Chronique du 19 courant… La vidéo et son double

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Chronique du 19 courant… La vidéo et son double

19 avril 2014 ... On a déjà noté le peu de goût de ce site, dedefensa.org, pour la modernité, ses ors et ses tocs. On a déjà observé qu’il s’en tenait à une extrême rigueur de sa forme, de façon à ce que la construction graphique de la chose correspondît à son esprit. Ainsi m’écriais-je aussitôt : Mais quelle mouche a donc piqué dedefensa.org?! La nouvelle, en effet, est de taille, et propre à démonter les habitués et les fidèles : l’apparition de la vidéo sur le site, ce même 19 avril 2014.

Certains diraient qu’en fait de modernité, on ratisse un peu large : l’événement de l’emploi de la vidéo ne date pas d’hier, dans cette époque supersonique où l’on semble aller si vite pour mieux pouvoir oublier ce qu’on est. Ce n’est pas faux mais il reste que pour dedefensa.org, dont on connaît l’extrême sensibilité à cet égard et l’extrême rigueur pour l’interpréter, la remarque sur la modernité a du sens. D’autre part, en fait de “modernité” je veux aussi bien parler du procédé, et, par conséquent, de la forme de la communication passant à la parole et à l’image, que de la chronologie et du stade de progrès de la technologie en question. Quoi qu’il en soit, je conviens que tout cela mérite le plus d’explication possible, et également de la part de cette chronique en plus de ce qui est dit dans la vidéo elle-même ; après tout, je m’y entends aussi bien dans la mesure où, en tant que chroniqueur, c’est-à-dire éventuellement procureur à charge, critique acerbe ou avocat du diable, je suis aussi, sinon le coupable, dans tous les cas l’accusé éventuel et dans tous les cas le suspect puisqu’acteur principal de la vidéo en question. Voilà une entrée en matière digne du Comédien et son double, ou disons du “chroniqueur et son double”.

Donc, aujourd’hui 19 avril 2014, ce “19 courant...”, commence la “rubrique” vidéo de dedefensa.org, désigné Les Conversations de dedefensa.org. Bien entendu, PhG sera au centre du propos puisque c’est son propos que l’on suivra principalement, – cette remarque faite pour atténuer la vigueur du choc d’avoir à parler de soi alors qu’on s’est soi-même désigné à la fois comme le sujet et l’objet de la chose, et qu’on en est soi-même, par ailleurs, le deus ex machina. Je ne vais pas déflorer le vif de l’entretien en tentant d’en faire un résumé, éventuellement critique, puisque, en vérité, chacun peut se faire sa religion en allant directement à l’objet du délit. Je vais plutôt l’accompagner, tenter de guider ses premiers pas, apporter l’une ou l’autre touche, l’une ou l’autre précision, avec une certaine douceur peut-être, non sans appréhension, évidemment avec quelques touches d’angoisse ici ou là ; il s’agit d’un nouveau-né, il s’agit de ses premiers pas, il s’agit de ses balbutiements ; il s’agit d’une expérience qui entend devenir une entreprise au service d’une mission, il s’agit de la glaise qui prend forme et dont on ne sait quelle forme elle prendra, – si elle débouchera sur l’harmonie et sur la maturité de son existence propre, ou bien si elle s’abîmera dans le déséquilibre et l’inutilité, dans le constat de l’erreur et de l’échec.

En effet, parce que dedefensa.org agit et se manifeste comme il le fait, c’est-à-dire avec le souci de l’organisation et de la structuration qui crée des liens et une cohérence à l’intérieur de lui-même pour mieux pouvoir offrir ceux-ci et celle-là à ses lecteurs, c’est-à-dire également avec l’absence de moyens qui interdit de parfaire quasi-industriellement un projet avant de le “lancer” dans le public avec la certitude des grandes forces économiques, cette rubrique des Conversations de dedefensa.org commence par une intervention qui montre aussi bien les ambitions en cours d’élaboration du projet que l’aspect artisanal des moyens qui y concourent. Cela ne signifie pas que les acteurs, et particulièrement ceux qui construisent et réalisent la chose, manquent de cœur et de capacités professionnelles ; cela signifie qu’il a été décidé d’intégrer cette rubrique dans le site sans que la préparation qui est en général jugée nécessaire ait été conduite à son terme, mais en faisant d’une étape de cette préparation la première livraison, et ainsi de suite avec ce qui suivra, avec le perfectionnement de l’outil s’accomplissant sous vos yeux, sous nos yeux. C’est qu’en vérité, – voilà bien le thème essentiel du propos et la pensée fondamentale qui doit nous accompagner, – en vérité le temps presse, et “les Conversations” ne peuvent attendre. Ce projet s’inscrit dans le cœur bouillonnant de la crise générale du monde, de notre fameuse crise d’effondrement du Système, et il existe en vérité une mission impérative de mise en action de tous les moyens disponibles.

