Barack Hussein Caesar, loi martiale, business as usual...

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Barack Hussein Caesar, loi martiale, business as usual...

Pourrait-on passer de BHO (Barack Hussein Obama) à BHC (Barack Hussein Caesar) ? Les spéculations autour de l’impasse du shutdown government ont laissé place, dans une partie des spéculations autour de l’événement, aux interrogations à propos d’une issue dramatique et exceptionnelle, qui pourrait amener le Congrès (les républicains) à accepter un arrangement pour éviter une décision du président de promulguer un régime de loi martiale lui assurant tous les pouvoirs hors du contrôle du Congrès et des courts. (Plutôt que se perdre dans le dédale des lois américanistes, disons qu’il s’agirait selon l’interprétation la plus courante, mais nullement la seule, de l’équivalent US de l’article 16 de la Constitution de la Vème République française, assurant au président les pleins pouvoirs en cas de danger de sécurité nationale, ou de catastrophe nationale, – ou, comme disent deux ordonnances successives adoptées par l’administration GW Bush, en cas de “national emergencies” ou de “national disasters”).

• Beaucoup de bruits et de rumeurs dans ce sens ces dernières quarante-huit heures, à commencer par le discours de la députée démocrate du Texas Sheila Jackson Lee à la Chambre des Représentants, affirmant que la Chambre pouvait appliquer un régime de “loi martiale” pour obliger à un vote dans son enceinte. Il s’agit d’une législation complexe, mais le message symbolique implique évidemment une interprétation beaucoup plus large. (World Net Daily, le 9 octobre 2013.)

«A Democratic congresswoman from Texas has declared “martial law” is the solution to the current partial shutdown of the federal government. The comments from Rep. Sheila Jackson Lee, D-Texas, took some listeners by surprise, since a common understanding of “martial law” would be of an authority – a president or a military commander – using military force to impose its will on an uncooperative people... [...]

»“It is not the truth to suggest that there are not enough voters, members of Congress, that would vote right now today to open this government. It is something called a continuing resolution, but it’s a bill that you put on the floor that has been passed already by Republicans and Democrats in the United States Senate. ” She said, “This is not an idea of anyone over another person. Republican and Democratic senators have already voted for this clean bill that we could vote on today. We have martial law. What that means – and my colleagues know what it means – is that you can put a bill on in just minutes.” [...]

»At Washingtonsblog was the comment: “The last time we heard Congress members use the phrase martial law was when Congressmen Brad Sherman and Paul Kanjorski, and Senator James Inhofe, all said that Treasury Secretary Hank Paulson warned of martial law if the TARP banks bailouts weren’t approved.”»

• Parallèlement, il y avait eu des déclarations de Paul Craig Roberts, l’ancien secrétaire au Trésor de l’administration Reagan. Roberts estime que le Congrès devra céder au président Obama, et qu’il a d’ailleurs intérêt à céder parce qu’il se trouve devant la possibilité de pouvoirs discrétionnaires unilatéraux de la part du président, qui ferait de lui un véritable dictateur. Le 9 octobre 2013, Paul Craig Roberts avait fait des déclarations sensationnelles à U.S. Watchdog :

«You can forget about any default in the debt ceiling crisis. Former Assistant Treasury Secretary Dr. Paul Craig Roberts says, “The debt ceiling will be raised. No government wants to lose its power or lose its ability to borrow. So, if they don’t raise the debt ceiling, it is just a way of Washington committing hari-kari. It simply removes the United States as a super power.” Dr. Roberts goes on to say, “If they don’t make a deal, one of two things will happen. . . . The Federal Reserve, on its own authority, lends the Treasury the money. . . . The other alternative, Obama . . . can simply declare a national emergency and raise the debt ceiling on his own initiative. He could govern as a dictator.” What would happen if the U.S. did default? Dr. Roberts says, “The danger of default is the rest of the world dumps dollars. If they dump dollars, the Fed loses control, the whole system blows up. The banks fail. The bond market collapses. The stock market won’t go down 1,500 points; it would be cut in half. ” No matter what happens, there is still an enormous and growing debt. Dr. Roberts contends, “The situation is unsustainable.” It will blow up at some point, and Dr. Roberts predicts, “It will be worse than the Great Depression because in the Great Depression, prices fell along with employment. Now, prices will be rising and employment would be falling. . . . Gold and silver prices will explode in dollar terms.”»

• Paul Craig Roberts s’est plus longuement expliqué sur son site IPE le même 9 octobre 2013, insistant sur le fait que sa conviction est que le Congrès et le président parviendront à un accord de compromis, notamment parce que le Congrès ne veut pas faire hara-kiri en suscitant une situation dont le président pourrait se saisir pour affirmer son autorité et faire de lui (le Congrès) une simple chambre d’enregistrement.

