Guitry et le Grand Remplacement culturel

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Guitry et le Grand Remplacement culturel

Enfant, quand je découvrais un Guitry à la télé, je ne comprenais pas cette France. Je cherchais des anciens pour me l’expliquer. Les châteaux, les villages, François premier, Talleyrand, les royalistes, l’héroïsme, les champs de bataille, la galanterie, le génie littéraire ? Revoyez la Symphonie fantastique sur Berlioz, Hugo, Gautier, chef d’œuvre de ce virtuose Christian-Jaque, pour comprendre de quoi je parle : d’une France, de la vraie France qui avait déjà été remplacée. Les zombis qui avaient succédé à ces anciens Français n’auraient aucune peine (autant dire tout de suite ce que j’ai sur le cœur) à se laisser remplacer. On ne peut tuer ce qui est mort, dit mon bon maître Michelet.

Moi j’avais été élevé par les seins nus sur les plages, par les Shadoks et par Charlie-Hebdo ; par le franglais de nos aéroports, les statistiques du chômage et les promesses sociales de l’Union de la Gauche. Alors Guitry c’était Jurassic Park. On avait changé de France. Le Grand Remplacement culturel avait déjà eu lieu et, aux toiles de Jouy et à Rameau, avaient succédé les enfants de Marx et de Coca-Cola. Tous les Maurice Chevalier et Mistinguett du doux Paris avaient été remplacés par Sylvie et Johnny (notez que Chevalier fut une star américaine), la presse Filipacchi et la bande de copains. Revoyez le film avec Brigitte Bardot La mariée était trop belle. On est encore dans la France du terroir, de la distinction, de la coquetterie bon aloi. Quelques années plus tard, avec la même Bardot on bascule dans la lessive de masse : c’est Vie privée de Louis Malle.

On remet Guitry au goût du jour et ce n’est pas un hasard. Guitry c’est la France de Cantenac avec un beau trésor caché (600 euros la nuit dans les relais-châteaux), et avec aussi une référence à la royauté sacrée et disparue. Quand Guitry meurt en 1957, des milliers de bons Français (espèce qui n’existe plus dès les années Pompidou) viennent saluer son corps. Les années passent, et leur hexagone rejette son sacré-corps avec ses courtisanes, ses souvenirs, ses collections, ses tableaux. Le roi est mort.

Ce n’est pas un hasard non plus si ce génie absolu de la langue, du théâtre, du cinéma (voyez le Tricheur, voyez ses génériques qui humilient à chaque plan les gueux du cinoche subventionné) suscite chez la critique ce zèle gêné. On l’estime mais… n’oublions pas non plus que son parrain était un tzar !

Qui a tué la France de Guitry ? Vatican II, Pompidou, Giscard ? La culture yankee, l’Europe, la station de ski, la télé, la bagnole ? Les grandes vacances (les congés payés comme dit joliment Bardot dans ses Mémoires), les usines, Carrefour, les Trente Glorieuses de l’autre ? Le mai 68 ne faisait que couronner un œuvre au noir, et il ne me reste qu’à remonter les Champs élyséens avec l’ombre du maître.

J’affirme qu’en les remontant on découvre ces hauts-lieux bienheureux (sedes beatas) qu’a chantés mon Virgile.

 

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