Anniversaire morose d'un simulacre usé

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Anniversaire morose d'un simulacre usé

12 septembre 2018 – Cette fois, j’ai eu du sentiment à propos de la commémoration de l’anniversaire-9/11, comme on dit qu’on a “du grain à moudre”. J’ai trouvé qu’on écrivait beaucoup à ce propos, et qu’on écrivait comme si le “sentiment du doute” était devenu une attitude intellectuelle normale, tandis que les défenseurs de la version officielle se sont dissipés dans la nature comme autant de grain de poussière d’un 9/11 retombé et devenu assez lointain, privé de ses geôliers hystériques hurlant au complotisme comme la vertu dénonce des harcèlements multiples et incessants. Peut-être s’agit-il de la publication d’un livre mystérieux (auteur anonyme) sur la chose, par les amis du Sakerfrancophone, chapitre par chapitre d’ici Noël avec promesse de suspens, – Pentagone ou la théorie d’UN complot. Pour le bouquin, c’est sûr : on suivra, on lira, on verra.

Il y a depuis longtemps une chaleureuse complicité entre le Sakerfrancophoneet dedefensa.org... Dans le texte de présentation de cette audacieuse entreprise, d’ailleurs détaillée comme une enquête mystérieuse et un feuilleton haletant par Hervé, j’ai eu la surprise agréable et tout toute aussi chaleureuse de me voir cité dans des termes élogieux. Pour ne rien vous en cacher, et parce qu’aussi c’est le début de ma réflexion, je cite la citation de PhG et la présentation qu’en fait le compère Hervé.

 « Pour finir par un contre-pied, je citerais un autre auteur, l’une de nos sources d’inspiration au Saker Francophone pour alimenter vos lectures, Philippe Grasset du site dedefensa.org :

« “Je me fiche bien de savoir s’il y a eu complot ou non, et qui, etc., pourvu que beaucoup de gens y croient, car l’important est l’entretien de la suspicion, donc de l’hostilité au gouvernement washingtonien, donc au Système ; et mon avis est qu’il est préférable de ne jamais trouver la vérité d’un complot si c’est le cas parce que l’affaire serait expédiée avec quelques boucs-émissaires et l’Amérique renaîtrait de ses cendres en un ‘Monsieur Propre’ qui est capable de laver son linge sale tout seul [exactement ce qui s’est fait pour le Watergate]...” »

J’ai eu alors cette réaction de mettre en question mon observation, qui date quasiment des alentours de 9/11, et ainsi présentée comme ayant été dite par le susdit PhG, en public, en 2005, et sur laquelle je n’ai jamais varié en quoi que ce soit. Je ne m’étais pas posé la question lorsque j’avais publié la chose avec ces précisions, le 3 juillet dernier, dans ce Journalalors je le fais aujourd’hui sans doute parce que je l’ai lue en lecteur, sans m’être préparé, je veux dire sans avoir retrouvé et inconsciemment protégé dans mon esprit ce même jugement : est-ce que je pense toujours la même chose, 17 ans plus tard ?

J’ai musardé autour de cette question, puis, convié à lire ce qu’Orlov lui-même en écrit dans son texte du 11 septembre (on le lira dans quelques jours en français), j’ai trouvé encore plus de “grain à moudre”. Orlov, en effet, expose une position similaire, largement explicitée dans ses deux derniers paragraphes :

