Notes sur une conférence perdue corps et biens


03/07/2012 - Analyse

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Notes sur une conférence perdue corps et biens

Que s’est-il passé à Genève le 30 juin 2012 ? Concert d’exclamations. “On a gagné, Assad s’en va”, disent les représentants du bloc BAO. “Tout va bien, c’est le peuple syrien qui décidera, et le problème de la position d’Assad ne dépend pas de nous”, disent les Russes et les Chinois.

Les commentateurs ne font pas mieux. Là aussi, on retrouve une version A et une version B… Curieusement, selon le choix que nous en avons fait pour ce cas, ces versions seraient plutôt “à fronts renversés”.

Version A

Veronika Krasheninnikova, Directrice Générale de l’Institut de Recherche et d’Initiative en matière de Politique Etrangère, de Moscou, fulmine. Dans un texte qu’elle publie sur Russia Today, le 2 juillet 2012, elle annonce que Moscou est tombé dans un piège et a signé un texte pour le “modèle libyen” appliqué à la Syrie, permettant aux USA de développer un maître-plan qui leur permettra d’attaquer l’Iran (avant la Russie dans la foulée, sans doute ?). Bref, Krasheninnikova fait le procès de l’équipe Poutine pour s’être laissée berner. (Krasheninnikova est l’archétype de l’experte russe internationaliste, qui a travaillé avec les Américains et avec divers autres pays du bloc BAO. Elle écrit cet article comme l’écrirait un membre du parti communiste de la Fédération de Russie, lequel ne cesse de reprocher à Poutine sa mollesse vis-à-vis du bloc BAO.)

Sur quoi base-t-elle son analyse ? Semble-t-il, sur ce passage ci-après, et d’une manière assez expéditive, sinon approximative, semblant découvrir au passage ce qu’on sait depuis presque deux mois : à savoir, que l’équipe Hollande, Fabius en tête, poursuit aveuglément la politique Sarkozy.

«But listen how the author of the new plan, former UN Secretary General Kofi Annan interprets it: “The government will have to re-form by discussion, negotiation and by mutual consent, and I will doubt that the Syrians who have fought so hard for their independence, … will select people with blood on their hands to lead them.” French Foreign Minister Fabius, in a surprising continuation of Sarkozy’s allegiance to Washington, spells it out even clearer: “Even if they [Russia and China] say the opposite, the fact is that text … means it won't be Bashar al-Assad. The opposition will never agree to him, so it signals implicitly that Assad must go and that he is finished,” Fabius told television station TF1.

»It sounds as though Washington found the final solution for Bashar Al-Assad. “Transitional government” based on “mutual consent” will be to Syria what the “no-fly zone” was to Libya. While a normal person understood the term “no-fly zone” as an area over which aircraft are not permitted to fly, Washington defined the term to mean more than 30,000 sorties of NATO fighter-bombers and reconnaissance flights…»

Version B

Surprise, surprise… Reprenant la même déclaration de Annan, mais plus complète semble-t-il, ou bien entendue différemment, DEBKAFiles tire la conclusion exactement inverse de celle de Krasheninnikova : rien n’a changé, les Russes (et les Chinois avec eux) n’ont pas cédé un pouce de terrain, – et Annan s’est bien gardé de faire quelque allusion que ce soit à Assad (à une élimination d’Assad). (On observera qu’Annan, l’homme qui voudrait faire entrer l’Iran dans les négociations, est plus dans son rôle dans cette version que dans la précédente.)

DEBKAFiles, le 30 juin 2012 : «…Asked by reporters if people with blood on their hands should be eligible to serve in a transitional unity government, Annan managed to continue avoiding mentioning Assad by commenting that there were many in Syria’s bitter conflict with blood on their hands.

»US Secretary of State Hillary Clinton asserted that Assad would never pass the “mutual consent” test because of the blood on his hands and must realize that his days are numbered. She praised the Geneva meeting for setting out a road map paving the way to a post-Assad government. She was quickly countered by Russian Foreign Minister Sergey Lavrov, who stressed that the Geneva documents contained nothing about imposed solutions. It is up to the Syrians themselves to work out their process of transition, he said.»

Conclusion ? On continue… «The US, in conjunction with Persian Gulf governments, will continue to prepare for military action and look for “creative” ways to topple Assad outside the UN Security Council where Russia stands ready with a veto. Moscow will stick to its efforts to preserve the Syrian ruler and his regime disguising them by calling for a government in Damascus that represents the will of the Syrian people.»