• Ces mots de “loi martiale” ont un effet de communication dont on imagine aisément la puissance. Pour les divers commentateurs et sites “complotistes”, il s’agit d’un stimulus considérable pour élaborer des théories où il est difficile de débrouiller le complètement-hypothétique du partiellement-factuel. Notre site-test pour suivre ces méandres complotistes, avec les réserves ambiguës que nous faisons à chaque occasion de citation (voir le 15 juillet 2013), est celui de “Sorcha Faal”, qui a frappé les 4 octobre 2013 et 9 octobre 2013 successivement sur le thème, et ces deux fois en sollicitant, voire en envisageant au milieu des affirmations très audacieuses des faits avérés qui sont loin de l’abracadabrantesque qu’on trouve dans d’autres occasions.

• A l’autre extrême de la perception “complotiste”, on signalera que la perception courante, quasiment “hors-crise”, de la satisfaction de son gouvernement par le public américain a atteint, dans les enquêtes statistiques, un point bas historique. Il s’agit du jugement sur le gouvernement, que Gallup (la référence en ce domaine) suit depuis 1971, année où il instaura cette statistique. Le point le plus bas jusqu’à très récemment avait été 26% (indice de satisfaction) en 1973, en plein scandale du Watergate. Depuis 2004-2005, la tendance “baissière” extrême et historique est évidente, avec deux points extrêmes, 19% en août 2011 lors de la première crise exécutif-législatif de la dette, et 18% aujourd’hui (début octobre). Ce point historique absolu est logiquement complété par un autre record historique, pour cette même période d’octobre 2013 : 81% des Américains mécontents de leur gouvernement. Ces chiffres désignent évidemment une crise nationale de confiance d'ampleur exceptionnelle du public américain vis-à-vis du pouvoir américaniste, le “centre”, dans son ensemble, et par conséquent vis-à-vis du Système. Nouvelle importante, sinon sensationnelle pour certains, mais nouvelle qui ne peut susciter aucune surprise.

L’intérêt de cette enquête est qu’elle nous épargne les saucissonnages partisans et politiciens habituels (plus ou moins satisfaits du président, des démocrates, des républicains). C’est d’une institution fondamentale du Système dont il s’agit. La dernière partie du commentaire donné par Infowars.com le 10 octobre 2013, attribuant une partie d’une meilleure information du public US à l’affirmation de la presse alternative (antiSystème), que nous serions tentés de partager évidemment, devrait s’accompagner de l’autre commentaire que les deux plus mauvais résultats, reflétant par leur ampleur (19% et 18% de “satisfaits”) une situation sans précédent, correspondent à la phase structurelle de la crise du pouvoir washingtonien et, dans les deux cas, à l’intervention des “terroristes” (les extrémistes du parti républicain) contre les arrangements du “parti unique” (mandarins démocrates républicains en accord avec le président). L’insatisfaction du public a-t-elle pour cause cette intervention des “terroristes” ou bien le malaise et le dysfonctionnement total du gouvernement que révèle cette intervention ? On se doutera que notre religion est faite, pour le deuxième terme de l’alternative.

«Numbers from the latest Gallup poll reveal Americans’ confidence in the two-party dominated system has hit an all-time low, with only 18 percent saying they’re satisfied with the way the nation is being run. “This is the lowest government satisfaction rating in Gallup’s history of asking the question dating back to 1971,” admitted the polling agency. The ramifications of the government shutdown being felt at national monuments and parks across the nation, along with nonstop coverage of the political theater on Capitol Hill over raising the national debt limit, are likely large contributing factors to the public’s dissatisfaction. [...]

»As we highlighted earlier this week, a recent AP poll showed Americans place equal blame for the shutdown on Republicans, Democrats and the President, despite the AP running a misleading headline that read “Poll: GOP Gets the Blame In Shutdown.” It is possible the government’s dwindling popularity is due to Americans overall waking up and smelling the government corruption, a trend that could be linked to the rise of independent media and sites like the Drudge Report and Infowars.com making it increasingly difficulty to control the flow of information.»

Ce qui est intéressant dans ce défilé de nouvelles concernant des “bruits” de “loi martiale” et d’insatisfaction du public que certains qualifieraient de “révolutionnaire”, – les deux faits indiquant une tension dramatique, au moins latente, – est bien que ce “défilé” se marie avec une situation classique, type business as usual, avec une évolution modérée mais palpable vers un possible accord entre le président et le Congrès (la Chambre) pour un compromis qui se ferait, selon les bruits et chuchotements courants, sur la base d’une décision à très court terme (six semaines) sur le relèvement du plafond de la dette et un arrêt du shutdown pour la période. Les rapports à la suite d’une rencontre Boehner-Obama hier, sans résultat mais dans un meilleur climat, sont d’un optimisme prudent (McClatchy.News le 10 octobre 2013, le Guardian du 10 octobre 2013).

