Sarkozy et la City, rencontre du troisième type


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03/12/2009 - Faits et commentaires

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Sarkozy et la City, rencontre du troisième type

3 décembre 2009 — Hier 2 décembre 2009, l’honorable et vénérable Times de Londres était encombré de textes dénonçant la conduite inqualifiable du président de la République française, ce Sarkozy qu’on vous promettait si ouvert aux normes et thèmes anglo-saxons. Divers événements qui teintent méchamment à nos oreilles continentales sont évoqués dans ces articles, qui montrent que la colère britannique, partie de la City, n’est pas feinte. (Le Figaro nous dit un mot très comme-il-faut et sur la pointe du clavier, style-caviar façon Pravda, à propos de la polémique.)

Nous citons le Times, extrêmement virulent, qui a fait paraître plusieurs articles ce 2 décembre 2009, alors que d’autres journaux comme le Guardian et The Independent sont restés beaucoup plus discrets. Dans ce cas, le Times s’est montré le véritable porte-parole de la City. Successivement, nous avons droit…

• à la Guerre de Cent Ans, avec l’insupportable Joan of Arc qui s’est laissée brûler comme pour contrarier les ambitions britanniques («One of the City’s most influential figures had no doubt, last night, how seriously Nicolas Sarkozy’s remarks should be taken. He said: “One should remember that the Hundred Years’ War between us and the French was a rounding-down. It actually lasted 116 years.”»);

• à Napoléon Bonaparte, dont les gentilles mères britanniques menaçaient de son apparition absolument traumatisantes les enfants pas sages et également britanniques («Napoleon Bonaparte scorned England as “a nation of shopkeepers”, but he knew it was the vitality of the City of London that made Britain such a threat to his imperial ambitions. The feeling was mutual. The City, fearful of a European ruler who would cut off their trade, readily funded the war effort that culminated in Napoleon’s downfall»);

• à Charles de Gaulle, dont le manque de souplesse de la colonne vertébrale vis-à-vis de l’impérial allié Franklin Delano Roosevelt donnait des boutons de rage à Winston Churchill, et dont l’hostilité pour la City vingt ans plus tard fut encore plus mal ressentie («Last century, another Frenchman, Charles de Gaulle had a similar antipathy for the Square Mile, which he made clear in the 1960s when he withdrew his country from the Gold Pool, the London-based reserve designed to stabilise currencies by tying them to the value of gold»).

Le passage qui a enragé la City est celui où Sarkozy, saluant la nomination de Barnier comme Commissaire européen chargé des questions financières et du marché intérieur européen, présente cette nomination comme une victoire française contre les Britanniques et l’annonce d’une action décidée contre le “modèle anglo-saxon” et la City.

«Yesterday Mr Sarkozy said that the nomination of a French commissioner in charge of EU markets would help continental economic ideals to prevail over the discredited Anglo-Saxon model. In a speech in France the President blamed the reputedly free-wheeling Anglo-Saxon model for the global economic downturn. The Group of 20 rich and emerging nations had made remarkable strides during the crisis to regulate bonuses and eliminate tax havens, but the battle was not over, Mr Sarkozy said.

»“Do you know what it means for me to see for the first time in 50 years a French European Commissioner in charge of the internal market, including financial services, including the City [of London]?” he said of Mr Barnier’s nomination. “I want the world to see the victory of the European model, which has nothing to do with the excesses of financial capitalism.”»

• Le Times recueille les réactions de la City. Quelques-unes (une seule citée en fait) accueillent avec mépris et arrogance ces déclarations. «Lord Levene of Portsoken, the head of the Lloyd’s insurance market, the biggest in the world, said of Mr Sarkozy’s words: “That’s today’s quotation. There will be another one tomorrow. I can’t get too excited about it. I think what we should do is to get our highest representative to intervene on our behalf. You know what politicians are like — good for a quote.”»

• D’une façon plus générale et largement majoritaire, au contraire, les réactions sont très inquiètes et prennent au sérieux ces déclarations, en se plaçant fortement sur la défensive. «Another senior City source, who declined to be named, said: “Sarkozy’s language is very alarming. If it is a true reflection of Barnier’s approach, that is very bad news for London indeed. Besides, Sarkozy’s analysis is completely wrong. European companies also imploded during the crisis. There is very little evidence that excessive bonuses, however distasteful, caused the crisis themselves.”»

• L’une de ces réactions est particulièrement intéressante parce qu’elle met en évidence ce qui est considéré par la City comme une défaite britannique majeure dans l’organisation de l’Europe post-Lisbonne. Pour cette interprétation, l’obtention par les Britanniques du poste de Haut Représentant (Ashton) est un trompe-l’œil, alors que le poste essentiel pour le Royaume-Uni revient à un Français. L’intérêt de cette réaction (anonyme), de loin la plus instructive et la plus réaliste, est qu’elle met en question l’habileté du gouvernement britannique, bien plus que les déclarations de Sarko: «His comments met with alarm and dismay in the City. One senior banker said: “Surrendering control of the City of London to the French in return for some nonentity getting a non-job [Baroness Ashton of Upholland’s appointment as EU foreign affairs chief] is one of the biggest fiascos of British diplomacy since Suez. The fact that Sarkozy is now being gleeful makes it worse. The Prime Minister must explain how he will protect the City from EU meddling or lose what remaining credibility he has in the City.”»

• …Tout cela, sur le fond de prévisions bien pessimistes, lorsqu’un commentateur du calibre d’Ambrose Evans-Prichard semble accorder le plus grand crédit à une note de Morgan Stanley qui annonce à ses clients que le Royaume-Uni subira, en 2010, le sort qu’a connu Doubaï il y a une semaine. Les couinements de la City n’en prennent que plus de couleur locale. (Pour Evans-Pritchard, voyez le Daily Telegraph du 30 novembre 2009.)

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