Cela est pour dire, pour faire net, que certains d’entre vous trouveront peut-être certaines imperfections. On le sait, nous le savons ; il est vrai qu’un problème apparu au montage déséquilibre le niveau sonore et handicape le son de la voix de PhG, un peu moins audible, – mais quoi, tout de même audible, – et tant pis pour PhG, il aura l’occasion de se rattraper... Cela fait partie des règles du jeu, de ce jeu-là que dedefensa.org s’est imposé à lui-même dans cette circonstance, comme dans d’autres précédemment. Je le répète, parce que cette idée est immensément présente : le temps contracté, l’histoire accélérée, la métahistoire présente désormais sous nos yeux avec cette crise bouillonnante, tout nous presse et nous invite à “passer outre” les réflexes naturels de prudence ou d’un perfectionnisme qui prend son temps. «Passez outre», disait Jeanne à ses juges à propos de tel ou tel détail, disant ce qu’on doit dire lorsqu’on doit en venir à l’essentiel qu’on distingue déjà, qui est tragique, qui est profond, qui est absolument pressant. Il faut voir ces “Conversations” comme un outil de plus pour explorer plus largement et plus vivement, et la désigner du doigt, l’immense crise de notre civilisation à son terme.

Un ami du site et de son principal protagoniste disait à PhG, à propos de ces “Conversations” : «Tu ne crois pas que tu vas surprendre tes lecteurs, peut-être les désorienter, en te découvrant ? Parfois, on est déçu de devoir mettre un visage sur une plume...» Il n’a pas tort, loin de là, et je vous confierais d’ailleurs que le premier à vivre cette expérience est PhG lui-même... A devoir visionner cette séquence (je m’en serais bien passé), j’ai été terrorisé de me découvrir, totalement désorienté de me contempler, jusqu’à en éprouver une véritable souffrance (“Ca, ça ? C’est lui, c’est moi ? Quelle catastrophe, quel spectacle insupportable”). Cette surprise terrifiée qu’on éprouve à se contempler discourant, d’une façon achevée et intégrée, selon un discours structuré, sur une durée notable, point et centre d’attraction dans un ensemble cohérent, – j’avais déjà expérimenté l’insupportable pour moi-même de ma propre voix, ou de ma propre image sur une photographie ou l’autre, mais jamais ce phénomène structuré et mis en scène, – voilà qui devrait nous faire nous interroger sur les mystères et sur l’insaisissabilité de notre perception. Si l’on éprouve de tels sentiments à la vision de nous-même, par rapport à ce que nous pensons que nous sommes, une telle surprise de découvrir la différence entre ce qu’on voit et ce qu’on percevait, et quasiment toujours dans le sens de la surprise terrifiée (“ce type est insupportable” me dis-je à tel ou tel moment, devant le spectacle de PhG), n’est-ce pas un signe fondamental du mystère de la perception du monde et par conséquent de l’extrême relativité des jugements qu’on porte sur la situation du monde à partir de cette perception ? Cela ne peut-il nous servir d’indication pour nous faire réaliser les extraordinaires disparités de perception, et cela multiplié par une sorte d’infini à cause du système de la communication, entre les gens, les nations, les dirigeants, etc., et ainsi tenir une explication centrale de la rapidité, de l’ampleur, de la force des bouleversements qui nous accablent et nous pressent ? Cette capacité de “se voir” en-dehors de soi-même, ou en-dehors du pinceau du peintre et de la musique du poète, par la puissance froide et déstructurante de l’œil mobile de l’outil technique, n’est-ce pas un terrible présent qui nous a été fait par le “déchaînement de la Matière”, qui serait l’une des causes les plus furieuses des maux qui nous accablent ou bien l’une des sources les plus fécondes de la réalisation de l’origine des maux qui nous accablent ?

... Enfin, laissons tout cela en l’état, non sans avoir noté que voilà bien une première réflexion qui suffirait à justifier l’initiative de ces “Conversations”, et notamment cette affirmation de PhG (idée qui m’est venu en parlant, vraiment comme l’on “pense en parlant”) que “la parole excite l’esprit tandis que l’écrit approfondit l’esprit”. Philippe Grasset finira par s’habituer à PhG, et le chroniqueur également, d’autant qu’en vérité, une fois l’excitation passée mais avec ses fruits recueillis précieusement, l’on peut en revenir à l’exercice de l’approfondissement de l’écrit.

Voilà, j’ai à peu près tout dit de ce que je ne prévoyais pas de dire (le thème de cette rubrique s’est imposé à ma plume il y a trois ou quatre jours, dans la pression de la préparation des “conversations”). Advienne que pourra et bon vent à toutes ces choses. Nous verrons bien le verdict que rendra l’œil du monde posé sur nous, et nous nous exécuterons.

Philippe Grasset


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