L’intérêt de cette situation est bien cette espèce d’évolution parallèle, entre d’une part des rumeurs concernant des mesures extrêmes et extraordinaires (loi martiale) et d'autre part une situation d’impasse désormais négociable qui ressort des mœurs habituelles de Washington. On dira, selon une interprétation conformiste, que les bruits de loi martiale sont là pour exercer une pression sur le Congrès et expliquent l'évolution business as usual. Cette interprétation paraîtrait juste, sauf qu’elle se heurte à deux observations : la première concerne la définition, ou même la forme de la “loi martiale” évoquée, certains y voyant une simple procédure parlementaire exceptionnelle (la députée Sheila Jackson Lee), d’autres y votant la menace générale d’un régime quasi-dictatoriale (BHC à la place de BHO), et les réactions étant alors radicalement différentes et introduisant un désordre sur l’interprétation de la soi-disant “menace”. La seconde est simplement qu’en aucune crise, sauf les références au régime quasi-dictatorial imposé par le grand héros de la démocratie américaniste Abraham Lincoln durant la Guerre de Sécession, cette possibilité formelle de loi martiale n’avait été évoquée, même sous forme de rumeurs, à l’occasion de quelque événement que ce soit, y compris la crise du Watergate (certains avaient évoqué la possibilité d’un coup de force désespéré de Nixon avec l’une ou l’autre unité de l’armée, mais jamais l’idée d’une “loi martiale”). Cette “menace” sort du cadre habituel des jeux tactiques de pression à l'intérieur d'un désaccord business ad usual dans le pouvoir washingtonien.

Cette situation inédite pour l’actuelle crise shutdown/dette, caractérisée par les hypothèses extrêmes cohabitant (loi martiale d’une part, business as usual de l’autre) est la marque même de ce nouveau type de crise, essentiellement gérées selon les pressions et les lois du système de la communication, où justement les extrêmes des possibilités cohabitent, contribuant à brouiller jusqu’au désordre les conditions de la crise, et naturellement de “sortie de la crise”, comme ce fut le cas pour la phase paroxystique de la crise syrienne (cohabitation d’une menace d’attaque risquant un conflit mondial d’une part, des procédures normales d’intervention du Congrès et de la pression de l’opinion publique d’autre part). Les termes sont si extrêmes dans leurs rapports qu’il n’existe plus de liens tactiques entre l’un et l’autre, et qu’on obtient plutôt une situation de complet déséquilibre entre des hypothèses d’actions radicales qui suscitent des mobilisations antagonistes, et des procédures normales qui ne sont guère influencées par les menaces radicales. Durant l’affaire syrienne, c’est la partie qui se trouvait du côté de la menace radicale (le gouvernement et son projet d’attaque) qui a du céder. Dans l’actuelle crise, les bruits de loi martiale n’ont guère modifié la position des républicains, surtout s’il se confirme qu’on s’orienterait vers un accord boiteux qui constituerait, comme dans le cas précédent d’août 2011, à ne pas résoudre la crise, mais simplement à en retarder les termes, soit de quelques mois (2011), soit de quelques semaines dans le cas présent. C’est-à-dire que la partie qu’on pourrait penser renforcée par les bruits de mesures extrêmes (loi martiale) n’apparaît pas plus renforcée pour autant par cette possibilité, dans les négociations courantes.

Dans tous les cas, avec le sondage Gallup qui est le plus significatif d’un point de vue global, on voit l’entrée en scène d’un nouvel acteur, qui est l’opinion publique et sa pression passive mais massive avec cet historique indice d’insatisfaction embrassant l’ensemble du pouvoir washingtonien. C’est un facteur qui devrait produire des effets divers et souvent contradictoire, qui introduit un élément de trouble et de désordre de plus dans la crise ; et un élément de plus pour inscrire cette crise dans le nouveau champ des crises gouvernées par le système de la communication bien plus que par la seule politique, la stratégie, etc., bref par les actes politiques eux-mêmes. Son caractère d’insaisissabilité en est accru, du moins dans le chef du Système, pour appréhender cette crise jusqu’à sa résolution, – si bien qu’effectivement, une résolution de “compromis boiteux” qui ne serait qu’un report (“reculer pour mieux sauter” parce qu’il faut “parer au plus pressé”) devient la possibilité la plus forte. Si ce cas se confirme, les situations des uns et des autres seraient confirmées : puissance des “terroristes” par rapport au “parti unique“ des mandarins, irrésolution de BHO, qui n’aurait pas montré de goût particulier pour se transformer en BHC. Une “sortie de crise” différente de ce cas classique constituerait une surprise qui ferait évoluer la situation de la crise du pouvoir d’un train de dissolution dit “de sénateur” mais tout de même de “sénateur pressé” (dissolution subreptice mais constante et de plus en plus marquée du pouvoir washingtonien) à une situation de rupture brutale ouvrant la possibilités d’effets importants... Quoi qu'il en soit, dans les deux cas la “sortie de crise” serait très temporaire et pourrait plutôt s'intituler “passager à un nouveau champ” de la même crise.


Mis ern ligne le 11 octobre 2013 à 06H42

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