Désaccord sur une phrase du communiqué

Dans les explications que nous avons eues, Lavrov a bien tenu, à la virgule près, à faire observer que les Russes avaient fait sauter dans le communiqué une phrase un peu trop proche de la suggestion de faire disparaître Assad, pour une autre qui ne parle que du peuple syrien…

«Russian Foreign Minister Sergey Lavrov said an initial version of the document read “those whose continued presence and participation would undermine the credibility of the transition and jeopardise stability and reconciliation,” but the phrase was dropped out of the final communiqué on Russia’s insistence and replaced by a reference to “mutual consent” of the parties involved…»

Même si le ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius en prend bien à son aise, et fort légèrement, avec les Russes et les Chinois («Even if they [Russia and China] say the opposite, the fact is that text … means it won't be Bashar al-Assad.»), – même s’il nous dit cela, il est possible qu’il entende mal, le ministre Fabius, certaines choses en forme d’avertissement. On verra plus loin.

(Le ton tranchant du ministre pourrait être aussi bien, à l’inverse de ce qu’il indique, un signe d’amertume. Par exemple, s’il a lu le commentaire de Bloomberg, le 1er juillet 2012, sur Business Week : «Syria Accord Seen as Russia Victory; Lacks Call for Assad.»)

Retour sur l’affaire du F-4 turc abattu

…En effet, on abandonne un instant, – ou bien définitivement, c’est selon, – cette étrange conférence de Genève pour en revenir, par un biais et l’autre, à l’affaire de la destruction du F-4 turc. Les versions continuent à nous parvenir, – celle du Wall Street Journal (WSJ), qui a eu le don de mettre le Premier ministre Erdogan dans une très grande colère. (Le WSJ avait écrit tenir de “source officielle US” que le F-4 turc avait été abattu dans l’espace aérien syrien, contrairement à l’affirmation de la Turquie. Erdogan a accusé le WSJ de mensonge. Le journaliste du WSJ concerné répond, ce 2 juillet 2012, assez sèchement, sans rien retirer de son information.)

Le Sunday Times a rapporté dimanche que les Russes étaient bel et bien responsables de la destruction du F-4, et qu’ils l’étaient précisément et volontairement. On a déjà rencontré cette version, qui ne manque pas de logique (voir le 25 juin 2012). Le site israélien YNet.News la reprend à son compte, sur un ton qui laisse entendre qu’il ne juge pas l’information absurde. (Le 1er juillet 2012).

«Russian technicians played a key part in the interception and shooting down of a Turkish warplane by Syria’s anti-aircraft defenses 10 days ago, Britain's Sunday Times reported Sunday. Diplomatic sources in the Middle East told the paper that destroying the F-4E Phantom II was a split-second decision intended as a warning to NATO to stay out of Syria’s civil war. […] “It definitely has Russian fingerprints on it,” a diplomat told the Sunday Times. He summarized the Russian message: “Syria is not Libya and any attempt to impose a ‘no fly zone’ over Syria will face one of the most formidable air defenses on Earth and will cost any attacker dearly.”»

Lavrov fait-il dans l’ironie ?

Alors, faut-il voir un rapport, disons au moins indirect, entre cette version et l’étrange déclaration de Lavrov au cours de sa conférence de presse le 30 juin 2012. Le ministre russe des affaires étrangères annonce que la Russie possède toutes “les données objectives” concernant la destruction de l’avion turc et propose de les partager avec qui le demandera.

«Russia possesses “objective observation data” concerning the downing of a Turkish jet off the Syrian coast one week ago and is prepared to present it, Foreign Minister Sergei Lavrov said at a press conference in Geneva on Saturday. “We have our objective observation data and we are prepared to present it,” Lavrov said…»

Est-ce une façon assez ironique de confirmer que les Russes étaient là et bien là au moment de l’incident, donc qu’ils l’ont suivi, peut-être autorisé, peut-être recommandé, etc. ? Dans tous les cas, on pourrait aussi bien prendre la chose comme un complément, une sorte de confirmation qu’il fallait bien comprendre, dans la destruction de l’avion turc, un avertissement à ceux qui envisagent une attaque de la Syrie : “les gars, ce sera dur…” (“Syria is not Libya and any attempt to impose a ‘no fly zone’ over Syria will face one of the most formidable air defenses on Earth and will cost any attacker dearly.”)

Comment faire changer les Russes ?

