Funèbre anniversaire

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Funèbre anniversaire


1er juin 2006 — Tout le monde a “fêté” le 29 mai, piteusement, — comme si c’était la France qui comptait. On ne cesse de nous répéter que la France ne compte plus que pour du beurre et on met le drapeau européen en berne le 29 mai. Puisque nous avons raté le piteux anniversaire, celui du 29 mai, célébrons dans la gravité le plus proche de nous, — le premier anniversaire du “non” hollandais.

Dans ce contexte de funèbre commémoration, il y a tout de même un spectacle étonnant : la nouvelle selon laquelle les Belges suggèrent de poursuivre le processus de ratification pour tenter d’atteindre les quatre cinquièmes d’approbation et s’en remettre au Conseil des ministres pour imposer tout de même la Constitution si malmenée [Le cas est prévu en marge de la … Constitution]… Cette spéculation autour du thème “comment faire pour faire comme si les référendums n’avaient pas eu lieu” témoigne plus qu’aucune autre situation de la crise du projet européen.

« Belgian prime minister Guy Verhofstadt on Wednesday (31 May) pleaded for further ratification of the EU constitution as it stands, while speaking before the European Parliament. “Practically and politically, there is just one option: move forward with the ratification of this constitution,” he stated. “In my view those who in recent months have put ratification on the back burner are duty-bound to start or resume the ratification procedure.”

» Mr Verhofstadt referred to a special declaration attached to the constitution, which states: ''If four fifths of the Member States have ratified it and one or more Member States have encountered difficulties in proceeding with ratification, the matter will be referred to the European Council [EU leaders meetings].” “Well then, if not all of the countries start a ratification procedure, then the content of this declaration will obviously be pointless,” he stated. »

Non, le fait sérieux, nous dit ce même 29 mai 2006 Martin Walker de UPI, est que l’Europe est bloquée : « Europe at a dead end. » Le commentateur américain nous rappelle la réunion des ministres des affaires étrangères des (15) pays de l’UE ayant (déjà) ratifié la Constitution, qui a eu lieu dimanche dernier, le 28 mai, à Vienne. Réunion funèbre…

« One year to the day after the French voted No to the draft new constitution for the European Union, the foreign ministers of the 15 EU member states have kicked the ball down the road for another three years.

» Meeting outside Vienna, the foreign ministers were supposed to chart a new way ahead for the EU after the year-long “period of reflection” that followed the resounding No votes by the French and then the Dutch voters in two referendums on the constitution. They toyed with the idea of re-branding the document, and calling it a “basic law” (after the German term Grundgesetz) rather than a constitution, although that would be unlikely to fool many voters.

» The foreign ministers also gave a cool reception to two new ideas. The first was to use an existing majority voting rule to give more power to the EU in judicial and criminal matters, widening the force of EU-wide arrest warrants and boosting the role of the Europol coordination office for the various national police forces. This stalled, in part because of the discreet but determined resistance of several national police forces, including the British, French and Dutch, who have limited faith in the efficiency or probity of some of their counterparts after some unhappy experiences with intelligence-sharing.

» The other idea came from EU Commission president Jose Manuel Barroso, the former Portuguese premier who now runs the EU bureaucracy in Brussels. He suggested that while leaving the constitution to one side, all 25 countries might sign a solemn declaration on the EU's common goals and values, to mark next year's 50th anniversary of the Treaty of Rome, the EU's founding document.