« ...Pourtant, les esprits curieux veulent savoir, et il n'y a pas de meilleur appât pour la curiosité mal placée que le 11 septembre. Il suffit de dire “Bien sûr, 2 avions ont abattu 3 gratte-ciel” et instantanément beaucoup d'esprits curieux exigent de savoir ce qui s'est réellement passé. Évidemment, vous ne savez pas ; vous n'étiez probablement même pas là. Mais vous avez peut-être un sens aigu de la connerie. Il y a des images d'archives que personne ne conteste et qui montrent deux exemples de ce qui ressemble à des tremblements de terre locaux, suivis d'un grand gratte-ciel qui disparaît verticalement dans un trou dans le sol avec une accélération de type chute libre. La majeure partie de son acier s'est instantanément incinérée en une fine poudre d'oxyde de fer qui s'est envolée dans un nuage géant et s'est déposée en une épaisse couche sur tout le Lower Manhattan. Elle montre un troisième gratte-ciel détruit dans un exemple classique de démolition contrôlée, dont le propriétaire a déclaré publiquement qu'il avait décidé de le “tirer” (un terme de l'industrie de la démolition pour détonation). Ajoutez à cela les nombreuses preuves cliniques des personnes présentes sur le site après l'événement, qui ont succombé par la suite à des affections associées à l'exposition à des rayonnements ionisants. Ajoutez à cela des images satellites russes montrant deux cratères remplis de matière en fusion très chaude. C'est une preuve troublante, n'est-ce pas ?

» Est-ce que je sais ce qui s'est vraiment passé ? Bien sûr que non ! Mais je n'ai pas besoin de savoir. Il n'y a absolument rien que je puisse faire pour donner suite à de telles informations si je les avais en ma possession. Qu'est-ce que j'en sais ? Je suis certain que ceux qui pensent savoir ce qui s'est passé ce jour-là ne le savent pas. C'est important pour moi de le savoir, car c'est une information sur laquelle je peux agir : je peux éviter de me laisser entraîner dans des discussions inutiles avec eux sur ce sujet, ou d'ailleurs sur tout autre sujet, parce qu'il est clair qu'ils sont impatients de refaire sans cesse la même erreur, celle de gaspiller leur énergie à essayer d'obtenir de l'information à laquelle ils ne seront pas en mesure de répondre. »

En remontant juste un peu le temps, c’est-à-dire en passant à deux articles en amont dans la production d’Orlov, j’ai aussitôt découvert le mécanisme qui rend si inexpugnable cette position qu’il défend et où je me trouve si à l’aise depuis 9/11. L’inexpugnabilité se trouve dans ses vaticinations autour de la vérité, entre le Falsificateur et le Vérificateur, qu’il transcrit ainsi à propos de 9/11 :

« Ceux qui disent la vérité ont un travail beaucoup plus difficile que les faussaires, mais un point-clef joue en leur faveur. Pendant que les faussaires sont chargés de construire de fausses réalités, la tâche principale de ceux qui disent la vérité est simplement de les détruire. Un exemple classique est le 11 septembre : les faussaires disent que deux gratte-ciel ont été démolis par des terroristes qui ont percuté chaque tour avec un avion. En réponse, ceux qui disent la vérité peuvent répondre que non, le nombre de gratte-ciel était en fait de trois, pas deux (WTC1, WTC2 et WTC7), donc on a 2/3 d’un avion par gratte-ciel. Puis on peut s’asseoir et rire de celui qui croit encore à la fausse histoire. »

C’est en effet la grande manœuvre assurée de celui qui a débusqué le faussaire et qui peut s’appuyer sur une vérité-de-situation : renverser la charge de la preuve en établissant avec une fermeté inébranlable la présomption de culpabilité. Il s’agit de dire au Système, avec un aplomb et quelque chose d’un cynisme complets : “A priori, vous êtes coupable puisque Système. J’ai dit tout ce que j’avais à dire, je me lave les mains du reste. Mais comme nous sommes en plein cœur d’une civilisation et que vous avez l’air de tenir diablement à votre version, je vous reconnais le droit de tenter de démontrer, preuves à l’appui, que vous n’êtes pas coupable. Bon courage et bon vent...”