…Peut-être, effectivement, faut-il quelques avions de combat du bloc BAO en reconnaissance rapprochée au tapis pour que le susdit bloc BAO comprenne exactement ce que les Russes disent quand ils le disent. Et encore, rien n’est moins sûr… Le débat, dans le bloc BAO, reste plus que jamais et presque uniquement de déterminer qu’“enfin, nous y sommes, les Russes ont changé d’avis et se sont alignés sur le bon sens et sur la vertu (sur nous)”.

Un blogger, Joshua Landis, semble-t-il plutôt favorable à ce décillement final et vertueux des Russes, notait effectivement l’évolution de cette bataille pour l’“ouverture (par effraction) des esprits”, et pour la transformation systématique des déclarations russes, notamment le 28 juin 2012, sous le titre «Has Russia Flipped? Clinton Says “Yes”» ; avec cette observation d’entame du texte :

«Hillary Clinton says that Russia is ready to turn on Assad in what is a potential “turning point” in the conflict. This is the third or fourth time she has insisted that Russia is prepared to discuss a post-Assad Syria and the modalities of regime-change. In the past, these announcements have been premature and designed to shame the Russians into dumping Damascus. Will this time be different? Has Russia concluded that Assad is losing it? Addendum: Since writing this Russia has responded that it rejects an ‘external solution’ for Syria and that Syrians should decide the fate of President Bashar al-Assad…»

Les réponses aux questions posées («Will this time be different? Has Russia concluded that Assad is losing it?») sont respectivement “non” et “non”, – “non”, cette fois c’est comme précédemment, “non”, les Russes ne concluent rien de pareil. Quant à l’explication selon laquelle les précédentes annonces étaient destinées “to shame the Russians into dumping Damascus” (disons : “conduire les Russes à être honteux de leur soutien à Damas”), elle est à la fois du genre très infantile, du genre complètement inutile (on a suffisamment annoncé qu’il était “honteux de soutenir Damas”), enfin du genre “pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué”… Disons qu'il est bon de croire aux explications de Landis pour éviter de mesurer la pathologie qu’expriment ces interprétations faussaires de l’attitude de Moscou qui dure depuis cinq mois exactement. (Le vendredi 3 février, la veille du vote de l’ONU où Russes et Chinois mirent leur veto à une résolution qui pouvait, et aurait certainement, dans le climat hypomaniaque actuel, mené à une intervention type-Libye, l’analyse générale des diplomaties du bloc BAO, largement repandue selon tous les témoignages dans les couloirs de l’ONU et ceux des institutions européennes, était que, “sans le moindre doute, les Russes céderont et suivront, et ne mettront pas leur veto demain”.)

Le cas de la raison raisonnante du ministre Fabius

Après la rencontre de Genève, le ministre Fabius est intervenu, à Paris, sur TF1, comme on l’a vu, pour expliquer ce qu’il comprenait précisément de la situation. Reuters en a dit quelques mots, dans une dépêche, le 1er juillet 2012. Nous nous y tenons, parce que nous n’avons pas vraiment de temps pour écouter le couple Fabius-TF1. (Effectivement, nous n’avons pas écouté le ministre Fabius, en français, sur TF1, nous en tenant aux diverses interprétations anglaises. Un de nos amis, et correspondant à l’occasion, extrêmement rompu aux choses diplomatiques, s’est sacrifié, a écouté le ministre Fabius, nous a confié qu’on ne comprenait “strictement rien” à la signification générale des phrases courtes, concises et claires du ministre qui se succèdent dans ses interventions, venues des fiches à cet effet : parler concis et parler clair pour un propos incompréhensible. Cet ami confirme absolument ce qu’en donne Reuters : l’esprit de la chose est là, éclatant de son évidence d’insignification.)

«Nevertheless, French Foreign Minister Laurent Fabius said the creation of a unity government would imply an end to Assad's rule, because the opposition would not join unless he goes. “The opposition will never agree to him, so it signals implicitly that Assad must go and that he is finished,” Fabius told television station TF1 on Sunday.»