» Again, this met a cool reception, with some foreign ministers saying they saw little point in yet another vague mission statement that had no binding force when there were real practical issues that the EU had to address quickly. This echoes the strongest original argument for the constitution, that a body of 25 (and soon 27 or even 30) nations needed much clearer rules on decision-making than those provided by the existing Treaties that were initially designed for the six founding nations who preferred to operate by consensus. »

Un peu plus loin, très avisé, Walker observe avec une sobriété qui laisse toute sa place à l’évidence: « So the real blockage is that several of the EU member states do not really want the EU to become more powerful, neither in police and judicial matters nor in supra-national decision-making. Nor do several of the crucial electorates, as the Dutch and French proved last year. And all opinion polls agree that the British and the Danes, Swedes, Poles and Czechs are just as reluctant. »

A Paris, la propagande journalistique et intellectuelle continue à seriner que la France est isolée. Le vote français n’a pas isolé la France, il a bloqué l’Europe. Tout se déroule donc comme prévu : la France, même à la dérive et même avec son élite (intellectuelle et politique) bouffonnante, pèse d’un poids tel qu’elle détermine le destin de l’Europe. Il est déplorable que cette démonstration soit faite négativement, pour bloquer ce destin ; il est encore plus déplorable que ce destin ait pris une orientation telle qu’il ne restait plus comme unique solution que de le bloquer. Ainsi fut-il fait.

Il n’y a guère de chance pour que l’orientation change avant longtemps dans la formule que l’élite européenne propose à ses peuples. La situation est parfaitement, quoique involontairement, résumée par le mirobolant Barroso, plus brejnévien que jamais et déclarant à Vienne : « We should keep the constitutional issue alive but avoid any kind of paralysis. » (C’est-à-dire : dire que la Constitution est toujours sur la table sans l’y mettre précisément pour éviter quelque autre mauvaise surprise populaire, et dire que tout continue à marcher comme s’il n’y avait pas eu de “non”... Effectivement, du Brejnev pur, selon la fameuse histoire que nous rappelions : « …Brejnev et le Politburo se baladent en train, en regardant la campagne soviétique socialiste défiler. Le train tombe en panne. Brejnev se tourne vers les autres : “Camarades : fermez les rideaux et faites comme moi, en cadence : ‘tchouc, tchouc, tchouc…’” »)

La situation intérieure (la construction européenne) est donc bloquée. On observera que le 29 mai 2005 n’est pas cause de tout et qu’il est peut-être intervenu à propos pour mettre les choses au net. L’activisme des nouveaux pays venus de l’Est, uniquement préoccupés de sembler exister en tant que tels et conduits à pinailler sur tout, rend encore plus malaisé le développement des processus lancés avant le référendum (la coopération de défense est dans ce cas : l’intégration n’avance plus guère et les situations militaires se résument aux puissances nationales existantes.)

Par ailleurs, la situation dans les institutions européennes est la suivante, un an après le blocage de l’Europe : la bureaucratie continue à produire des tonnes de rapports et des myriades de programmes sont lancés dans le monde entier. L’UE a aujourd’hui une réputation de vache à lait bien établie et la vanité de la bureaucratie, par Commissaires interposés, est telle que toutes les demandes d’aide sont examinées avec la plus grande indulgence. Il n’y a aucune stratégie dans ces divers efforts financiers. La ligne idéologique reste imperturbablement économiste et hyper-libérale, ce qui conduit au blocage des processus extérieurs les plus intéressants. C’est le cas avec la Russie, qui ne travaille plus guère sérieusement qu’avec les nations européennes. Comme on le voit par ailleurs avec une anecdote éclairante, les dirigeants des institutions européennes relaient ces dossiers sans y croire vraiment, plutôt exécutants qu’inspirateurs ; l’absence de conviction garantit l’absence de réels résultats mais évite les ruptures brutales.

Les ruptures viendront d’ailleurs. L’écart entre le processus européen (bureaucratique) et la réalité européenne, marqué par la sanction des référendums d’il y a un an, ne cesse de grandir. Ici ou là, il y a la possibilité de voir surgir l’une ou l’autre “directive Bolkenstein” qui donnera le prétexte d’une nouvelle exacerbation des tensions. Malgré le blocage européen, cette évolution garantit de nouvelles ruptures pour mettre toujours plus en évidence la divergence grandissante et désormais irréconciliable entre les peuples européens et les institutions en perdition.


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