En vérité, le problème de 9/11 est que le Système, toujours en crise hypermaniaque de paranoïa, et plongé dans un paroxysme de cette phase après la perte de l’indispensable deuxième poutre-maîtresse qui maintenait la charpente de la Guerre froide (l’URSS), a éprouvé le besoin absolument péremptoire de se re-fonder, et qu’il a utilisé 9/11 pour cela. (Georgi Arbatov, conseiller de Gorbatchev, dans une interview à Time, début mai 1988 en marge de la visite de Reagan à Moscou : « Nous allons vous faire une chose terrible : nous allons vous priver d’Ennemi. »)

Ainsi s’explique-t-il qu’on ne peut comparer l’assassinat de JFK et 9/11 bien que les deux événements soient aussi faussaires l’un que l’autre (versions officielles mensongères, – seule certitude commune) ; JFK liquidé, enterré, célébré, on est passé à autre chose toujours sur les mêmes bases et sans refondation nécessaire, enchaînant sur la monstruosité vietnamienne déjà bien entamée ; l’assassinat de JFK n’est pas une fin ni un commencement, c’est un spasme d’une violence extrême sur une trajectoire immuable du Système pendant la Guerre froide. Avec un processus très similaire, d’une ampleur similaire et dans les conditions similaires qu’on sait, mais selon une fonction complètement différente de refondation de l’Amérique après une épouvantable rupture (Arbatov), 9/11 est au contraire un événement qu’on doit sans cesse sortir de la tombe où l’on voudrait l’y fourrer, pour le révérer, le célébrer, le rappeler à nos mémoires paresseuses et à nos louanges éperdues et trop vite dissipées.

Par conséquent, le Système ne peut souffrir de mise en cause, la moindre esquisse de frôlement de mise en cause, et il s’épuise à prouver, et prouver encore, et encore, la véracité incontestable et immensément vertueuse d’une version officielle qui est aussi naturellement faussaire que l’enfant qui vient de naître. Mais chaque fois apparaît la face sinistre et vicieuse d’un “complotiste”, et chaque fois il faut sonner l’alarme pour liquider l’infâme ; mais vous en liquidez un, dix se lèvent, vous en liquidez dix, cent font du zèle et inventent un nouveau complot... Mais justement, cette année, hier veux-je dire, il m’a semblé que la défense mollissait considérablement et ne montrait plus cette intransigeance, ce zèle de la vigilante bienpensance, tandis qu’on poursuivait la longue randonnée de la mise en cause de la version officielle.

Je comprends alors aussi bien jusqu’à dire “de mieux en mieux” ce que j’ai voulu exprimer en disant ce qui est écrit (« Je me fiche bien de savoir s’il y a eu complot ou non, et qui, etc., pourvu que beaucoup de gens y croient, car l’important est l’entretien de la suspicion, donc de l’hostilité au gouvernement washingtonien, donc au Système... », etc.). Si vous voulez, on pourrait appeler ça notre “stratégie de la tension” : entretenez le feu, soufflez sur les braises, touchez le nerf, simplement pour les exaspérer, les rendre furieux absolument ; et qu’ils se croient obligés d’en rajouter, de tenter encore plus de prouver leur non-culpabilité ; et vous, comme le conseille Orlov, vous pouvez “vous asseoir et rire” de celui qui croit à cette invraisemblable version-bidon ... Ainsi en a-t-il été pendant des années, et je suis sûr qu’ils se sont épuisés à défendre l’indéfendable, à démontrer l’indémontrable, installés sur la refondation puante et gangrenée qu’est 9/11.

Ainsi donc, comme je le disais, il m’a semblé qu’ils décrochaient un peu, effectivement asphyxiés au bout du compte par la puanteur, et puis complètement embourbés dans la succession de mensonges abracadabrantesques qui se sont succédés depuis 9/11 pour en arriver au Russiagate, et puis bien assez occupés à se déchirer à belles dents entre eux comme ils font aujourd’hui à “D.C.-la-folle”. Le mensonge épuise, surtout quand vous le prenez comme totem et Messie de la refondation de votre religion dont la mission est de sauver le monde. (« Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité », disaient-ils avant de lancer leur catastrophe irakienne : croyez-vous que l’on puisse survivre longtemps à une telle arrogance, que l’on ne se dessèche pas sur place, que l’on ne disparaît pas peu à peu en poussières ?) 

Il suffit de les observer et de leur dire : “Allez, prouvez-nous que vos salades pourries sentent la rose...” Depuis 17 ans, ils tentent, désespérément, autour du simulacre absolument clos de leurs illusions perdues. 

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