Expliquons le propos  : un gouvernement de transition est une entité transitoire entre un état précédent et un état futur, devant une situation conflictuelle qu’on entend résoudre, – “état de transition” entre les deux états considérés. Par définition, un tel gouvernement doit faire place à toutes les parties qui s’affrontent (en gros, deux pour ce qui nous concerne), dans un effort de rapprochement pour permettre à ces parties de s’entendre sur “l’état futur” de la situation. Si l’on définit le “gouvernement de transition” en disant qu’il faut exclure l’une des (deux) parties sous le prétexte qu’elle est insupportable à l’autre partie, on exprime un sophisme presque parfait en disant que pour faire ce “gouvernement de transition” il faut qu’il ne soit pas un “gouvernement de transition”. Qu’on tienne ce sophisme presque parfait pour la parfaite illustration de l’“état de transition”, et qu’on l’exprime en des termes si assurés et en public (“it signals implicitly that Assad […] is finished”), revient à signaler une sérieuse pathologie de la psychologie. Le “implicitely” de l’élégant Fabius ajoute la touche du sens de la nuance de la très fameuse intelligence française. L’homme pèse ses mots.

La sublime quête de “la bataille pour comprendre”

Le sublime de cette situation, – oui, même dans cette bouillie pour les chats se dissimule le sublime, – se trouve dans l’analyse que donne Reuters, le 29 juin 2012, de la “quête” des gens du bloc BAO… “West struggles…”, disent-ils dans le titre ; non pour la démocratie, non pour abattre le diabolique Assad, – non, rien de tout cela ; ils se battent pour “comprendre” : «Analysis: West struggles to understand Russia's Syria stance.» Et de nous expliquer le sens de ce beau et juste combat…

«Western states trying to oust Syrian President Bashar al-Assad are increasingly struggling to deal with, or even understand, Russia's dogged support for him.

» Arms deals, Russia's naval base in Tartus and fear of Islamist militancy in a post-Assad Syria are all held up as potential explanations. But Russian officials and some others say that misses the wider point. They say Moscow's opposition to foreign-backed “regime change” reflects a fundamental disagreement with the West over sovereignty and the rights of states to deal with domestic instability by whatever means necessary. “The Russian position can be explained by their hostility to any interference in the internal affairs of a country, especially in the current climate, because at home they have things to be worried about,” says Denis Bauchard, a former diplomat and expert on the Middle East at the French Institute for International Relations (IFRI).

»Time and time again, Western officials have confidently briefed that Russian President Vladimir Putin was on the brink of dumping his long-term ally, only to be disappointed.»

Ils “se battent pour comprendre” ? Quelle étrange bataille est-ce là alors que, dès la troisième phrase du texte, l’explication apparaît dans sa lumineuse simplicité… Ils ont même été cherché un expert français de l’IFRI pour nous expliquer qu’il s’agit du principe de la souveraineté que défendent les Russes. En bon Français de l’ère Sarkollande, qui a bien compris le concept cher à de Gaulle comme un Barroso mesurerait la compétitivité pour les marchés pour apprécier le concept d’“honneur”, l’expert nous précise que si les Russes sont contre l’interférence dans les “affaires intérieures” (donc, pour la souveraineté), c’est parce qu’ils ont beaucoup de chose à craindre chez eux. Certes, si l’expert se réfère à la philosophe des relations publiques et des droits de l’homme (de la femme) d’Hillarix, on est éclairé, comme par un spot publicitaire… Mais le Principe, c’est une autre affaire.

Argument et incompréhension du Principe

Par conséquent, “ils se battent pour comprendre” et ne sont pas prêts d’y arriver. A notre tour, et en nous gardant de la fascination que la surpuissance désormais contre-productive du Système (les USA et le reste) exerce particulièrement sur nombre de ceux qui prétendent le combattre, il s’agit de bien se comprendre : le bloc BAO, qui est le faux-nez du Système, qui, par conséquent, massacre tout ce qui est structure, qui détruit par conséquent tout ce qui est principe, ne peut comprendre qu’on juge bon de défendre les principes et “le principe du Principe”. La “bataille pour comprendre” n’est donc pas prête de se terminer puisque règne l’incommunicabilité, et pas plus les interprétations régulières selon lesquelles la Russie a enfin compris.

…Ce qui nous permet d’enchaîner tout de même en remarquant que le bloc BAO qui fait tout partout à sa guise et mène le monde selon son bon plaisir, finalement, n’ose rien faire, d’une façon élaborée et consciente, de véritablement agressif et digne de “l’empire” qu’il prétend être sans l’accord (l’absence de veto) des Russes. (Et des Chinois, certes.) Cela fait maintenant 5 mois qu’ils nous jouent “retenez-moi ou je fais un malheur” à propos de la Syrie, comme ils nous le jouent de même depuis 7 ans avec l’Iran. Pour l’empire-Système qui domine le monde, cela laisse à penser, lorsqu’on se rappelle qu’avec le Panama (1989), le Kosovo (1999), l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003), ses serviteurs se passaient de toutes les autorisations nécessaires.

