 et le 16 août 2006]. Effectivement, le “mixage” de moyens de types de conflits très différents, en intensité et en capacités opérationnelles, avec aussi le mélange des domaines abordés et un usage constant de la communication, représente la formule la plus riche et la plus novatrice de la G4G.)


Mis en ligne le 15 mai 2013 à 08H44

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