Alors, cette crise, elle vient ?

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Alors, cette crise, elle vient ?

Finalement, le cirque assez morne G8-G20 aura servi à quelque chose. Il a servi à fixer un sentiment qui commence à s’installer, qui serait l’acte de décès de la tentative de redressement après l’épisode 2008-2009. Désormais, c’est l’attente de la prochaine phase ou la publication de bulletins-commentaires sur l’aggravation des choses. Signalons, par exemple, que “les marchés” sont “au bord de l’abîme”, selon le Guardian de ce 30 juin 2010, que nous entrons dans la “troisième Dépression” de l’histoire, selon Paul Krugman, le 27 juin 2010… Nous n’irons pas plus loin dans les indications techniques de la catastrophe dont notre système est manifestement gros.

@PAYANT …C’est-à-dire que nous le percevons ainsi, ce système, désormais entré dans la phase qui devrait se marquer par un second feu d’artifice d’un modèle un peu plus sérieux, type 15 septembre 2008 (9/15), et pas seulement une de ces petites pétarades d’entracte comme l’effondrement de la Grèce et l’hospitalisation d’urgence de l’euro. Donc, question de perception, comme à notre habitude, et surtout pas d’apporter notre contribution à l’avalanche des prévisions hautement techniques sur la forme de la catastrophe dont nul ne doute vraiment.

Il n’empêche, pour la perception également, le G8-G20 de juin 2010 marque effectivement l’accord officiel, quoique implicite, des dirigeants du monde sur le constat que la “réparation” lancée en catastrophe après 9/15 a fait long feu. Grosso modo, on a restauré l’ancien système en remettant en selle tous les responsables, déduisant d’une façon rationnelle que ce qui existait avant la chute étant du type TINA (There Is No Alternative), méritait nécessairement d’être réinstallé en l’état, sans autre forme de procès. Tout juste saupoudre-t-on l’affaire des tentatives courantes et bien vite réduites en peau de chagrin de la régulation des “responsables mais pas coupables”, des querelles habituelles et sympathiques entre les tenants des politiques d’austérité et les tenants des politiques de relance, mais avec une conviction qui laisse à désirer. Les commentateurs-experts, comme les dirigeants eux-mêmes, commencent à montrer l’épuisement de leurs psychologies. Il s’en déduit par conséquent qu’il nous faudrait vraiment quelque chose d’explosif pour relancer la machine du commentateur novateur et de l’homme politique qui se croit innovateur. Cette attente se retrouve dans le retour des références à la période infernale de l’économie mondiale. Evans-Pritchard se réfère (le 28 juin 2010) à 1931, Krugman à 1937, tout cela dans le cycle de la Grande Dépression, effectivement la référence en question.

La psychologie collective est prête pour un second grand choc. C’est essentiellement le rôle que joue les grands accidents financiers et, par conséquent, économiques, dans tous les cas dans notre période actuelle. En effet, en parlant d’un deuxième “grand choc”, nous parlons d’une période venant du 15 septembre 2008 (9/15), qui n’a certainement pas manqué de “grands chocs” depuis. De ce point de vue, la référence à l’attente d’un “second grand choc” est injustifiée puisque nous ne faisons que cela, subir des “grands chocs”, des crises successives dans tous les domaines, depuis 9/15 et même depuis bien avant 9/15, – depuis 9/11, par exemple, et “même depuis bien avant…”, – au point où nous parlons nous-mêmes d’une “structure crisique” qui s’est ainsi constituée… Mais la psychologie collective a besoin du symbolisme que constitue l’accident d’un effondrement financier, comme si cet “accident” signifiait la pénétration dans le tréfonds de nos psychologies de l’état de crise que ces psychologies refusent le plus souvent d’acter. Ce symbolisme, qui montre bien combien nous sommes soumis au diktat de la vision du monde de notre système, même si nous dénonçons ce système, semble devoir être nécessairement celui de la finance, comme d’un lien que représente l’argent entre nos vies individuelles et la substance même de ce système.

Nous continuons à professer une admiration particulière pour ceux qui ont l’audace et l’entêtement de prévoir les choses, la forme de la crise, ses conséquences, les mesures à prendre et ainsi de suite, – y compris ces étranges dirigeants du monde qui s’engagent à réduire leurs déficits publics de moitié d’ici 2013. Est-ce qu’ils y songent sérieusement lorsqu’ils lisent le communiqué dont on vient de terminer la rédaction ? Croient-ils encore être chargés d’une telle prescience, pour s’engager sur un terme de trois ans, pour la perspective d’une telle mesure, comme de n’importe quelle autre d’ailleurs ? D’ailleurs (suite), lisent-ils vraiment le communiqué ? Finalement, on en viendrait à continuer à penser comme nous le faisions plus haut, après ce G8-G20 finalement avec quelques accents crépusculaires, que, eux aussi, effectivement, ils attendent presque avec une certaine impatience le prochain “choc”, le prochain effondrement, la prochaine soi-disant “crise”. (Soi-disant “crise”, simplement parce que nous n’avons jamais vraiment quitté cet état de fait, comme chacun le sait.)

Le monde se trouverait donc dans l’attente du prochain signe de la crise du monde, sous la forme du choc de l’effondrement. On pourrait croire que cela ne devrait plus tarder parce que la psychologie collective, qui à la fois subit l’effet des pressions de ces choses et semblent comme inconsciemment avertie de leur venue, pourrait bien être aujourd’hui en phase terminale de son attente de la prochaine catastrophe. Il s’agit de cette phase où l’attente devient presque un désir, – que tout cela ait lieu, et qu’on en finisse. Il est assuré que nous n’en aurons pas fini pour autant mais, au moins, l’orage aura éclaté, – chose précieuse, par ces temps de canicule.


Mis en lmigne le 30 juin 2010 à 09H59

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