Pour le bloc BAO complètement absorbé et digéré par le Système développant sa dynamique de surpuissance en dynamique d’autodestruction, tout s’éclaire… Car s’ils n’osent aller au bout de leur vindicte, les événement pourraient bien se charger de les y pousser : la poursuite de l’aventure syrienne pourrait leur coûter extrêmement cher, si la tension sans cesse renforcée par les pressions des relations publiques et de l’affectivité conduit aux conditions extrêmes. Effectivement, chaque jour qui passe soumet de plus en plus les projets d’intervention extérieure à l’accident de décisions désespérées et affolées, prises sous l’empire d’une psychologie terrorisée ; et, chaque jour, les perspectives en deviennent plus sombres. Le dernier exemple en date, l’affaire turque déjà évoquée et, avec elle, les menaces d’intervention turque. DEBKAFiles, qui continue son travail dans le sens qu’on sait mais ne perd pas de vue les réalités, notait, en fin de son analyse du 2 juillet 2012 :

«In Tehran, Brig. Gen. Amir-Ali Hajizadeh, commander of Iran’s IRGC Aerospace Division, warned Ankara that if its troops ventured onto Syrian soil, their bases of departure would be destroyed. The threat was made during Hajizadeh’s announcement of a three-day missile exercise starting Monday in response to the European oil embargo. He reported that long-, medium- and short-range missiles would target “simulations of foreign bases in the northern Semnan Desert,” without mentioning any specific nation except Turkey.»

Le “point de fusion” se précise

La question ultime se pose donc pour les Russes, si l’on en arrive aux extrémités où les psychologies si fragiles des dirigeants du bloc BAO seraient emportées définitivement par leur affectivité exacerbée. Ce 3 juillet 2012, sur Russia Today, le président de la commission des affaires étrangères de la Douma Alexei Pouchkov observe à propos du résultat de l’étrange conférence de Genève qu’il met la Russie et les USA sur une «“collision” course. “We are again witnessing a collision,” he said. “On the one hand we can see the United States and the so-called ‘Friends of Syria’ who want Assad to resign. On the other Russia and China are seeking an immediate end to the violence and the earliest possible beginning of talks between the Syrian government and opposition.”»

Il semble donc que se précise un peu plus une sorte de “point de fusion” pour la convergence des circonstances et l’accentuation des tensions, où les Russes pourraient décider de se départir de leur prudence habituelle, comme ils firent en août 2008 face à la Géorgie. Ils ont tout ce qu’il faut en Syrie pour rendre une offensive aérienne du bloc BAO extrêmement aléatoire, sinon assez rude pour interrompre les vacances du bon peuple parti se dorer sur les plages.

Notre correspondant, cité plus haut à l’ordre du mérite parce qu’il a eu la pusillanimité d’écouter le ministre Fabius, et qui en connaît un bout dans la matière des arcanes de la diplomatie européenne et des rapports avec les Russes, observait pour nous qu’«il se pourrait bien que les Russes, calculant froidement les risques, décident de laisser venir jusqu’à un affrontement, pour se mettre en position d’amener les forces aériennes occidentales vers une campagne aérienne contre la Syrie qui leur ferait aussi mal que celle des forces aériennes américaines contre le Vietnam, en 1965, lorsqu’une défense aérienne mise en place par l’URSS, transforma leur offensive en un véritable calvaire. Peut-être les Russes vont-ils estimer que la leçon géorgienne n’a pas suffi, et qu’il est temps de renouveler l’exercice…»

C’est également à la lumière de cette réflexion qu’on peut apprécier l’étrange intervention de Lavrov (voir ci-dessus), en revenant à notre texte du 4 juin 2012. Dans ce cas, on pourrait se demander si les Russes ne jugeraient pas opportun de suivre les circonstances dans ce sens, si leur évolution s’y prêtent, d’ici à l’élection présidentielle US de novembre 2012, dans cette période (on nomme cela une “fenêtre d’opportunité”) qui ménagent des conditions politiques incertaines au sein du pouvoir américaniste. Car aujourd’hui, les circonstances, plus que les hommes, font les évènements qui profitent des “fenêtres d’opportunité” ; l’année 2012 est féconde à cet égard.